Monde arabe : Les femmes face au phénomène Da’ech

Témoignage établi par Evelyne Accad, Universitaire libanaise professeur à l’Université d’Illinois (Etats-Unis).

evelyne-accadEvelyne Accad : Professeure Emérite de Littérature Comparée Francophone et Arabophone, d’Etudes Africaines et Féministes à l’Université d’Illinois, et à la Lebanese American University de Beyrouth.

Auteure de nombreux ouvrages, études et romans en Anglais et Français (traduits dans plusieurs langues) dont L’Excisée/The Excised (roman), deuxième traduction de Cynthia Hahn, édition bilingue avec introductions et notes -Paris – L’Harmattan, -2009. Coquelicot du massacre.  (roman sur la guerre du Liban, avec CD de chants composés et interprétés par l’auteur pour accompagner) Paris – L’Harmattan, 1988.

Des femmes, des hommes et la guerre : Fiction et réalité au Proche-Orient (étude). Paris-Côté femmes, 1993. Montjoie Palestine ! or Last Year in Jerusalem (edition bilingue, traduction du poème dramatique de Noureddine Aba avec introduction et notes.) Paris – L’Harmattan, 1980.

Titulaire du prix Phénix 2001 pour Voyages en Cancer, le prix France-Liban de l’ADELF, 1994, pour Des femmes, des hommes et la guerre : Fiction et Réalité au Proche-Orient, le Delta Kappa Gamma International Educators Award.

1 – Contexte politique et social

Ces dernières années ont vu des changements dramatiques dans le monde arabe. Le 11 septembre a été suivi de l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak par les forces américaines, la chute de Saddam Hussein, guerre israélienne contre le Liban en 2006, révoltes des peuples arabes contre leurs tyrans, et plus récemment, l’auto-proclamé califat islamique avec son déferlement d’horreurs : décapitations, destructions de villages entiers, obligations des minorités à se convertir ou à payer une forte taxe ou à être tué, soumission des femmes à l’esclavage sexuel, menaces de pratique d’excision à leur égard, circoncision forcée des hommes non circoncis, massacre en masse des opposants, femmes, enfants, vieillards enterrés vivants, populations entières qu’on laisse mourir de faim, destruction d’héritages culturels millénaires tels des temples, des églises, des mosquées et autres traces de civilisations anciennes. C’est l’un des pires cauchemars que l’on ait pu constater ces dernières décennies.

Selon John Gray (1), Daech ressemble aux cartels criminels transnationaux opérant dans notre XXIe siècle mondialisé : braquage de banque, main mise sur les puits de pétrole, rackets et extorsions de toutes sortes, oppressions des femmes et des minorités. C’est aussi un culte de violence millénaire, un état totalitaire (2) et une organisation mondiale terroriste, une version moderne de barbarie venant d’Etats dont la structure a été détériorée par des interventions occidentales.

Ce califat islamique auto-proclamé est soutenu non seulement par les gangs qui l’ont déclaré, mais aussi par les Talibans du Pakistan et Boko Haram en Afrique. « L’Occident est responsable d’avoir créé l’anarchie dans laquelle Daech peut poursuivre ses conquêtes pour construire un état. Laisser les Yazidi et autres groupes persécutés sans défense face à ces menaces de génocides serait aussi criminel que ceux perpétrés dans les interventions précédentes.”(3)

Les révoltes d’il y a trois ans avaient commencé avec beaucoup d’espoir le jour où un jeune tunisien s’était immolé pour protester contre les injustices de son pays, elles avaient continué en Egypte sur la Place Tahrir contre la dictature de Moubarak, puis reprises à Bahrain, au Yemen, en Libye, au Maroc, et en Syrie. Ces soulèvements souvent appelés “printemps arabes” pour l’espoir qu’ils semblaient apporter avec leurs revendications pour plus de démocratie, de liberté, de justice pour les peuples, de chute des régimes tyranniques et de toute la corruption qui gangrène nos sociétés, se sont transformé en tempêtes et ouragans incontrôlables.

Une montée de fanatismes de toutes sortes a suivi : retour à la chari’a (loi islamique), un désastre pour les femmes), persécution des minorités, retour des guerres de confessions, infiltration de Al-Qaïda et mouvements salafistes et wahhabistes dans les groupes pacifiques, laïcs et démocratiques, chaos en Irak se propageant aux pays alentours, tout cela est une triste réalité à laquelle il faut malheureusement faire face.

Que sont devenues les femmes dans ces printemps transformés en tempêtes ? Quel a été leur rôle dans ces révoltes et quelle est leur place maintenant ? Comment s’annonce leur horizon éclairci pendant quelques mois et assombri à nouveau ? Que nous disent-elles à travers leurs luttes et revendications ? Peut-on envisager d’autres moyens de sortie des impasses nombreuses auxquelles nous avons à faire face ? Pouvons-nous transformer ces monstres sortis en citoyens responsables ? Le sang versé avec ses cycles de vengeance peut-il être transformé en fleuves de printemps, eau dont la région a tellement besoin ?

