L’extrémisme en Arabie saoudite

L’extrémisme en Arabie saoudite, approche conceptuelle : contribution à la compréhension du phénomène extrémiste dans le Royaume saoudien

Par Mohamad Al Mazini (écrivain et romancier saoudien)

Texte paru dans le journal trans arabe Al Hayat mercredi 25 novembre 2015 – Adaptation en version française par la rédaction de madaniya.info

L’Arabie saoudite constitue historiquement une entité unifiée, un pays en croissance, à l’instar des autres pays arabes s’étendant du Golfe arabo persique à l’Océan atlantique (Min al Mouhit il al Khalige).

Toutefois, la différence entre l’Arabie et ces pays arabes enracinés dans l’histoire l’a privé de toute possibilité de se doter d’une spécificité dans les domaines de l’éducation et de la culture, en dépit du fait que sa spécificité musulmane est bien ancrée en ce qu’elle découle du fait que le Royaume abrite les Lieux Saints de l’Islam (La Mecque et Médine).

Ce fait s’est révélé, néanmoins, insuffisant pour édifier un État. Son besoin d’autrui s’est révélé criant, qui explique que le Royaume a du recourir de manière impérative à l’expertise de pays anciens telles l’Égypte et la Syrie.

Le recours à l’expertise externe s’est grandement répercuté dans la formation culturelle de la société en ce que cette culture importée a abouti à la constitution d’une forme de parti occulte, du fait que l’enseignement en Arabie reflétait la culture des enseignants et non une culture propre au Royaume; ce qui a influencé considérablement la conscience et la lucidité de la jeunesse saoudienne dans la décennie 1950.

Une ébauche de mouvement s’est alors manifestée au sein de la jeunesse épousant les querelles intellectuelles des pays d’origine des enseignants particulièrement d’Égypte, d’Irak et de Syrie.

Une génération de Nassériens a ainsi vu le jour, de même que des Baasistes et des partisans du panarabisme, qui ont débouché sur la formation du «Front de Libération Nationale d’Arabie Saoudite».

Un développement dramatique qui a conduit la jeunesse à laver cette souillure par un retour à l’Islam., dégageant la voie aux Frères Musulmans de reprendre le flambeau. La confrérie s’appliquera alors à maintenir sa prépondérance intellectuelle au sein de la jeunesse saoudienne, neutralisant sa culture au profit de l’idéologie propre du mouvement islamiste.

La modernité a été combattu avec férocité jusqu’à sa mise en échec. La confrérie a réussi aseptiser la scène saoudienne de toute contestation, jouissant d’une libre disposition de la vie culturelle, gérant la culture selon leur propre conception.

Ce faisant les FM ont vidé de toute culture le cerveau de la jeunesse saoudienne, sauf de la religion, selon la version salafiste djihadiste, accentuant ainsi sa vulnérabilité, devenue une proie facile du mouvement Al Qaida.

Avec un cerveau captif, une âme mobilisée pour le djihad, sans possibilité de retour vers une vie paisible, sécurisée et stable, leur emballement les poussera vers l’état du Califat.

L’adhésion de la jeunesse a été totale aux chefs extrémistes, au point de répudier violemment toute accommodation avec des structures en conformité avec les conceptions occidentales.

Dans ce contexte, le moindre appel à la raison était -et demeure perçu- comme relevant d’un simplisme niais surtout de la part de ceux qui se sont intronisés «juris-consultes des sultans», trop pourtant impliqués dans l’argent mal acquis.

Les pressions sont sans effet sur eux et renforcent leurs conviction dans leur bon choix et du bien fondé de leur mission. Leurs lectures puisées dans les écrits de Sayyed Qotb et Fathi Yakan (1), révèlent une psychologie fondée sur la violence.

Le corps, un obstacle à l’accession au paradis

Leur prédisposition à la mort est plus importante que leur aspiration à la vie. Leur corps n’est qu’une barrière faisant obstacle à leur accession au paradis. Leurs oreilles se bouchent au moindre conseil, qu’ils accueillent avec ironie et dérision.

La société saoudienne est une société conservatrice et agraire; son expérience de la vie est substantiellement rurale fondée sur le primat de la religion sur toute autre considération.

