Israël, une nomenklatura militaire ?

« Les services secrets israéliens » vus par Eric Denécé et David ElKaïm

I. Sous la belle façade, les stigmates

Paris – Sous la belle façade, les stigmates et les fêlures. Le soupçon d’apartheid pesait déjà sur Israël, une pathologie diagnostiquée par d’éminents praticiens américains, l’ancien président Jimmy Carter et le secrétaire d’état John Kerry.

Voilà Israël affligé d’une nouvelle tare : L’unique démocratie du Moyen-Orient est une Nomenklatura militaire avec son corollaire une stratégie de la panique fondée sur la référence biblique au complexe de Massada, propulsant une diplomatie sécuritaire de coup de poing et de coup de main.

L’affirmation n’émane pas d’un pamphlétaire animé d’une hargne antisémite. Elle découle, en substance, de la conclusion qui se dégage de la lecture d’un ouvrage « Les services secrets israéliens » (Editions Taillandier Avril 2014), co-écrit par deux auteurs français Eric Denécé et David Elkaim.

« L’état hébreu se différencie des autres acteurs internationaux par un trait particulier : la majorité de ses dirigeants gouvernementaux, ainsi qu’une part non négligeable de sa classe politique, toutes tendances politiques confondues, sont issues des services de renseignement ou des unités spéciales, ou y ont fait un passage. À plusieurs reprises, ce qui est aussi l’une des grandes particularités des services israéliens, sont soulignés les liens organiques unissant les barbouzes israéliennes, les industries informatique, aéronautique et de défense », écrivent les deux auteurs Eric Denécé et de David Elkaïm.

Si l’un des co-signataires, David Elkaim, un politologue bon connaisseur de la société israélienne, fait office d’antidérapant à son collègue spécialiste de l’extrême et non du Moyen-Orient, l’autre co-auteur, Eric Denécé, valide et légitime par son expertise et son code de conduite, le non-dit du cercle des initiés. Les murmures et chuchotements de l’entre-soi.

Ce pur produit de la communauté du renseignement, dont il fut un membre actif, se distingue par une liberté de ton et une rigueur intellectuelle qui tranchent avec la cohorte des scribouillards. L’homme du renseignement s’est distingué, il est vrai, par une analyse iconoclaste de la guerre de Syrie, alors que l’ensemble de la classe politico médiatique, était traversée de spasmes monomaniaques sur l’inéluctable triomphe de la démocratie djihadiste. Un nom conformiste, ou comme il se dit dans le jargon de la bien-pensance, un « incontrôlable », dont l’analyse fait néanmoins autorité.

L’ouvrage, bien documenté n’est pas à vocation apologétique comme il est de coutume dans ce genre d’exercice, ni démagogique, mais à fonction pédagogique. Il contient en préambule, un « glossaire » recensant la liste des services israéliens leur acronyme et leur mission, fort utile particulièrement pour des journalistes en mal de spécialité et de notoriété.

II. Les principes directeurs de la démocratie israélienne

Deux principes directeurs – les affinités électives et les menaces existentielles – guident la « grande démocratie israélienne ».

A- Les affinités électives :

Signe distinctif hérité d’une proximité historique avec leurs homologues britanniques et américains, les services israéliens utilisent beaucoup comme « faux nez », les cabinets d’avocats d’affaires, les officines « d’intelligence économique » et les agences de pub et de communication, poursuivent les deux auteurs.

Ce principe explique sans doute la rapidité avec laquelle Dominique Strauss Khan, ancien directeur du FMI, éclaboussé par un scandale sexuel à retentissement planétaire, a pu rebondir rapidement sur la scène financière internationale, grâce notamment à son association avec Thierry Leyne, un financier jouissant de la double nationalité française et israélienne, « un des nombreux sous marins israéliens en Afrique notamment au sud-Soudan ».

À ce propos : http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Analysesterrorisme/strauss-kahn-anatevka-sud-soudan.html

Les affinités électives constituent, en somme, une manière élégante de masquer le fonctionnement en réseau d’un groupe d’intérêt et de pression. Dans le cas d’espèce du lobby juif. Un terme honni en France en raison du passé vichyste du pays, mais qui coule de source aux États-Unis. Le procédé est habile. Mais ce concept fait désormais peser le risque de suspicion sur toute une catégorie d’activités ayant pignon sur rue comme relevant d’un lobby occulte pro-israélien.

B- Les menaces existentielles :

Cette notion a conduit les théoriciens de la guerre médiatique à développer la stratégie de la panique contraignant Israéliens et Juifs de la diaspora à une solidarité complète et totale à l’effet de justifier, et les abus des uns et la caution des autres, au risque de faire apparaître Israël, cet état « hors norme », selon ses partisans, comme un état « Hors la loi internationale ».