2 – Le personnel est politique

Mon engagement pour la cause des femmes de ces quarante dernières années m’a entraîné dans des voyages de recherche et d’écriture. J’ai interviewé un nombre important de femmes dans tous les pays du Maghreb et du Mashreq et j’ai aussi analysé le rôle des femmes dans la littérature de ces pays. J’ai assisté et participé à des conférences majeures dans les mondes arabes et musulmans avec des femmes à la tête de nombreux mouvements d’émancipation des femmes, dans des sociétés où elles sont sujettes à tant de lois et coutumes qui entravent leurs libertés les plus élémentaires.

Ma présentation portera donc sur une évaluation du climat actuel par rapport à ces printemps/tempêtes arabes et le rôle des femmes ainsi que sur leur actuelle confrontation à Daech, l’un des mouvements les plus rétrogrades quant à la position des femmes dans le monde, enfin je m’arrêterai à différentes expériences avec les femmes et mouvements de femmes rencontrés au cours de mes voyages de recherche et récentes activités d’engagement pour des causes féministes et humanitaires.

3 – Participation des femmes

En décembre 2010, je participais avec bon nombre de féministes venues du monde entier à la conférence organisée en l’honneur de l’égyptienne Nawal el Saadawi, femme de courage et de vision dont l’engagement pour la cause des femmes, les écrits de romans et d’études ont influencé et continuent de marquer plusieurs générations du monde arabe. Nous pouvions sentir de manière tangible le malaise de la société exprimé par le mécontentement face à la corruption du gouvernement, une pollution étouffante de l’atmosphère dont bon nombre de participantes repartirent malades, et la fatigue mêlée d’espoir des femmes présentes. L’une des conclusions de la conférence fut que les droits des femmes étaient sévèrement menacés, voire inexistants dans certains endroits, et qu’il nous faudrait travailler sans relâche pour faire avancer ces droits et souvent changer les lois pour les faire valoir.

Peu de temps après, la révolte en Tunisie commençait, se propageait en Egypte, s’étendait dans d’autres pays arabes, et les dirigeants/tyrans de ces pays (Tunisie, Egypte) furent obligés de s’enfuir, à part Mouammar Kadhafi en Libye que l’Otan et les pays occidentaux contraignirent par la force et la violence des armes à fuir avant de l’assassiner.

Dans toutes ces révoltes, le rôle des femmes fut remarquable, elles participèrent activement, organisant des marches et des mouvements citoyens, elles se présentèrent aux élections. Nawal el Saadawi, âgée de alors de 80 ans, participa aux sit-in du Tahrir Square en Egypte, lieu où le mouvement est né, lieu de la résistance pacifique.

D’ailleurs quelques années auparavant, elle s’était même présentée comme candidate aux élections présidentielles, pour rompre l’hégémonie du parti unique de Moubarak et tenter de casser le système. Nawal El Saadawi est considérée comme la Simone de Beauvoir du monde arabe car elle fut la première à dévoiler la condition déplorable de la femme (voir en particulier les livres qui la rendirent célèbre, écrits en Arabe traduits en plusieurs langues : « Al Mar’ah Wal Gins » (« La Femme et la Sexualité ») où elle dénonce l’excision–dont elle fut victime–, la polygamie, le voile, la répudiation, les abus de toutes sortes dont souffrent les femmes dans nos pays, et « Al Mar’ah Inda Niktat el Sifir » traduit comme « Ferdaous une voix en enfer », l’histoire tragique d’une femme en Egypte qui remet en question toute la société. Ses livres furent censurés et bannis, El Saadawi chassée de son travail de médecin au Ministère de la santé ; c’était dans les années soixante-dix. Elle trouva refuge au Liban où ses livres furent réédités et devinrent des best-sellers.

Je fus témoin et participante de l’un de ces mouvements l’été 2011 lorsque je rendis visite à mon amie pionnière du mouvement féministe et militante en Tunisie, Amel Ben Aba. Je l’accompagnai dans ses réunions de travail et nous nous rendîmes un jour au théâtre pour voir le film de Nadia el Fani, intitulé : « Ni Allah ni Maître » où nous fûmes attaqués par des Islamistes venus en furie avec bâtons et gaz lacrymogènes pour nous empêcher de le montrer. Ils réussirent à casser portes et vitres du théâtre et à blesser le directeur de la salle de cinéma, mais pas à intimider l’auditoire qui leur fit front en bloc. J’ai pu admirer l’attitude des spectateurs qui tentèrent même de les calmer et de les faire participer au visionnement du film et à la discussion qui suivrait, mais peine perdue.

Il fallut l’intervention de la police une heure après le début de cette agression pour les déloger et permettre au film de commencer. J’ai appris que ce théâtre avait dû fermer ses portes un an plus tard et c’est bien dommage car c’était l’un des rares endroits en Tunisie où l’on pouvait voir et entendre des spectacles et films d’avant-garde et d’art et d’essai. Nous ne nous doutions pas cet été là de l’ampleur de ces mouvements islamiques et nous pensions naïvement que c’était des petits nuages qui passeraient au-dessus d’un printemps ensoleillé qui aurait vite fait de reprendre le dessus.

