L’Afrique berceau de toutes les langues et dépotoir de l’humanité

L’Afrique, berceau de toutes les langues

Bamako – Le fait est connu et ne souffre la moindre contestation. Lucile, mère du monde et ancêtre de l’humanité, repose en Ethiopie et l’Adamouawa, littéralement, selon la transcription phonétique du terme en arabe, « l’Adam et Eve » par référence symbolique au statut matriciel de l’Afrique, « Berceau de l’humanité », se situe au Cameroun.

L’humain est originaire d’Afrique, un constat attesté par des preuves irréfutables (fossiles de crâne, ADN), mais l’Afrique est aussi le berceau de toutes les langues, un fait attesté par une étude linguistique qui révèle que le berceau des langues parlées se situerait au sud de l’Afrique.

Les 6 000 langues du monde moderne descendraient, selon les travaux de Quentin Atkinson, publiés dans la revue « Science », d’une langue ancestrale unique parlée par les premiers hommes d’Afrique, il y a 50.000 à 70.000 ans.

La découverte est surprenante et pourrait faire taire les critiques des négrophobes, et dispenser ainsi les Africains, selon les conseils judicieux de Nicolas Sarkozy et de son mentor Henri Guaino, de faire leur entrée dans l’Histoire alors qu’ils en sont les ancêtres de l’humanité, bien antérieurs en tout cas à la Hongrie et à la France.

Jusqu’à présent, la généalogie de la langue la plus poussée concerne la famille indo-européenne, à laquelle appartiennent le français et l’anglais et remonte à 9.000 ans.

Plutôt que se livrer à la sémantique, Atkinson, psychologue évolutionnariste néozélandais, a repoussé cette barrière en étudiant non pas les mots mais les phonèmes, c’est-à-dire les consonnes, les voyelles et les tons qui sont les éléments les plus simples de la langue et qui permettent de distinguer deux mots.
Sa recherche se fonde également sur une idée empruntée à la génétique des populations connues sous le nom d’« effet fondateur ». Ce principe veut que lorsqu’un très petit nombre d’individus se détache d’une plus grande population, s’ensuit une perte graduelle de la variation génétique et de la complexité dans le groupe sécessionniste.
En étudiant 504 langues, Atkinson a constaté que c’est en Afrique que l’on trouve les dialectes utilisant le plus de phonèmes, tandis que ceux qui en utilisent le moins sont localisés en Amérique du Sud et dans les îles tropicales du Pacifique. Ainsi, plus les peuples se sont éloignés de l’Afrique, plus leurs langues ont « perdu » des phonèmes.
Les langues khoïsan, parlées en Afrique australe (Botswana, Namibie, province du Cap-du-Nord d’Afrique du Sud, Angola méridional) sont celles qui utilisent encore aujourd’hui le clic comme phonème.

Ce qui rend le clic intéressant dans cette étude, ce n’est pas combien il est utilisé par les langues, mais au contraire combien il est dorénavant très peu utilisé, sauf par ces langues khoïsan.
Sohini Ramachandran de l’Université Brown, qui étudie la génétique des populations et l’évolution humaine, a réagi sur New Scientist estimant que « C’est une idée forte. La langue est une chose qui s’adapte tellement qu’il est logique d’avoir une origine unique avant la sortie de l’Afrique. C’est aussi une belle confirmation de ce que nous avons vu dans les précédentes études génétiques. Les processus qui ont façonné la variation génétique de l’être humain peuvent aussi avoir des traits culturels.

  • L’Afrique abrite le 1/4 de la la population de l’humanité et détient le 1/3 des réserves mondiales de minerais. Elle compte 18 prix Nobel et vingt cinq pays africains connaîtront une croissance de 6 à 13 pour cent en 2015. 50 pour cent des francophones vivent en Afrique, avec une projection de 85 pour cent en 2060. Des chiffres qui tranchent avec la sinistrose française.
Le revers de la médaille : L’Afrique dépotoir de l’humanité

Mais si l’Afrique est le berceau de l’humanité, elle en est aussi le dépotoir.
« Le cauchemar de Darwin » sur les ravages de la perche du Nil sur la faune et la flore du bassin ougandais, en révèle les dégâts écologiques, de même qu’un autre film anglais « The constant gardner » sur la fonction expérimentale de la population africaine pour le traitement de nouveaux médicaments. Une fonction cobaye.