À ce propos : http://w41k.com/89142

L’honnêteté et l’amitié à l’un des auteurs du livre commandent toutefois au signataire de ce texte de faire un sort à quelques contre-vérités.

Ainsi page 20 :
« L’état hébreu, fort de près de 8 millions d’habitants, ne compte que trois voisins moins peuplés que lui : le Liban, avec un peu plus de 4 millions, la Palestine avec 4,2 (1,7 à Gaza, Cisjordanie (2,5), la Jordanie, avec un peu plus de 7 millions. Ce simple rapport démographique entre Israël et ses voisins est édifiant ».

En données brutes, l’analyse est correcte mais néglige les variations saisonnières en ce qu’Israël dispose d’un soft power sans pareil dans les annales internationales, le lobby juif américain, qui tétanise et ridiculise par contrecoups, la première puissance planétaire de tous les temps, avec son AIPACC, ses sayanim, juifs de la diaspora qui font office tout à la fois de lanceurs d’alertes et d’indics.

Un impact qui compense largement la supériorité démographique de son voisinage. L’affaire est de notoriété publique internationale pour exonérer de sa négligence – son péché par omission ? – sinon les deux auteurs, à tout le moins l’un des co-auteurs de cet ouvrage.

Pour aller plus loin sur ce sujet :

http://www.renenaba.com/israel-de-la-propagande-2/

http://www.renenaba.com/israel-de-la-propagande-3/

III. La Mer Rouge, un lac Hébreu ?

La formule est bien enlevée. Elle reflète néanmoins une réalité relative, sauf si la base franco américaine de Djibouti, le point d’appui des sous marins iraniens en Érythrée et les pirates somaliens figurent dans l’inventaire.

Dans sa conquête de l’Afrique, Israël, il est vrai, a opéré une belle percée s’appuyant sur les pays africains non musulmans (Éthiopie, Kenya, Ouganda, lieu de première destination de l’état juif selon Joseph Chamberlain), mais aussi sur la connivence tacite des monarchies arabes, particulièrement l’Arabie saoudite, roue dentée de la diplomatie américaine dans la zone, l’égotisme de l’égyptien Hosni Moubarak, obnubilé par la succession dynastique, au point de se laisser piégé dans la bataille pour la répartition des eaux du Nil ; enfin et surtout la France qui a conçu la défense de son pré-carré africain en tandem avec Israël.

Au point que, revers de la médaille, fort de son expérience de la colonisation de la Palestine, Israël, l’ancien partenaire stratégique de l’Afrique du sud du temps de l’Apartheid, est devenu un des plus grands colonisateurs de la planète…. de la République Démocratique du Congo au Honduras.

Pas de quoi pavoiser donc. http://www.renenaba.com/yves-mamou-et-le-phenomene-de-serendipite/

IV. Le Mossad, meilleur service de renseignements au Monde ? Voyons voir :

1- L’élimination de l’Imam Moussa Sadr, chef spirituel de la communauté chiite libanaise par le libyen Mouammar Kadhafi, en Août 1978, et de son successeur Abbas al Moussawi par le Mossad, dans la décennie 1980, sur fond de destruction du sanctuaire libanais de l’OLP, a ouvert la voie à Hassan Nasrallah, le plus performant adversaire d’Israël.

Sur la guerre de l’ombre entre Israël et le Hezbollah et le démantèlement d’un important réseau espionnage pro israélien au sein de l’armée et du réseau de transmissions libanais

Cf : http://www.renenaba.com/le-tribunal-special-sur-le-liban-a-lepreuve-de-la-guerre-de-lombre/

2- Le démantèlement de l’OLP, volant régulateur des turbulences du Moyen-Orient pendant un quart de siècle, de par ses connexions avec une foultitude de mouvements de libération de l’ASALA (arméniens) au PKK (kurdes), à l’Armée Rouge Japonaise, aux Brigades Rouges Italiennes, aux Irlandais de l’IRA (Irish Republican Army), au Front de Libération de la Péninsule Arabique, a généré une prolifération métastasique.

La centrale palestinienne n’est plus qu’un parapluie troué. Ses excroissances ont désormais pour nom Hamas, Al Qaida, Da’ech, des mouvements erratiques hors normes internationaux, infiniment plus redoutables que les Palestiniens en ce que leur combat contre les régimes malléables arabes, menace directement les intérêts fondamentaux du bloc atlantiste et partant Israël.