Je rendais souvent visite aux féministes que j’avais connues dans la décennie 1980 où, grâce à une bourse de recherche Fulbright, j’avais vécu une année en Tunisie et pu assister aux réunions de conscientisation qu’elles organisaient au Club Taher Haddad, à la naissance de la revue bilingue Nissa’, au réveil de tout un mouvement de femmes, à leur vie au quotidien.

J’ai rapporté et raconté ces rencontres et découvertes dans l’un de mes livres « Blessures des Mots : Journal de Tunisie » (4) publié à Paris par Côté-Femmes. Parmi les femmes extraordinaires que j’ai rencontrées, il y avait Rachida Ennaifer, Présidente de l’Association des journalistes tunisiens et vice présidente de la Fédération des journalistes arabes, poste étonnant pour une femme mise à la tête d’un groupe principalement composé d’hommes.

Siham Ben Sedrine qui s’est fait tant de fois remarquer pour ses prises de position courageuses face à un Etat corrompu, défaillant et tyrannique qui la fit mettre en prison à plusieurs reprises ou sous résidence surveillée et finalement en exil, d’où elle revint l’été de ce « printemps » pour participer à ce qu’elle croyait être un renouveau profond de son pays ; et Amel Ben Aba, ma copine, pionnière du féminisme, enseignante, philosophe et journaliste, emprisonnée sous Bourguiba pour avoir révélé la condition des miniers du Sud ; et tant d’autres femmes merveilleuses décrites dans mon livre.

La féministe marocaine Fatima Mernissi vint les faire participer à un atelier d’écriture, dont le résultat fut deux recueils d’essais : « Tunisiennes en devenir » (1992) dans lequel Amel publia un article remarqué intitulé « Clore pour éclore. » Elle publia aussi dans « Femmes et société civile au Maghreb » sous le titre « Années 8O, ce qu’ont tramé les Maghrébines », elle participa au film « Tanitez moi » en 92 dans l’élaboration du scénario et la préparation du film, et au film « Mon coeur m’est témoin » sur les femmes arabes, film de Louise Carré Canada qui reçu le prix Vues d’Afrique.

Les femmes adaptèrent et montèrent en pièce de théâtre mon roman « Blessures des Mots » que j’avais écrit sur et pour elles. J’ai pu assister et participer à cette pièce dans les déennies 1990 et 2000 ; elle s’intitulait « Les filles de Taher Haddad » en hommage au libérateur des femmes dont les livres et la pensée inspirèrent le président Bourguiba pour ses réformes en faveur de la femme, en particulier son nouveau code du statut personnel, si éloigné de l’esprit de la chari’a, lois que les Islamistes ont essayé de mettre en place après ces « printemps », tentant de transformer la Constitution pour prétendre que les femmes étaient complémentaires plutôt qu’égalitaires des hommes.

Déjà, dans ces récents mouvements de révoltes/libération appelés à tort « printemps » alors qu’ils sont des tempêtes, il y eut quelques rapports effrayants de femmes violées, arrêtées, emprisonnées, rapports vite étouffés par les médias trop préoccupés par les interventions militaires et guerres, considérés comme plus importants que les droits des femmes dans n’importe quel pays.

Des femmes ayant participé aux manifs, surtout en Egypte, furent arrêtées et soumises à des tests de virginité pour prouver leur « bonne conduite » ; lorsque trouvées non vierges, leur réputation fut noircie, appelées femmes de mauvaise vie, persécutées et bannies, « l’honneur » de leur mouvement remis en cause. En Tunisie, le mariage « mut’a » (signifiant « pour le plaisir », de l’homme cela va sans dire, où la femme est à la merci de l’homme sexuellement, physiquement, moralement, et socialement sans aucun droit) fut réintroduit, effaçant ainsi les réformes de Bourguiba qui avait éliminé la polygamie et institué de nombreux droits pour les femmes grâce à sa transformation du Code du Statut personnel. (5)

Les femmes de nombreux pays arabes, musulmans et même occidentaux vont offrir leurs corps aux combattants, dans ce qui est communément appelé le “Jihad al Nikah”, mariages ressemblant davantage à la prostitution, voire à des viols collectifs, actes visant à soutenir les combattants en Syrie et en Irak et à servir le nouvel état islamique, califat auto-proclamé ; celui-ci leur promet par là même le Paradis et la vie après la mort. Des femmes malaysiennes partent en masse pour servir cette cause, cela devient un véritable problème pour le gouvernement malaysien qui voit cela d’un mauvais œil et cherche à les en empêcher, m’a rapporté mon frère qui vit à Singapour. Et ce n’est qu’un exemple pour illustrer l’ampleur de ce phénomène qui s’étend même à l’Asie !

4 – Violence sexuelle en augmentation avec la Terreur

Les violences sexuelles contre les femmes sont en augmentation depuis les révoltes de 2011, où les femmes qui protestaient furent attaquées par les islamistes avec impunité durant la chute du régime de Hosni Moubarak d’abord, puis par la junte militaire dans les protestations contre le Président Morsi. 250 cas de violences sexuelles contre les femmes ont été rapportés entre Novembre 2012 et Janvier 2014.

