Les Etats-Unis versus l’Iran, le bras de fer s’accentue

«Si vis pacem para bellum» disaient les Anciens. Une maxime que nos dirigeants modernes reprennent un peu trop souvent à leur compte, y compris le président Obama, pourtant prix Nobel de la paix et en négociations terminales à propos du programme nucléaire iranien et son arrêt.

Les Etats-Unis fourbissent leurs armes …

Depuis plusieurs années un bras de fer s’est engagé entre l’Iran et les Etats-Unis. Ces derniers mois et semaines, chacun des protagonistes semble vouloir arriver à un accord qui permettrait aux uns comme aux autres de sortir la tête haute d’une brouille qui n’a que trop duré.

Mais comme ni les uns ni les autres ne sont convaincus de l’emporter, de sauver la face par rapport à leurs populations, ou du moins de faire jeu égal, chacun continue à fourbir ses armes, au cas où…

Si, pour le président Obama les enjeux sont essentiellement liés à laisser une image positive dans les livres d’Histoire, sur le plan interne, l’approbation par le Congrès est loin d’être acquise, pas plus qu’auprès de l’opinion américaine dans son ensemble.

Historiquement, les Américains n’ont pas digéré le camouflet que leur ont infligé, en son temps, les Iraniens avec la prise d’otages et le siège de l’ambassade de Téhéran ni les GI morts pour aller à leurs secours. Une humiliation pour une nation qui se croyait être devenue invincible. Le temps aurait pu atténuer les chagrins, c’est aussi sans compter les alliances, dont l’Amérique s’enorgueillit – à juste titre, car indéfectible même si elles peuvent être pesantes de temps à autres – avec Israël, cible privilégiée de l’Iran.

Alors, on comprend mieux pourquoi entre un parti Républicain majoritaire au Congrès et qui calcul et s’imagine déjà à la Maison Blanche, un lobby militariste d’une extrême puissance et soumis à la pression efficace de la diaspora israélienne, l’accord conclu entre l’Iran et les Etats-Unis à Lausanne à la mi-mars est loin de faire l’unanimité. Et sa ratification pourrait être fortement compromise.

Barack Obama, fine mouche et bien que sur le seuil de la Maison Blanche, a bien compris que la recherche d’un consensus intra-américain risquait de le mener dans une impasse. Alors, en coulisse, continue-t-il à préparer le pire… ou prétendument être le pire scénario.

Bien entendu, il ne veut rien céder aux uns comme aux autres. Il refuse d’être aux ordres du gouvernement Netanyahu, dont il n’a guère gouté le discours dithyrambique devant son propre Congrès. Il voudrait surtout presser les Iraniens à plier pour terminer en beauté son second mandat. Pour ce faire il a fait organiser de grandes manœuvres aéronavales au large de l’Iran au début du mois de Mars. Et cela semble lui porter chance puisque les Iraniens ont signé l’accord de Lausanne.

Reste cependant le plus gros morceau… faire avaler aux Israélien le dit accord.

Israël, toujours sur la défensive… lavec «la limite dans la confiance», la toute nouvelle forme de politique américaine qui envers Netanyahu

Bien qu’officiellement absents de la table des négociations, les Israéliens restent dans une observation «active», permanente car, à mots couverts, ils sont au cœur de toutes les discussions, de toutes les préoccupations des uns et des autres. Les uns pour les rayer de la carte, les autres pour les y maintenir coûte que coûte. Mais quelque soit l’issu – ratification ou non – Israël reste et restera l’ennemi juré des Ayatollahs de Téhéran. Parce que implanté au cœur d’une région qui leur est particulièrement hostile, les Israéliens ont su anticiper sur leurs ennemis en développant des armes pour pouvoir frapper au cœur, à titre préventif, plutôt que d’attendre – l’arme au pied – que l’ennemi ne vienne les surprendre. Avec la complicité de ses alliés Américains, cette politique a souvent remporté quelques belles «victoires» tout en embarrassant Washington car la zone est ultrasensible et ultra susceptible. D’autant plus que le président Obama n’a pas très envie que des armes américaines viennent frapper – même préventivement – n’importe qui, n’importe où.

Or cette «limite dans la confiance» est une toute nouvelle forme de politique américaine qui a surpris le gouvernement Netanyahu habitué à une toute autre forme de geste et de confiance «amicale». Cette nouvelle orientation vient renforcer le sentiment d’insécurité dans lequel les Israéliens se maintiennent et dont ils font peser, aujourd’hui, toute la responsabilité sur leurs amis de toujours. Oui, les Américains viennent de mettre des limites à leur confiance en Netanyahu, ce qui devrait appeler à une réaction dans les prochains jours, voir semaine.

John Kerry, VRP du GBU-57 A/B

(Massive Ordonance Air Bust Penetrator),la plus grosse bombe actuelle de l’arsenal militaire américain (13 tonnes 600, dont 2 tonnes 700 d’explosifs surpuissants!).

C’est le Secrétaire d’Etat, John Kerry qui vient de se voir confier cette lourde responsabilité.

