Nucléaire : L’accord entre les États Unis et l’Iran, un accord historique ou hystérique ?

Genève – Voilà 35 ans que la brouille durait. Voilà 13 ans que le torchon brûlait. Voilà 18 mois que de difficiles négociations ont été entamées… Hier, à Vienne, et jusqu’à l’ultime instant, personne n’aurait pu jurer que cette journée du 14 juillet 2015 serait le jour J.

Et pourtant il a été, enfin, signé l’accord sur le nucléaire iranien. Il est l’aboutissement d’un long processus, d’une volonté opiniâtre d’un prix Nobel qui, hier, l’a justifié pleinement. Même si cet accord ne fait pas l’unanimité aux États-Unis, en Israël et en Arabie Saoudite,  le reste du monde s’en réjoui. Les industriels de tout poils, aussi.

L’axe du mal vient de changer…

Depuis plus de 35 ans, l’Iran de Khomeini et ses mollahs, était devenu un paria de la société mondiale, accusé de nombreux maux, dont certains voyaient – non sans une réelle lucidité – leurs mains armées dans de nombreux conflits régionaux.

Cette mise sur la touche mondiale, assortie de plan drastiques de sanctions économiques n’a eu de cesse d’affaiblir extérieurement l’Iran qui, isolé dans cette adversité, a vécu dans une curieuse autarcie en menant son propre chemin de vie.

Et, quand le monde s’est réveillé à l’annonce de son arrivée dans le monde du nucléaire, ce fût un tollé! Un tollé qui a duré 13 années et dont les échos n’ont certainement pas finis de rouler dans les médias ni les salles de conférences internationales. Un tollé rondement mené et soutenu par l’adversaire inconditionnel, Israël d’un côté et les Saoudiens d’un autre, mais pas pour les mêmes raisons.

Et chacun d’actionner ses propres réseaux, d’avancer ses propres raisons auprès des États-Unis ou des grandes puissances occidentales. Écoutés à certains moments, agacés à d’autres, Washington a plusieurs fois tenté de trouver des terrains d’ententes, et chaque fois ses alliés venaient remettre de l’huile sur le feu pour démontrer que le diable ne s’habille pas qu’en Prada mais porte la barbe et le coiffe le turban blanc.

Si le bras de fer qui a opposé l’Iran aux États-Unis et au reste du monde a finalement était gagné c’est aussi et surtout par la diplomatie, le dialogue, la volonté de certains d’éviter la confrontation militaire. Une stratégie, toujours battue en brèche, moquée et tournée en dérision par certains mais qui à force d’entêtement, a réussi.

Voilà comment, hier, l’Iran est revenu dans le concert des Nations, passant du côté obscur de la Planète vers celui de la clarté. Hier, à Vienne, ce ne sont pas les 80 millions d’Iraniens avec un PIB de 406 millions de dollars, ni le second producteur mondial de gaz ou le quatrième producteur de pétrole qui ont simplement basculé dans le monde éclairé. Non, hier, à Vienne, c’est «l’axe du mal» qui a changé.

Israël indigné par l’accord…

Si le Premier ministre israélien fulminait dès hier soir, ce n’est certainement pas le coup de téléphone qu’il a reçu d’Obama qui l’a calmé.

Depuis plusieurs mois, les Israéliens s’emploient à contrecarrer les plans de la Maison Blanche en réalisant de vastes campagnes de lobbying à Washington, New-York et dans les grandes capitales européennes. Ils démarchent chaque membre du Congrès, agitant le spectre de la non réélection en 2016, brandissant des liasses de dollars pour les Comités électoraux.

Ils ont même réussi à circonvenir à leur cause certains candidats démocrates… En réalité, Netanyahu est fou furieux contre Obama et il y a quelques mois, il a réussi la prouesse de venir le dire aux membres du Congrès eux-mêmes, ce que n’a pas spécialement apprécié Obama. Il y a moins de trois mois, ils ont même demandé aux États-Unis, de leur livrer du matériel militaire pour pouvoir «riposter» à une éventuelle attaque de l’Iran, matériel qui leur a été refusé même si Washington leur a assuré qu’il était spécifiquement destiné à leur défense.

Alors Netanyahu a multiplié les annonces verbales, martelant à qui mieux-mieux que l’ennemi d’Israël n’étaient ni le Hamas, ni Dae’ch, mais bel et bien l’Iran…

Obama qui a dû plusieurs fois calmer son allié qui était prêt à déclencher les foudres d’Armageddon sur l’Iran, a tenté une nouvelle fois de raisonner le premier ministre de Tel-Aviv.

Qu’a-t-il pu promettre pour le calmer? Des armes… les arsenaux de Tsahal sont pleins. La présence en permanence de deux flottes américaines, l’une en Méditerranée (qui y est déjà) et l’autre dans le Golfe persique (qui y est aussi) en renforçant les armements stratégiques et la surveillance des satellites sur l’Iran?