Le même schéma a été reproduit : des dizaines d’hommes entourant leurs victimes, déchirant leurs vêtements, attrapant les corps, un certain nombre d’entre elles violées par des gangs de voyous, souvent armés de bâtons, de lames de rasoir et d’autres engins.(6) Depuis Mars 2014 aucun de ces criminels n’a été arrêté et condamné par la justice.

L’auto-proclamé califat islamique, IS ou Daech, utilise une orchestration de violence et de terreur pour installer la peur dans le cœur de ses ennemis et entraîner la soumission et l’obéissance des communautés conquises. On pourrait comparer ce mouvement à la Terreur Jacobine, aux débuts de la période soviétique et aux massacres systématiques pratiqués par les Khmers Rouges. Il est aussi engagé dans l’édification d’un état plus ambitieux que Al-Qaida dont il est un rejeton ; Daech a pris près d’un tiers de la Syrie et d’un quart de l’Irak, construisant son « Etat » par des méthodes en vigueur dans les régimes totalitaires. Il ressemble aux cultes de violence apocalyptiques qu’on a pu observer dans d’autres lieux et temps, comme dans certaines périodes du Moyen Age et des débuts de l’Europe moderne.

Des mouvements millénaires semblables, souvent très violents furent observés au Moyen Age, cherchant à nettoyer l’église et la société de la corruption. Ils imposaient des baptêmes en masse, chassant ou exécutant ceux qui ne se convertissaient pas et forçaient les femmes à la polygamie.(7)

Selon Jeremy Armstrong (8), des femmes armées par le PKK se sont rendues en Irak pour s’attaquer aux Jihadistes et retrouver les femmes capturées par Daech (plus de 3.000) qu’ils vendent comme esclaves sexuelles, forcent au mariage ou assassinent si elles ne se convertissent pas à l’Islam. Elles cherchent à repousser les combattants de Daech hors d’Irak du Nord. Elles sont la terreur des Jihadistes qui croient fort et ferme que mourir tués par des femmes les empêchera d’entrer au Paradis !

D’autres femmes des régions kurdes (montagnes d’Erbil et du Sinjar où des milliers de Yazidis furent piégés et affamés, où beaucoup sont morts de faim et de soif) ont rejoint leurs compagnes d’arme pour combattre Daech avec l’aide des frappes américaines.

Un bataillon de femmes kurdes (mères, sœurs et filles), les 2eme Peshmerga (signifiant ceux qui n’ont pas peur de faire face à la mort) se sont réunies pour faire face à Daech avec leur AK-47 et protéger la population irakienne kurde. Le Kurdistan est l’une des rares portions de terre musulmane où les femmes servent dans le service militaire et dans des zones de combat. Daech, qui dénie aux femmes leurs droits les plus élémentaires, aura un temps d’enfer avec ces combattantes. Quelle ironie du sort s’ils étaient vaincus par des femmes qu’ils essaient de subjuguer, d’abuser et d’anéantir !

En même temps des voix féministes s’élèvent pour souligner que les femmes kurdes sont souvent utilisées quand on en a besoin, mais qu’elles sont privées de droits dans une société kurde qui reste très patriarcale, où l’autorité mâle est suprématiste, où les femmes continuent de subir des crimes d’honneur, des abus et des violences de toutes sortes parce qu’elles sont femmes.

« Il y a une myopie typique des médias occidentaux qui ferait mieux de considérer la signification profonde et ses implications lorsque des femmes prennent les armes dans une société patriarcale par excellence – surtout contre un groupe qui viole et vend les femmes comme esclaves sexuelles – même les magazines de mode s’approprient le combat des femmes kurdes à besoin et but de sensationalisme. Les reporteurs choisissent souvent des combattantes parmi les plus alléchantes de ces femmes, elles sont interviewées et exotisées en tant qu’Amazones « badass. »

« Parallèle à ce combat existentiel contre ISIL, les femmes de la région syrienne kurde, qu’elles soient Arabes, Assyriennes, Turkmènes, ou Arméniennes, mènent une révolution sociale contre un ordre social patriarcal au travers d’une gouvernance égalitarienne de genre et des mouvements féministes grassroot. » (9)

Le combat continue donc de tous les côtés et les femmes doivent combattre non seulement pour se protéger physiquement des abus, mais aussi psychologiquement, sociétalement et politiquement ; toutes les facettes constituent un imbroglio compliqué et demandent courage et unité. On ne peut que louer les femmes kurdes qui nous offrent des modèles de courage et d’endurance, mais on doit aussi les rejoindre dans leur résistance quotidienne qui cherche à changer la société et la famille de l’intérieur.

5 – Motivations sexuelles et attraction au nouveau culte

Les jeunes hommes qui prennent un plaisir sadique à bombarder, démembrer, couper les têtes, enterrer vivant, vendre, abuser et violer des femmes cherchent à justifier leur violence par une rhétorique religieuse, mais ce n’est pas la ferveur religieuse qui les motive. La plupart sont ignares de la religion sensée protéger les humains de la radicalisation violente. Pour plus d’évidence et d’analyse de ce phénomène, il faut lire le psychiatre et politologue Marc Sageman (10), l’islamologue Olivier Roy (11), l’anthropologue Scott Atran (12) qui se sont tous penchés sur la question et ont étudié et analysé la vie, l’environnement et le milieu de centaines de ces jeunes gens (la plupart sont en effet des hommes) ; ils concordent à dire que l’Islam n’est pas à blâmer dans leur conduite.