La société saoudienne ne s’est pas ouverte sur les expériences des autres sociétés, notamment dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement depuis son passage d’une société agraire, rurale, bédouine, à une société sédentarisée, en contact avec la modernité dans ses aspects urbains, vestimentaires et alimentaires. La transition entre les deux sociétés s’est faite par inculcation et non par imprégnation et éducation.

40 ans de dessèchement du cerveau de la jeunesse saoudienne.

Les décisions portaient fortement les empreintes de la religion incitant au djihad. Les Frères Musulmans ont réussi à ancrer dans les cerveaux d’une fraction de la jeunesse saoudienne les enseignements de Hassan Al Banna (l’idéologue de la confrérie), jetant les bases d’une école de pensée saoudienne préconisant d’une manière subliminale l’idéologie du Califat, au détriment des valeurs nationales. Ce faisant, ils ont manipulé les esprits selon leur volonté.

Une fraction de la jeunesse devenait ainsi prédisposée au Djihad tant sur le plan psychologique que spirituel, à l’obéissance au commandement d’un nouveau leadership saoudien formaté par la pensée des Frères Musulmans. Ce faisant, ils ont orienté la jeunesse vers Al Qaida puis vers Da’ech.

L’opération de dessèchement des cerveaux a duré 40 ans, substituant des valeurs nouvelles aux valeurs propres du pays. 40 ans.

Ce lavage des cerveaux a été porteur de graves dangers en ce qu’il a aliéné la jeunesse la rattachant directement à un chef, sans intermédiation des instances nationales.

Une telle situation a généré un terroriste d’un genre nouveau. Face à une telle situation, il nous importe de dégager des solutions pratiques et réalistes pour débarrasser une génération entière du fléau du terrorisme :

  1. Une refonte radicale des programmes d’enseignement.
  2. Une remise en vigueur des activités artistiques telles le théâtre, la photographie les arts plastiques.
  3. Procéder à un débriefing des jeunes revenus du Djihad. Consigner scrupuleusement leurs propos et avis et veiller à valoriser leurs qualités intellectuelles et physiques. Proposer une culture alternative par le biais d’ouvrages sélectionnés par l’élite intellectuelle du pays de manière à accéder à la dialectique, leur ouvrant une fenêtre en vue de l’éveil de leur conscience en vue de la compréhension de la vraie vie.

Nous pourrons ainsi récupérer progressivement ses esprits égarés dans le labyrinthe de la folie du terrorisme et les ancrer dans de nouveaux repères qui les mettent en mesure de comprendre,loin de toute polarisation ou dogmatisme la vraie signification du terme REFORME.

Version originale

مقاربة مفاهيمية للتطرف في السعودية

الحياة

محمد المزيني

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مقاربة مفاهيمية للتطرف في السعودية

النسخة: الورقية – سعودي الأربعاء، ٢٥ نوفمبر/ تشرين الثاني ٢٠١٥ (٠٠:٠ – بتوقيت غرينتش)

تعد المملكة تاريخياً بوصفها كياناً موحداً وبلداً ناشئاً مقارنة بالحواضر العربية الأخرى الممتدة من المحيط إلى الخليج، ذات العمق التاريخي الضارب الجذور، فالفرق بين السعودية وبينها قرون عدة، فلم يمكنها ذلك من تكوين خصوصية تعليمية أو ثقافية، على رغم تأكيد خصوصيتها الإسلامية باعتبارها حاضنة للحرمين الشريفين، إلا أنه لم يكن كافياً لبناء الدولة، فغدت حاجتها إلى الآخرين ماسة، وحاجتها إلى الاستعانة بخبرات السابقين لها في هذا المضمار كمصر والشام ضرورة.

وكان هذا المؤثر الرئيس في بناء ثقافة المجتمع باتجاه حزبي خفي، إذ تداخل التعليم مع اتجاهات المعلمين، فأثر بشكل مباشر في وعي بعض الشباب بداية من الخمسينات الميلادية، فبرزت ظواهر حركية جديدة، التبست بها الثقافة وتداخلت لاحقاً في صراعات فكرية مع الاتجاهات الحديثة الناشبة في مصر تحديداً فالعراق والشام، فتأسس معها جيل جديد يؤمن بالناصرية وأفكار حزب البعث والدعوات العروبية، تلك التي تأسست بتأثيرها جبهة التحرير الوطني في السعودية، فكانت كالفاجعة التي أعلنت نفسها.