3- La balistique substitut au chimique

Les dirigeants israéliens, de concert avec les États-Unis se sont appliqués à ménager un espace aérien substantiel à Israël, s’opposant catégoriquement à la dotation d’une force aérienne crédible tant au Liban qu’à l’état croupion palestinien en interminable gestation. Le Hezbollah y a pallié par sa balistique asymétrique infligeant deux camouflets majeurs à l’état hébreu, un dégagement militaire de la zone chiite du sud Liban, sans négociation ni traité de paix, cas unique dans le Monde arabe, le contraignant six ans plus tard, en 2006, à conclure un cessez le feu, et pire à procéder à un échange de prisonniers victorieux puisqu’il impliquait Samir Kintar, le doyen des prisonniers politiques arabes en Israël.

La balistique comme substitut au chimique, à l’origine de la perte de l’irakien Saddam Hussein, dont la Syrie s’est débarrassée à temps, s’épargnant une expédition punitive destructive…. cette balistique là est désormais perçue comme la marque de fabrique des combattants du Hezbollah, à ce jour invincible.

4- Sécurisation d’Israël et confinement de l’Iran

Depuis la conclusion d’un pacte de partenariat stratéfique entre Ronald Reagan et les néo conservateurs israéliens le tandem Menahem Begin et Ariel Sharon, dans la décennie 1980, le bloc atlantiste s’est appliqué à engager une stratégie visant à la sécurisation d’Israël et au confinement de l’Iran. En connivence avec les « pays modérés arabes », c’est-à-dire les pétro monarchies parmi les plus régressives et répressives du Monde arabe et leur compères dictateurs Hosni Moubarak (Égypte) et Zine el Abidine Ben Ali (Tunisie).

En synergie avec les services américains et la totalité des services du bloc atlantiste (Turquie comprise), comment expliquer les échecs répétitifs des occidentaux à protéger leurs homme-liges en Orient : Anouar el Sadate, le plus emblématique d’entre eux, Rafic Hariri, Benazir Bhutto, surtout Wissam al Hassan, la dague sécuritaire du clan saoudo américain au Liban et fer de lance du combat anti Assad en Syrie, alors qu’en contrechamps, l’Iran accède au rang de puissance du seuil nucléaire, que le Hezbollah libanais taille des croupières aux poulains des Occidentaux en Syrie et que leurs anciens pupilles, les djihadistes wahhabites, menacent directement la sécurité de leur ancien commanditaire saoudien.

Au terme de ce voyage dans les entrailles des services secrets israéliens, la question se pose de savoir si Israël est finalement une nomenklatura militaire ou militariste ?

La raison du plus fort n’est toujours pas la meilleure. Le tandem Eric Denécé et David Elkaim en apporte l’éclatante démonstration en ce que la force, la force brute, ne saurait constituer la panacée à toutes les menaces, ni à tous les maux de la société israélienne.

Le premier percement balistique de l’espace aérien israélien par sa trajectoire transnational de Gaza à Tel Aviv opéré en riposte à « Bordure protectrice » a rompu la réclusion du Hamas consécutive à son alignement sectaire sur les pétromonarchies rigoristes et replacé la revendication palestinienne au centre du débat international.

En renflouant la branche palestinienne des Frères Musulmans, l’offensive israélienne contre Gaza, l’été 2014, a renoué les relations entre les anciens frères d’armes, le Hamas, le Hezbollah et l’Iran, replaçant la formation palestinienne parmi les principaux interlocuteurs de ce conflit.

De « pluies d’été », en 2006, à « Plomb durci », en 2008-2009, en passant par « opération arc en ciel », « Jours de pénitence », « bordure protectrice », juillet 2014, Gaza le démontre quotidiennement. La volonté d’un peuple combattant ne se brise pas. Elle plie mais ne rompt pas en ce qu’ « Il arrive que les dieux ne donnent pas tout au même homme, et qui sait vaincre ne sait pas forcément profiter de sa victoire » Tite-Live d’Hannibal (Histoire romaine).

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Pour aller plus loin sur ce sujet

2 Responses

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  1. René Naba
    René Naba
    Oct 27, 2014 - 11:34

    Epilogue de la relation d’affaires entre DSK et son parrain financier Thierry Leyne,
    ci joint le dernier développement.Tout se passe comme si Thierry Leyne a servi à remettre sur selle l’ancien directeur du FMI :
    http://mondafrique.com/lire/editos/2014/10/25/lami-de-dsk-passe-par-la-fenetre-le-mossad-est-en-deuil

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  2. La Rédaction
    La Rédaction
    Nov 10, 2014 - 11:35

    Rappel : Sauf autorisation expresse du directeur de la publication, n’est autorisée que la reprise d’extraits d’articles, à charge pour l’emprunteur d’établir un lien vers le contenu original afin de permettre aux lecteurs de s’y référer (Article L.122-5 alinéa 3), avec mention de la nature du texte « analyse », ou une « courte citation » (Article L.122-5 alinéa 3, point « a »).
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