Ce qui inspire ces dangereux terroristes, ce n’est pas le Coran ou les enseignements religieux, mais c’est l’excitation que la cause de Daech est devenue à leurs yeux, un appel à l’action promettant la gloire, l’estime aux yeux de leurs amis, le respect éternel et la reconnaissance dans un monde élargi. Ces jeunes gens sont pour la plupart désoeuvrés, ils s’ennuient, souffrent de manque d’emplois ou sont au chômage, ils veulent la gloire et l’excitation que leur apportent guerre, viols et violences de toutes sortes, et la plupart cherchent une nouvelle identité.(13) Les actes sexuels tels qu’ils les pratiquent sont intrinsèquement liés à la guerre et à la violence, elles expriment le besoin de gratifier leurs frustrations sexuelles au travers d’orgasmes pervers.

Mais qu’en est-il des femmes se rendant au pays de Daech pour s’offrir sexuellement aux combattants ? Endoctrinées, on leur dit qu’elles vont servir la révolution islamique, aider à établir une utopie islamique, créer, porter et enfanter des enfants pour une cause « noble » et par là même entrer directement au Paradis en reconnaissance à leur dévotion, spécialement si elles se font sauter et meurent dans des attaques suicides. En 2005, l’Irak fut secoué par une série d’attaques suicides menées par des femmes. Ces actes rompirent un tabou de Al-Qaida concernant les femmes, elles étaient le fruit du cerveau pathologique d’Abpu Mussa’ab al-Zarqawi, le Jordanien terroriste, mentor d’ Abou Bakr Al-Baghdadi, chef actuel de Daech. L’une des femmes ayant mené une attaque suicide à l’époque, était une femme belge de 38 ans, Muriel Degauque, recrue occidentale de la ville de Charleroi près de la frontière française. Le 9 novembre 2005, elle se fit sauter à un barrage de police irakien dans la ville de Baqubah.(14)

Souvent elles sont sujettes à des sentiments masochistes liés au sadisme des hommes, une certaine jouissance à se laisser dominer et écraser par des bourreaux avec lesquels elles entretiennent des rapports qu’elles croient amoureux.

Seul un travail de conscientisation, comme celui pratiqué sur les femmes battues pour leur permettre de ne pas retomber dans le syndrome de la femme battue, leur permettra de comprendre les enjeux dont elles sont victimes.

D’autres motivations à rejoindre Daech et à épouser sa cause est le spectacle de cruauté et de violence que l’Etat d’Israël commet contre Gaza avec son corollaire de massacre des Palestiniens, son expansion contre toutes les lois internationales et sa politique néo-colonialiste et raciste. La vision de destruction des maisons, des oliviers et des orangers arrachés, des enfants enterrés sous les décombres sans presqu’aucune protestation de la communauté occidentale, a fanatisé un nombre important de jeunes dans plusieurs pays du monde, les conduisant à rejoindre le régime de terreur, Daech, auquel nous assistons ; la violence entraîne la violence, la terreur enfante la terreur, et la guerre ne pourra pas se terminer rapidement avec cet enchaînement d’horreurs. Tant que l’Occident continuera de soutenir les injustices flagrantes que l’Etat d’Israël perpétue en toute impunité, il n’y aura pas de solutions réelles au chaos que nous subissons dans cette région du monde.

Mon amie Nadera Shelhoub Kevorkian, dans un récent article, a éloquemment analysé la situation : « L’expérience de l’Enfance en Palestine est caractérisée par une anxiété constante, la perte des maisons, la peur par manque de sécurité même dans les chambres à coucher d’enfants … Israël est consciente du pouvoir que chaque enfant palestinien possède en vertu de sa simple existence et elle cherche à maintenir les enfants sous menace constante de disparition … Les enfants palestiniens sont considérés comme menaces sécuritaires et sont donc jetés en dehors des normes humaines acceptables … Se débarrasser des indigènes, les cibler tôt dans leur existence est une stratégie de démonisation criminelle des Palestiniens, c’est les incarcérer et les tuer, les priver de leur droit à résister à leur oppression … Durant l’attaque de Gaza, les corps morts d’enfants sont devenus des objets contestés, politisés … L’Etat d’Israël sanctionne ces actions, transformant les enfants en outils d’élimination du régime qui veut déposséder la Palestine … les enfants palestiniens ont déjà créé leur propre résistance.