وللخلاص من هذه اللوثة عززت لدى الشباب مبادئ وقيم الإسلام، فكانت الفرصة متاحة للإخوان للقيام بهذا الدور، فناضلت لأجل بقائها مستبدة بتوجهات الشباب، فحيدت الثقافة وسيرتها لتصب اتجاهاتها.

حوربت الحداثة بضراوة حتى أُسقطت، لتخلو الساحة برمتها لهم، يديرون دفة الثقافة والفنون كيفما يشاءون، فرَّغت عقول الشباب من كل شيء سوى الدين بصورته السلفية الجهادية الجديدة، فأصبحوا على مرمى قريب من استهداف القاعدة لهم، وهذا ما حدث عملياً، فانساق الشباب زرافات ووحداناً لدعوات القاعدة، بعدما لاقت هوى لديهم.

بعد كل هذا التأسيس المتين، واستلاب عقولهم وتأجيج أرواحهم للجهاد، حتى استبد بهم وأغلقت أمامهم منافذ العودة إلى حياة السلم والاستقرار، وظلوا منساقين تماماً لغواية الدعوة لدولة الخلافة.

وآمنوا بشكل مطلق لكل قادات التطرف، وهذا ما جعلهم يكفرون بالمنظومات الحديثة متجاذبة المصالح مع الغرب جملة وتفصيلاً.

لذلك فإن أدنى موعظة لهم بالعودة إلى الصوب يعد في نظرهم ضرباً من السذاجة، خصوصاً لمن أطلقوا عليهم اصطلاحاً لتمييزهم والتنفير منهم «فقهاء السلاطين»، مشمولة بعدد من الأوصاف الأخرى كالمداهنين الموغلين بأكل الأموال الحرام، ومظللي الأمة الإسلامية المتطلعة لذلك.

اليوم، لا يجد الإرهابي نفسه سوى مصلح جهادي وضع في حسبانه أنه سيواجه بكل ألوان الرفض والمجابهة، ووطدها على تحمل ما سيأتي وكلما أمعن في الضغط عليه بشكل من الأشكال يتأكد له عمق رسالته، وأنه على الحق، ولو قرأنا في أسفارهم – أعني الكتب التي ينهلون منها تعاليمهم – ككتب سيد قطب وفتحي يكن وغيرهم، لفهمنا عمق نفسياتهم المتجهة بكل الأحوال إلى العنف، وأن استعدادهم للموت أقرب من قبولهم للحياة التي في كل ما يظهر لهم منها أنهم هم المختصون بالله العارفون به، وما أجسادهم سوى مادة تحجزه عن الوصــــــــول إلى الجنة ونعيمها من الحور العين، لذلك فهم لا يقابلون الناصحين إلا بآذان صماء، لا يثيرون فيهم سوى التهكم والسخرية.

وبما أن المجتمع السعودي مجتمع محافظ، ونضيف إليه أنه مجتمع تلقائي فطري بسيط. تجربته في الحياة تجربة فلاحية ريعية لا تبتعد كثيراً في تقويمها للأشياء عن المسلمات المطلقة، والدين في نظرها مقدم على كل شيء، وأي داع له هو بمثابة نبي مرسل له من القداسة ما للدين مباشرة.