Bouteilles en plastique flottant le long des cours, monticules de détritus aux coins des rues, villes poubelles à l’air libre, navires antédiluviens rouillant le long des plages, le marché d’Agbogbloshie (Ghana), pollué par le plomb et le mercure du fait du travail de récupération du cuivre des ordinateurs venus d’occident, le delta du Niger pollué par l’industrie du pétrole…

A- Le delta du Niger
L’Ogoniland, précisément dans la région du delta du Niger, est pollué par des déversements de pétrole depuis un demi-siècle et son nettoyage pourrait demander 30 ans. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) impute des responsabilités au géant pétrolier Royal Dutch Shell et au gouvernement dans la contamination des eaux, facteur de risques sanitaires. Au point de considérer que « la restauration de l’environnement en Ogoniland pourrait être la plus vaste et plus longue opération de nettoyage pétrolier jamais entreprise », selon les estimations de l’agence onusienne.
Le delta du Niger, essentiel au secteur pétrolier du Nigeria, se compose d’un labyrinthe de rivières et de marais couvrant une vaste étendue. Il renferme d’immenses réserves de brut exploitées par des compagnies occidentales que des groupes d’activistes locaux accusent de polluer leurs territoires.

B- Michelin au Nigeria
Pour fabriquer le caoutchouc nécessaire aux pneus, l’entreprise française a exploité des plantations d’hévéas, via une filiale, la société internationale de plantations d’hévéas. Au Nigeria, cette culture, d’une superficie d’environ 3 000 ha, s’est traduite par la destruction de forêts primaires dans l’état d’Edo, au sud du pays, et la dépossession de leurs terrains des populations locales. Vingt mille personnes vivent dans cette zone, dont 80 % sont dépendantes de la forêt pour subvenir à leurs besoins.

C- Tereos au Mozambique
Cette coopérative sucrière cultive près de 100 000 ha, dont 15 000 de canne à sucre, au Mozambique, qui viennent s’ajouter aux productions en provenance de sa filiale au Brésil. Comme tous les agro carburants, ces plantations génèrent des conflits en occupant des surfaces agricoles utilisées par les populations locales pour se nourrir, dans un pays où la faim reste un défi majeur. Elles entraînent par ailleurs des phénomènes de déforestation en déplaçant les paysans sans terre vers des zones forestières qu’ils vont défricher.

D- Socapalm au Cameroun, l’épine du groupe Bolloré :
Socapalm fait l’objet d’un montage financier complexe. Les bénéfices de l’exploitation d’huile de palme sont rapatriés vers deux holdings luxembourgeoises, afin de payer moins d’impôts sur les sociétés. Socapalm au Cameroun, c’est tout simplement un petit empire de l’huile de palme : 78 529 hectares de surface concédée (près de 110 000 terrains de football); 25 998 hectares de surface exploitée (36 000 terrains de foot); 18 265 hectares de plantations villageoises encadrées (25 000 terrains de foot).

Une capacité de production de 132 tonnes/heure, grâce à laquelle elle pèse pour 42% du marché de l’huile brute : 1 314 salariés (dont 603 ouvriers et 83 manœuvres), 2 338 « planteurs privés (sous-traitants)» qui livrent leur production à la société, 2 500 à 3 000 ouvriers employés par des sous-traitants pour la récolte et le transport des régimes. Plus de 30 000 personnes « dépendent directement de l’entreprise », dont 15 000 vivent dans les vingt villages répartis dans les plantations. Bref, un petit empire de la palme.

Les bénéfices économiques sont aléatoires pour les autochtones. Si la Socapalm fait vivre des milliers de personnes, il n’est pas certain que cela soit au bénéfice des autochtones, notamment les populations pygmées « bagyéli » originaires de la région. En théorie, le Socapalm n’a pas le droit de replanter des palmiers sur les parcelles situées autour des villages.

De multiples atteintes sont constatées à l’environnement. Sur place, des ONG européennes ont pu constater un déversement « anarchique » des « huiles usagées émanant des huileries ». Mélangées de boues et de produits chimiques, ces huiles usagées diffusent une odeur nauséabonde difficilement supportable ». Sans parler de la pollution de l’air, l’usine rejetant « de grandes quantités de nuages de poussières ».

Autre plaie de l’économie africaine : le bradage des terres arables

Depuis 2006, près de 20 millions d’hectares de terres arables ont fait l’objet de négociations dans le monde car d’ici à 2050, la production agricole devrait croître de 70 % pour répondre à l’augmentation de la population, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Mais cette offensive sur les terres ne se fait pas sans dérapages. Le recadrage des investissements s’impose, faute de quoi ils risquent de déséquilibrer le pays cible, à l’image des visées du coréen Daewoo à Madagascar. À l’affût d’une hausse durable des prix des denrées ou d’une volatilité accrue des marché, ce néocolonialisme agricole est devenu un élément stratégique pour les pays soucieux s’assurer leur sécurité alimentaire.