Même dans les ruines, sujets à des bombardements meurtriers … les enfants ont trouvé les moyens de dessiner leurs maisons … Ils trouvent de nouveaux moyens de vivre, de jouer, de faire renaître le soleil et de créer la vie … Israël vise et tue les enfants palestiniens, non seulement parce qu’ils sont une menace en tant que « futures terroristes », mais parce qu’ils devront construire la nouvelle génération. … Tout cela demande une intervention immédiate, car ces crimes contre l’humanité … ne doivent plus être commis par Israël et soutenus par la communauté internationale. »(15)

Conclusion

Malgré tous ces revers, les femmes n’ont pas perdu l’espoir et elles continuent à se battre pour leurs droits. Des mouvements appelant à plus de démocratie et de droits humains se sont étendus vers d’autres pays dont Bahrayn, la Syrie et le Yémen, où une femme remarquable, Tawakkul Karma, a élevé sa voix pour protester contre les injustices et l’absence des droits humain dans son pays. Elle s’est distinguée de manière si extraordinaire (surtout pour ce qui est des transformation radicales de ces mouvements islamistes) qu’elle a gagné le Prix Nobel pour la Paix, en 2011.

Mon amie Tracy Chamoun (16) -femme de lettres et d’action (auteur de plusieurs livres importants), fille de Dany Chamoun qui fut assassiné avec sa femme et ses enfants dans leur sommeil- est courageusement revenue au Liban pour se présenter aux élections ; elle a fondé son propre parti politique, le Parti Libéral Démocratique du Liban. Elle a conçu un plan pour sauver le Liban, depuis des solutions écologiques à la restructuration de la politique libanaise ; ce plan se trouve dans son livre remarquable, Le sang de la paix. Elle émet chaque semaine des analyses et propositions s’appliquant à tous les problèmes du moment, depuis les réfugiés jusqu’aux maladies et crises secouant la région. Si on lui en donnait l’opportunité, Tracy Chamoun pourrait-elle transformer le Liban et la région ? (17) « Personne n’a analysé la politique libanaise avec autant de subtilités et de profondeur, » me disait récemment Georges Corm, un expert dans la région.(18) Pourquoi ne lui donne-t-on pas l’occasion de faire ces changements nécessaires ?

Pourquoi le monde, et ma région du monde en particulier, est-il si sourd à ces voix/voies rédemptrices ? Pourquoi la plupart des hommes ont-ils si peur des femmes qu’ils ne les laissent pas sauver la terre avant qu’il ne soit trop tard ?

C’est comme si les voix du pouvoir et des armes étaient plus fortes que celles de la démocratie et des droits humains ; nous assistons actuellement à un retour à des traditions, au barbarisme et à des lois aberrantes sous le signe de l’Islam, en évoquant certains aspects de la chari’a musulmane qui étaient jusque là tombés en désuètude, et qui le plus souvent sont contraires aux prescriptions coraniques elles-mêmes.

Sitôt mis en place, le nouveau régime Libyen proclama la chari’a comme loi d’état (cette proclamation fut à peine relevée par les médias trop préoccupés à montrer le bon côté de cette révolution et préférant ignorer ces signes avant-coureurs de danger pour les femmes et les êtres humains en général) ; Ennahda, mouvement islamiste ayant pris le pouvoir en Tunisie, essaie de faire pareil, heureusement les nouvelles élections de cette année sont entrain de prouver le contraire et renversent ces prédictions effrayantes ! Mais en Egypte, l’armée qui contrôle le pays est elle-même soumise aux Islamistes, et en Syrie, Al-Qaïda, des Salafistes et Wahhabistes avaient infiltré les mouvements démocratiques et pacifistes de l’opposition et se battaient contre le régime syrien toujours en place, brouillant les cartes et rendant la situation syrienne inextricable.

Et maintenant la région est soumise à la pire forme d’Islamisme contemporaine : Daech ! Lorsque les éléments armés se déchaînent dans un pays, les forces de paix et d’harmonie, et les voix des femmes sont étouffées. Le chaos, l’anarchie et la violence prennent le dessus et s’installent en force, et c’est ce qui est entrain de se passer.

Quand les fondamentalismes religieux, le militarisme et les nationalismes nourrissent et se nourrissent du mythe de la masculinité, la liberté des femmes s’efface. L’Irak en est un bon exemple : plus d’un million de veuves, une prostitution en plein essor, des femmes immigrant dans les pays alentours (Syrie, Jordanie, Liban) vendant leurs corps pour pouvoir manger et nourrir leurs familles, un pays dans un état de désintégration totale suite à la chute du régime et à son occupation par les forces américaines, luttes armées entre les différents groupes ethniques et religieux, actes terroristes semant la frayeur et morcelant le pays encore plus, opposition entre les différentes factions qui se fait sur le dos des femmes, les forçant à s’habiller d’une certaine manière et selon des codes donnés par le ministère des affaires de la femme, les soumettant au voile même dans les écoles non religieuses.

Les mouvements politico-religieux sont presque toujours au détriment des intérêts de la femme. Lorsqu’un peuple est constamment soumis aux abus, guerre, violence, bombes, actes terroristes et terribles atrocités, comment peut-il croire en l’avenir et aux lendemains qui chantent ? Les jeunes en sont désespérés et les femmes enfantent des chairs à canon.

Nous sommes face à des menaces de violence, de barbarisme et de terreur rarement ressentis avec autant d’intensité et de possibilité à faire basculer le monde dans un chaos total. Comment continuer à trouver des solutions pacifiques dans un tel contexte ? N’avons-nous pas déjà dépassé le point de non retour de désintégration de notre planète au travers d’abus, de destructions et de violences ? Y a-t-il une lueur d’espoir à l’horizon ?