Obama a aussi besoin d’Israël pour gagner la bataille du Congrès. Tel est aussi la dure réalité du Président Américain. D’autant qu’il n’a pas encore terminé avec les jérémiades régionales.

Les Saoudiens ne décolèrent pas…

Depuis près de 30 ans, avec l’exclusion de la scène diplomatique de l’Iran, le royaume saoudien se frottait les mains… Enfin, son heure de gloire sonnait et il a su en profiter, prendre ses aises et jouer le rôle d’allié envers les Américains tout en manipulant quelques leviers théologiques des plus dangereux. Or, au moment où la région s’enflamme d’un conflit sur fond de guerre de religion avec des extrémistes jusqu’au-boutistes, alors que le royaume pour asseoir son autorité s’est largement engagé dans une guerre à ses portes en portant un «charitable secours» au Yémen en proie à une soudaine montée de violence religieuses, avec l’appui des États-Unis et contre des groupes Chiites, la signature de l’accord de Vienne vient chambouler leur vision du monde qu’ils tentaient de tisser, non en certains succès, dans la Région et un peu au-delà.

Trop occupés par le Yémen d’un côté et par Dae’ch d’un autre, les Saoudiens ne croyaient pas dans l’aboutissement de cet accord. En tout cas, les voilà soudain surclassés par une nation voisine, rivale et même ennemie. Le régime de Riyad, -qui prône un islamisme sunnite rigoureux, tendance wahhabite, applique la Charia sans concessions et a comme ennemi naturel les Chiites de Téhéran-, ne peut rester les bras croisés sous sa tente bédouine.

Certes, Riyad a un peu anticipé le retour des Perses dans le jeu régional, en attaquant directement le Yémen, en passant des accords commerciaux avec la Russie et la France sur l’achat de centrales nucléaires (pour être à égalité avec l’Iran?) … mais cela ne suffira pas à les maintenir dans la course, surtout si dans les semaines et mois qui viennent une vrai coalition et une vraie politique anti-terroriste se met en place sous l’égide de la Russie, de l’Europe, de l’Amérique avec comme point d’appui central l’Iran…

L’axe Riyad, Doha, Ankara initié par le nouveau monarque, risque fort d’être malmené et de jouer perdant.

Diplomatie et société civile à la manœuvre…

En dehors des considérations et des analyses géostratégiques que suscite cet accord, il est surtout un signal au monde pour expliciter qu’un chef d’état peut obtenir ce qu’il souhaite par la diplomatie, le dialogue et la persévérance.

Obama l’avait annoncé, clairement, sa volonté de tendre la main aux Iraniens, et il a tenu parole. Il savait combien se serait long, compliqué, avec des périodes plus propices que d’autres au dialogue, aux conversations en tête à tête. Il savait aussi qu’il ne pourrait pas réellement compter sur ses alliés pour l’encourager ou le soutenir tant il était conscient du lobbying israélien vis à vis de l’Europe principalement. Il y a eu tellement de moment de tensions, certains mêmes extrêmes, mais jamais le dialogue n’a été rompu. Et puis, il a bénéficié d’une stratégie parallèle, d’une grande efficacité…

Alors que le dossier du nucléaire iranien secouait tout le monde diplomatique depuis près d’une année, une fondation américaine a pu et su s’implanter en Iran et investir quelques milliards de dollars pour venir en aide à la population, aux petites entreprises, à la culture, à la santé, à l’éducation et à la construction d’une meilleure entente entre les peuple pour la paix. Le Projet Iranien a pu être développé, avec l’assentiment de la Maison Blanche et grâce à un homme, l’ambassadeur d’Iran aux Nations unies, Mohammad Javad Zarif, curieusement aujourd’hui, Ministre des Affaires Étrangères de la République Islamique d’Iran…

Mais cette opération n’était pas seulement pilotée par la Maison Blanche, à ses côtés, le lobby américano-israélien co-pilotait… Voilà aussi une assurance, un vrai viatique pour contrôler au mieux une situation… et pour une fois, sans trop de risques. La fondation investie dans le Projet Iranien est Rockefeller Brothers Fund.

Une page se tourne, lentement mais sûrement. Un vaste marché s’ouvre pour nos industries et en espérant que cela apporte un peu de réconfort aux Iraniens qui ont souffert de cet isolement international.

Le retour de l’Iran devrait marquer un coup de frein à l’hégémonie de l’Arabie Saoudite, du Qatar et l’expansion des foyers terroristes dans cette partie du monde. Il y a plus de trente ans, en isolant l’Iran dans un «axe du mal», les gouvernants américains d’alors nous ont légués le monde d’aujourd’hui… sans y réfléchir. Il était temps de mettre un terme à cette chienlit.

One Response

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  1. Frenchy
    Juil 15, 2015 - 04:36

    Petite coquille « ce ne sont pas les 80 millions d’Iraniens avec un PIB de 406 millions de dollars »
    ce ne serait pas plutôt en milliards de dollars?

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