Déguisé en «porte parole de l’ange de la Paix», il est venu présenter aux Israéliens un film et une documentation commerciale et publicitaire sur la dernière arme mise au point par les forces américaines, mais sans donner la possibilité aux amis israéliens de pouvoir l’acquérir…

Frustrés? Abasourdis? Le vocabulaire ne manque pas pour imaginer la réaction du gouvernement, des médias et de la population israélienne…

Vidéo à l’appui, John Kerry s’est voulu rassurant quant aux possibilités de frappes, en Iran, si ces derniers refusaient de ratifier l’accord de Lausanne. Il a donc présenté le dernier joujou des militaires, construit par Boeing et développé à la suite des dernières interventions en Iraq, dans l’optique d’une «éradication» des centres névralgiques enterrés à grande profondeur et super protégés… la fameuse GBU-57 A/B (Massive Ordonance Air Bust Penetrator), la plus grosse bombe actuelle de l’arsenal militaire américain (13 tonnes 600, dont 2 tonnes 700 d’explosifs surpuissants!). Une bombe qui coûte une «bombe»: 400 millions de dollars pour seulement 20 exemplaires. Sans compter le coût de modernisation des avions porteurs qui ne peuvent en transporter que 2 par vol…

Destinée à pénétré des bunkers camouflés à 60 mètres sous terre (construits avec un béton Haute Performance à 35 MPa); pouvant percer des voiles de béton Très Haute Performance coulés à 69 MPa; voire pénétrer des roches moyennement dures sur 40 m; les GBU-57A/B sont guidées par GPS et dotées de systèmes de contre-mesures qui peuvent déjouer toutes les défenses et brouillages iraniens!

Ce programme est juste la continuation de programmes anciens qui avaient, en leur temps fait leurs preuves. Afghans et Irakiens subissent encore largement les effets néfastes de ces engins qui sous prétexte d’éradiquer des complexes enterrés, ont semé la mort, la désolation et la poussière d’uranium appauvri, seul métal pas cher, plus lourd que le plomb et pyrophorique permettant d’obtenir de telles performances. Les Israéliens disposent de leurs propres Bunker Buster Bombs, largement utilisées dans leurs dernières offensives contre Gaza et dans la zone du Couloir de Philadelphie pour couper les tunnels.

Mais alors pourquoi les Américains n’ont-ils pas vendu, directement, cet engin en un ou plusieurs exemplaires à Israël ?

Obama et Kerry, tiraillés entre un aboutissement complet et rapide des négociations de Lausanne ne souhaitaient pas – et ne souhaitent toujours pas – voir les Israéliens prendre le pas sur eux et allez détruire les installations. Un acte qu’ils n’auraient aucune vergogne à accomplir mais ruinerait alors toutes les démarches diplomatiques entreprises jusqu’alors. Ils ne voudraient pas non plus qu’une telle livraison soit mal interprétée voire dévoyée et préfèrent conserver la maîtrise des armes et de la dissuasion comme arme psychologique autant que tactique.

Pendant ce temps, l’Iran

Pendant tout ce temps, l’Iran s’agite. Ne reste pas sans rien faire.

Sur le terrain les Iraniens ne cessent de manipuler les groupes et groupuscules extrémistes, fomentant attaques et rebellions sur fond de guerre de religion et prétextant une défense des Chiites en but aux avanies de Sunnites fanatiques et fanatisés. Les brigades de Dae’ch, d’Al Qaeda et autres groupuscules terroristes font surgir des conflits dans cette région, un peu plus instable tous les jours. Si l’Iran se bat aujourd’hui aux côtés des Américains ce n’est pas un acte anodin.

Le retour sur le terrain de la puissance iranienne, annonce son retour diplomatique et devrait affirmer son poids politique régional. Trop longtemps contenu dans ses frontières les Ayatollahs de Téhéran veulent réoccuper le devant de la scène, faire valoir leur puissance et ne plus être isolés.

Cette nouvelle donne fait doublement le jeu des Américains. En fixant les forces Sunnites opposantes aux Chiites, elles se détournent (mais pour combien de temps) d’Israël. D’autre part cela permet aux Etats-Unis de conserver le rôle de fournisseur de matériel militaire et de faire semblant de jouer encore le gendarme du monde.

L’Iran, aux termes de l’accord de mars dernier, devrait stopper son processus d’enrichissement d’uranium. Pour l’instant, Téhéran n’a pas communiqué la moindre information ni sur la réalité de ses intentions, ni n’a montré le moindre geste en cette faveur. La démonstration de John Kerry avait bel et bien un double langage: celui de rassurer les alliés israéliens et menacer les Iraniens. Mais cette gesticulation avait aussi comme objectif de cacher les difficultés internes qu’Obama rencontre au Congrès.

Alors, oui, on comprend mieux qu’en pareilles circonstances, Obama en appelle aux Anciens et se souvienne que Si vis pacem para bellum… Mais quel prix l’Etre humain va-t-il encore payer?

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