Les bataillons de femmes kurdes mentionnées dans cet article sont-elles des signes d’amélioration de la condition des femmes de la région, leur seule voie du regain de leur dignité et liberté ? Que se passera-t-il quand la guerre est terminée, et les ennemis vaincus ? N’allons-nous pas nous retrouver avec d’autres formes d’abus et d’oppression, comme ce qui s’est passé pour les femmes dans d’autres régions du monde lorsqu’elles furent renvoyées à la maison et sujettes à des oppressions souvent plus pernicieuses une fois la lutte armée terminée ? Comment les femmes peuvent-elles enseigner à leurs camarades qu’elles ne sont pas des objets à consommer mais des compagnes à aimer, chérir et respecter ?

Si le monde doit survivre au chaos effrayant actuel, il se fera aussi grâce à la transformation des rapports entre hommes et femmes. Ces relations doivent être basées sur la tendresse et le partage égalitaire, sur une autre conception de l’amour loin des sentiments de possession et de jalousie empêchant les partenaires de voir la beauté de l’Autre. L’équilibre de notre monde est en jeu ! Mon espoir pour le Liban est de lui donner « une chance de paix » (le chant des Beatles résonne en moi : « Give Peace a Chance » ! Donner au Liban l’espoir au travers des femmes telles que Tracy Chamoun, et tant d’autres êtres exceptionnels (hommes et femmes) rencontrés ici, trop nombreux pour être cités. Ils/elles me font revenir dans ce pays attachant malgré tout et qui pourrait redevenir un flambeau et un exemple pour la région ! Je souhaite que cela arrive avant qu’il ne soit trop tard. (19)