Aux fonds souverains d’États soucieux d’assurer leur stratégie d’approvisionnement, parmi lesquels les pays du Golfe ou la Chine, se sont ajouté des investisseurs privés, locaux ou étrangers. Les acquisitions de terres se sont accélérées avec la crise alimentaire de 2008. L’Arabie saoudite a mis sur pied une société publique pour financer les entreprises privées du royaume qui achètent des terres à l’étranger.

  • Au Mali, les nouvelles mises en culture bénéficient surtout aux investisseurs libyens. L’octroi de 100 000 hectares à la société Malibya, liée à l’ancien dirigeant libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, a fait grand bruit. « Les hectares des Libyens sont au début des canaux d’irrigation, ils seront servis en eau avant nous », regrettent les paysans. « Même s’ils disent opérer dans le cadre de la coopération, nous ne comprenons pas bien quels sont les intérêts derrière tout cela », résume Mamadou Goïta, de l’ONG malienne Afrique verte. Les producteurs redoutent aussi les intentions des Chinois de développer la canne à sucre, gourmande en eau. Ils en cultivent déjà 6 000 hectares et contrôlent la sucrerie Sukala.
  • Face à la montée des eaux, les Maldives cherchent des terres d’accueil. Soixante-dix mille personnes s’entassent Malé, lourd plateau urbain posé à fleur d’océan Indien. Pour l’heure, cette barrière artificielle tient bon. Elle a réussi à protéger la capitale de ce singulier Etat des Maldives, archipel aux 26 atolls et aux 1 200 îles dont les écrins de corail occupent une place de choix dans les catalogues du tourisme mondial.
  • Mais pour combien de temps encore ? Le raz-de-marée de 1987 inonda une partie de Malé et causa un choc profond dans la population. Puis le phénomène climatique El Niño provoqua, en 1998, un blanchissement massif des coraux : 90 % de ceux situés à moins de 15 mètres de profondeur périrent. Enfin, le tsunami de décembre 2004 frappa sévèrement l’archipel, détruisant deux îles, imposant l’évacuation de six autres, et le déplacement de près de 4 000 personnes (sur 280 000 habitants).
    Aux îles Kiribati… Même cause, même réaction : face à la montée des eaux qui les menacent, les îles Kiribati, un archipel du Pacifique, envisagent de se lancer dans l’achat de nouvelles terres. « L’alternative, c’est de mourir, de disparaître ». Les Kiribati doivent faire face à une montée des eaux de 5 mm par an depuis 1991, qui entraîne notamment une salinisation de l’eau douce. Dans un premier temps, le gouvernement avait opté pour une politique de formation et d’émigration maîtrisée. Mais la crise économique l’a conduit à envisager cette solution plus radicale.

L’Arabie saoudite a mis sur pied une société publique pour financer les entreprises privées du royaume qui achètent des terres à l’étranger. Elle s’est tournée vers l’Afrique, en raison de sa proximité avec le Royaume.
La firme saoudienne « Haïl Hadco » loue ainsi des milliers d’hectares au Soudan avec pour objectif d’en cultiver 40.000, alors que le groupe Ben Laden, spécialisé dans les travaux publics, s’est engagé en Asie à la tête d’un consortium, espérant, à terme, gérer 500 000 hectares de rizières en Indonésie, dans le cadre d’un projet agricole de 1,6 million d’hectares comprenant la production d’agro carburant.

Les pays riches ne se contentent pas de consommer dix fois plus de ressources par habitant que les pays pauvres

La consommation d’eau, de minerais, de pétrole ou de produits agricoles, se fait aussi au prix de dégradations environnementales et de violations des droits humains, générées par les multinationales qui surexploitent ces ressources. Des entreprises qui ne sont jamais tenues légalement responsables des conséquences de leurs activités, en raison de leur poids économique et politique et de l’attentisme des gouvernements et des populations, estime Sylvain Angerand, chargé de campagne forêts et ressources naturelles aux Amis de la Terre.

« Toutes les cinq secondes, c’est l’équivalent du poids d’une Tour Eiffel de ressources naturelles qui est prélevé des écosystèmes et des mines.» Ce constat alarmant a été dressé par des associations écologistes et de solidarité internationale, des syndicats et des chercheurs, coordonnés par le Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), qui réclament une gestion durable et équitable des ressources naturelles pour « Une seule planète ». Puissent-ils être entendus par les dirigeants africains de demain.

Rien n’est moins sûr tant la corruption des élites et l’autoritarisme de ses dirigeants gangrènent l’économie du continent.

Références
  1. Slate Afrique 16 Avril 2011
  2. http://www.slate.fr/lien/36947/afrique-origine-langue-atkinson
  3. La Finance peut-elle sauver la planète ? Le Monde Mercredi 20 octobre 2010. Ces multinationales européennes qui pillent les ressources des pays du sud.

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