لم ينفتح المجتمع السعودي على تجارب الأمم الأخرى، خصوصاً في التربية والتعليم، بعدما انتقل المجتمع السعودي من كونه مجتمعاً قروياً وريفياً وبدوياً، إلى مجتمع ينفتح على المدينة ومظاهر الحداثة في العمارة والملبس والمأكل والمشرب، التي بدت أقرب إلى القبول منها إلى التعليم، فجاءت المقررات منغمسة تماماً بالقيم الدينية التي لم تخل من تحريض دائم ومستمر على الجهاد، ثم لاحقاً كما ذكرنا سلم إلى «الإخوان المسلمين» الذي غرسوا في عقول بعض الطلاب تعاليم حسن البنا، وأسسوا من خلالها لمدرستهم السعودية التي بدأت في الخفاء تعزز قيم الخلافة الإسلامية، وتضرب بالقيم الوطنية عرض الحائط، وتزهدهم بقياداتهم ووطنهم، لذلك أصبح بعض الشبيبة جاهزين نفسياً وروحياً لكل ما يأمر به القادة السعوديون الجدد، الذين تشبعوا بالمدرسة الإخوانية جيداً، وانطلقوا يقودون المسيرة بكل حنكة واقتدار، حتى استولوا على عقول البعض، وحركوهم تالياً وفق إرادتهم باتجاه القاعدة، ثم إلى «داعش»، ولم يمنع انخراط بعض الشبيبة الصغار في مضمار الجهاد المفتعل، لاستناده على أسس وقيم راسخة تم تدويرها عبر الأجيال المتعاقبة المتأثرة بكل ما حولها من وعي جهادي.

لقد تم خلال ما يقرب من 40 سنة تجريف كامل لعقول بعض الشباب وزرع قيم بديلة، حتى استكملت العملية بغسيل كامل للأدمغة، وخطر هذه العقول المغسولة أنها متصلة بالروح مباشرة، تلك التي يمثلها الشيخ القائد المباشر.

إزاء هذا الواقع الذي يفجعنا في كل مرة بإرهابي جديد، علينا التفكير بحلول واقعية وعملية، لاستخلاص جيل كامل من ويلات الإرهاب، ولعل منها:

أولاً: التغيير الجريء لمناهج التعليم وطرائقه، تلك المحصورة في كتاب ومعلم داخل فصل مغلق يجلب على الهم، ثانياً: إعادة تدوير الفنون البصرية المختلفة كالمسرح والتشكيل والتصوير، ثالثاً: الاستماع إليهم جيداً، وتحليل كل ما يفوهون به وتدوينه، وتوفير كل ما يتماشى مع طاقاتهم العقلية والروحية والجسدية، رابعاً: توفير الثقافة البديلة، من خلال تمرير بعض الكتب المدروسة جيداً من خلال نخبة مفكرين، ومفكرين جدلية تنقل فكرهم من الاستسلام المطلق إلى الأسئلة الجدلية التي ستفتح لعقولهم نافذة على الوعي وفهم الحياة بشكل صحيح، وبها سيتم سحبهم تدريجياً مع الوقت المتاح لهم إلى عالم القراءة والجدل والوعي.

بذلك قد نستطيع استعادة العقول المفقودة في دهاليز جنون الإرهاب وربطه برسن متصل بوعي جديد ومختلف، يفهم ويقدر معنى الإصلاح خارج لعبة الاستقطاب المشمولة بالشكوك الموضوعة تحت حدي التفسيق والتكفير.

* كاتب وروائي سعودي.

Notes
  • Sayyed Qotb: Écrivain et essayiste égyptien, il intègre la Confrérie des Frères Musulmans en 1953 et prend la direction de leur publication, jouant un rôle de premier plan dans la formation idéologique du mouvement. Il sera condamné à mort par pendaison. La sentence a été exécutée en 1966.
  • Fathi Yakan: Intellectuel musulman et homme politique ibanais, d’origine turque, il fut l’un des fondateurs de l’action islamiste au Liban et secrétaire général de la Jamaa Islamiya entre 1962 et 1992 qui est la branche libanaise des Frères musulmans. Principal penseur de la Jamia al Islamiya, Fathi Yakan est un disciple de Sayyed Qotb. IL mena plusieurs missions de médiation entre le gouvernement syrien et la branche syrienne des Frères Musulmans ainsi qu’entre la Turquie et la Syrie. Il a fondé une université islamique privée «al Jinane» avec son épouse à Tripoli.
Illustration
  • Un Saoudien dans la mosquée chiite de Koudeih, dans l’est de l’Arabie saoudite, où un attentat-suicide a fait de nombreux morts et blessés, le 22 mai 2015 © AFP

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