Notes
  1. Philosophe et essayiste britannique, il a écrit de nombreux livres de théorie politique, dont récemment Straw Dogs : Thoughts on Humans and Other Animals (2002) et d’autres ouvrages dont Al Qaeda and What it Means to be Modern (2003) Heresies : Against Progress and Other Illusions (2004) Black Mass : Apocalyptic Religion and the Death of Utopia (2007) Gray’s Anatomy : Selected Writings (2009)
  2. Christiane Veauvy me fait me fait remarquer avec justesse que : « Daëch, état auto-proclamé dans des conditions bizarres, a peu à voir avec les conditions d’émergence et de création de cette institution. Le terme totalitaire n’est donc pas adapté. »
  3. John Gray, The Guardian,Tuesday 26 August 2014
  4. Blessures des Mots : Journal de Tunisie. Paris : Côté femmes, Collection Prémices, June 1993.
  5. Agence France Presse, CAIRO : Readmore: http://www.dailystar.com.lb/News/Middle-East/2014/Apr-16/253537-sexual-violence-against-egypt-women-goes-unpunished-report.ashx#ixzz3BR19rLgi (The Daily Star :: Lebanon News :: http://www.dailystar.com.lb)
  6. John Gray, The Guardian, Tuesday 26 August 2014
  7. Jeremy Armstrong, The New York Post, Aug 19, 2014.
  8. « BEYOND THE BATTLEFIELD : THE KURDISH WOMEN’S RADICAL STRUGGLE » by Dilar Dirik, article first published on Al Jazeera under the title “Western fascination with ‘badass’ Kurdish women.” 2014.
  9. Spécialiste de terrorisme, il a publié : Understanding Terror Networks (Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 2004), Leaderless Jihad : Terror Networks in the Twenty-First Century (Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 2008)
  10. A publié entre autres : « L’échec de l’islam politique », Seuil, 1992. (2) « The Terrorist in Search of Humanity : Militant islam and Global Politics», Columbia University Press, 2008. (3) Seuil, 2008.
  11. A publié entre autres : In Gods We Trust : The Evolutionary Landscape of Religion Oxford University Press, 2002 ; Talking to the Enemy : Faith, Brotherhood, and the (Un)Making of Terrorists HarperCollins, 2010.
  12. Mehdi Hasan, « What the Jihadists who bought ‘Islam for Dummies tell us about Radicalisation » blog Posted : 21/08/2014 10:04 BST Updated : 21/08/2014 17:59 BST
  13. Jamie Dettmer, « The Bride of ISIS revealed » World News, 9/3/2014.
  14. Nadera Shalhoub-Kevorkian,“The constant presence of death in the lives of Palestinian children,” Aug 22, 2014, http://mondoweiss.net/2014/08/presence-palestinian-children.html
  15. Tracy Chamoun femme de lettres et activiste libanaise, l’une des deux survivantes de Dany Chamoun, feu commandant en chef du National Liberal Party et de la Tigers militia, petite fille du President Camille Chamoun, a fondé son propre parti ainsi que la Dany Chamoun Foundation, En 1991, Tracy écrivit son premier livre “Au Nom du Pere”, elle y raconte ce que signifie grandir dans la guerre, livre qui fut publié en France en 1991. Il fut sur la liste des meilleurs livres de l’année en France et reçu deux prix dont le Prix Vérité ! De 1993 à 1995, elle retourna vivre au Liban où elle assista au procès très médiatisé du meurtre de son père qu’elle rapporte dans ses livres. En 1993 elle publia son deuxième livre, un roman intitulé Amare, livre publié aussi en France et qui fut sur la liste des meilleurs livres à lire de L’Express. Il sortit aussi en anglais aux Etats-Unis et est remarquable dans son apport aux problèmes de résolution des conflits ainsi que des thérapies post-traumatiques. Comment guérir des blessures profondes de la guerre? Quel chemin suivre pour sortir des mutilations et destructions de la guerre et de la violence? Participante à de nombreuses conférences et actions pour la paix, Tracy travaille, écrit et parle sur ces sujets d’importance vitale partout dans le monde, elle est une forte avocate de la tolérance, et coexistence. Son dernier livre Le Sang de la Paix (Paris : Lattès, 2012, disponible aussi en Arabe) offre un plan pour sortir des crises dont souffre le Liban, il montre la voix/voie pour résoudre bien des problèmes libanais allant des réformes politiques à celles écologiques et autres fléaux qui secouent notre terre.
  16. René Naba me fait remarquer avec justesse que : « La question ne se pose pas en ce que l’occasion ne lui sera pas donnée tant le machisme est prégnant dans les rapports sociaux des sociétés arabes. » Malgré cette constatation réaliste mais trop pessimiste, moi j’espère toujours que ce machisme pourra être transformé et transformer par là même la société dans ce qui la constitue en son plus profond !
  17. Georges Corm Economiste et Historien libanais, est consultant pour de nombreuses organisations internationales, il est Professeur à L’Université Saint Joseph University de Beyrouth. Il a étudié à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (1958-1961), et servi comme ministre des Finances de Decembre 1998 à Octobre 2000 sous le gouvernement de Salim El Hoss. Ses livres, traduits dans plusieurs langues inclus: Le Nouveau Gouvernement du Monde (Idéologies, Structures, Contre-Pouvoirs) (La Découverte, 2010) L’Europe et le Mythe de l’Occident (La Construction d’une Histoire) (La Découverte, 2009) Histoire du Moyen-Orient (De l’Antiquité à nos jours) (La Découverte/Poche, 2007) Le Proche-Orient éclaté (1956–2012) (Gallimard/Histoire) Orient-Occident, la fracture imaginaire (La découverte, 2002 et 2004) L’Europe et l’Orient : de la balkanisation à la libanisation. Histoire d’une modernité inaccomplie(La découverte, 1998,2001 et 2003) Histoire du pluralisme religieux dans le bassin méditerranéen(Geuthner, 1998) Le Nouveau Désordre économique mondial (La découverte, 1993) La Mue (roman, 1989) Le Moyen-Orient (Flammarion/dominos, 1994) La Question religieuse au XXIme siècle. Géopolitique et crise de la post-modernité (La découverte, 2006) Le nouveau gouvernement du monde – Idéologies, structures, contre-pouvoirs (La découverte, 2010).
  18. Roula Zoubiane, Professeur à l’Université Libanaise, auteur de nombreux ouvrages importants, et traductrice notoire d’œuvres d’intellectuels parmi les plus connus du monde arabe, m’envoie ces commentaires éclairants : votre article dont la thématique cruellement actuelle et la précision hautement scientifique intéressent et dynamisent ceux et celles qui, s’alignant sur votre exemple, luttent contre l’infâme en prolifération dans notre région, devenue si sinistre alors qu’elle regorge de talents prometteurs d’un avenir meilleur. Cependant, et ainsi que vous le pensez vous-même, cette région ne parviendra pas à retrouver le chemin de la lumière et du vrai progrès d’abord humain, tant qu’elle n’aura pas reconnu les femmes, mettant fin à leur chemin de croix et les intégrant au processus décisionnel qui devrait en garantir la marche. La même situation s’impose dans certaines régions d’Afrique noire, où la militarisation des jeunes prend à présent un nouveau tour, dans la mesure où l’intégrisme religieux répand sa lèpre de plus en plus, dont les premières victimes sont naturellement les femmes. La thématique de la table que je modère demain s’articule autour de « Culture et Violence en Méditerranée » (Salon du Livre Francophone, Beyrouth, Biel, 2014) ; je ne sais si les conférenciers et conférencières oseront aborder une question aussi épineuse au Liban, en évoquant DAECH, de crainte que leur intervention et prise de position contre ce fléau, ne soient interprétées en termes de sectarisme confessionnel Sunnisme\Chiisme, reproduisant ainsi un très vieux conflit qui remonte au Schisme entre le Calife Muawiya (qui s’attache au texte coranique) et le Calife Ali qui en est certes le défenseur, mais est encore plus soucieux de valoriser le consensus démocratique et le projet d’Etat politique, qui favorise le mérite humain dans la persévérance dans le chemin de la foi qui, sans se départir de Dieu, développe le potentiel de ses créatures. Indépendamment de Daech, et des artisans de son esprit et de son projet, l’Islam et le monde arabe qui s’en réclame, continuent à subir au quotidien les séquelles de ce premier Schisme radical. Je vous conseille vivement de lire un livre d’une de vos collègues américaines, Patricia Crone, intitule GOD’S RULE, dont j’ai traduit en arabe 11 de ses 22 chapitres, il y a quelques années.

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