Djihad 3/3: Les principes directeurs des offensives de Daech: une méthode composite

Originaire de Tripoli (Nord-Liban), fondateur du Mouvement de l’Unification (At Tawhid) et ancien dirigeant de sa branche militaire (1982-1986), Samir Hassan a été prisonnier en Syrie pendant onze ans. Depuis sa libération, il fait office d’expert militaire et spécialiste des groupements islamistes de la zone.

Adaptation en version française par René Naba, Directeur du site www.madanya.info

Daech, un novateur dans les méthodes de combat

Daech a été novateur dans ses méthodes de combat, en adéquation avec la topographie de son déploiement et dans la désignation de son adversaire.

Sa principale contribution aura été le déploiement de ses forces sous formes de petites unités mobiles, s’infiltrant par une progression silencieuse, dans la pure tradition des ghazzou, les raids de la conquête arabe. La jonction des unités engagées dans la bataille se faisaient juste au moment de l’assaut par fusion de plusieurs Saraya (détachement) en Katiba (bataillon).

L’attaque est précédée par un pilonnage au mortier de calibre 60-81-82, épaulé par des tirs de mitrailleuses lourdes (Douchka et BKC) et pa des tirs de lance-roquettes et des tirs lance-missiles mobiles de type B-10 ainsi que des missiles à longue portée GRAD de portée de 20 km.

Depuis les ligne arrières, les combattants de Daech ouvrent le feu sur les arrières des lignes ennemies en vue d’entraver l’arrivée des renforts vers les premières lignes adverses. Un pilonnage de l’arrière à l’aide de l’artillerie de campagne et de lance-roquettes multiples de missiles Katiouchas, connues dans les pays occidentaux sous le nom d’ «orgues de Staline». Une telle opération «opération choc» implique une puissance de feu considérable.

La fonction du Sniper et les opérations d’immesion (Al Inghimassioune)

Le sniper échappe à sa fonction traditionnelle. Il cesse d’avoir un activité marginale d’intimidation et d’entrave pour devenir un élément essentiel de l’engagement, à l’avant-garde du combat. Il se déploie en nombre élevé, en position sur-élevée de manière à embrasser la totalité du champ de bataille. Dès l’affaiblissement des positions ennemies, les forces de soutien de Daech entrent alors massivement en action pour les anéantir.

Pour des assauts à longue distance, Daech a recours à des camions et voitures piégées qu’il fait exploser sur les premières lignes ennemies pour dégager les passages, ou alors il recourt à des commandos suicides porteurs de ceintures explosives, dans des opérations d’infiltration et d’immersion (Al Inghimassioune).

Au delà des dégâts matériels et pertes humaines qu’ils infligent à leur adversaires, les commandos suicides ont pour effet second de démoraliser les troupes adverses.

Les assauts sont généralement précédés d’opération de diversion, d’assauts virtuels, de tirs de reconnaissance destinés à tester la puissance de feu adverse. L’estocade finale, dénommée l’offensive choc (Al Sadm) vient couronner la série des manœuvres préparatoires. L’arsenal de Da’ech comporte, en sus de l’arsenal traditionnel, des missiles téléguidés TAO, des missiles Grad à tube unique, pour amplifier la percussion de la charge sur la cible.

La stratégie de l’EI est essentiellement une stratégie offensive, précisément pour la défense des zones sous son contrôle. Quoiqu’il en soit, qu’elle soit offensive ou défensive, la stratégie de Da’ech obéit aux règles suivantes:

  1. Éviter la confrontation directe avec une armée régulière pour la priver de la possibilité de faire usage de sa puissance de feu et la combattre alors qu’elle se trouve en mauvaise posture.
  2. Considérer le champ de bataille, comme un champ ouvert, en alimentant le combat par une offensive permanente en vue de prévenir la stabilisation du front.
  3. Tirer profit de l’effet de surprise. Engager des effectifs réduits équipés de matériels non coûteux pour entraver la progression des forces régulières mieux équipées en armes coûteux.
  4. Pratiquer le déploiement anticipé en guise de moyens de défense et éviter les raids aériens en se positionnant de manière adéquate dés l’engagement des forces sur le théâtre des opérations.
  5. Privilégier le qualitatif au quantitatif dans l’usage de l’armement lourd pour éviter qu’il ne soit un handicap au cours de la bataille; Lui préférer les missiles anti-chars et les rampes de lancement de missiles multiples.
  6. Aménager des PC de substitution et des positions de repli pour assurer la continuité des combats lors de l’offensive.
  7. Débusquer l’ennemi et le dégager de sa tranchée par une succession d’assauts virtuels et d’offensives effectives.

Abdallah Ben Mohammad (2) résume ainsi les règles de base des méthodes de combat du djihadiste: «Pour assurer la bonne exécution de l’action militaire, il importe de fonctionner en tant que bloc dans un cadre précis afin d’éviter la dispersion des forces. Éviter la dispersion des forces quelque soit la superficie du champ de bataille est une condition essentielle pour la préservation des forces, la condition de leur efficacité. Quiconque réussit à concentrer ses forces réussit à les redéployer».

Un commandement militaire affranchi de l’observation des lois de l’État et du respect du patrimoine public et privé

Le commandement militaire de Daech diffère des commandements militaires des armées régulières. Ses chefs et ses combattants sont affranchis de l’observation des règlements et des lois de l’État.

Affranchis également du respect des biens publics et privés, ne tenant compte d’aucun sanctuaire, pas plus que de la sécurité et la survie des combattants.

En témoigne le nombre élevé des combattants tués au cous d’opérations suicides pendant l’assaut contre la ville kurde de Kobbané (Ain Al Arab), en Syrie, effectué par 60 combattants lancés en commandos-suicides, ainsi que contre la raffinerie de Beiji en Irak (20 hommes suicides) et à Hassaké en Syrie (32 commandos suicides).

Les combattants de Daech ne sont pas soumis à une déontologie, seul l’Émir es susceptible de rendre compte de ses actes en cas d’échec d ‘une offensive. Une étude comparative des batailles menées par Da’ech et par Jabhat An Nosra en Syrie révèle l’absence du moindre garde-fou contre d’éventuels débordements. Un fait qui leur confère une supériorité sur le champ de bataille.

Les failles du dispositif défensif de Da’ech et sa vulnérabilité: sa défaite est possible et certaine

L’expérience de Daech en Irak et en Syrie n’est pas concluante et ne constitue en aucun cas un critère de réussite du fait que ses adversaires pâtissent d’une grande faiblesse consécutive à l’hémorragie qu’ils subissent depuis plusieurs années, ce qui les contraint à faire preuve de prudence voire même d’indétermination dans certains cas. Les forces régulières en Irak et en Syrie sont en état d’épuisement. La Syrie mène un combat complexe depuis cinq ans. Il en est de même de l’Irak captif d’une situation résultant de l’invasion américaine de ce pays.

Les batailles menées par les armées régulières en Irak et en Syrie, se déroulant dans un environnement complexe, ont montré leurs limites. La victoire impliquait au préalable la constitution d’armées modernes organisées et performantes et non de songer à freiner Daech à l’aide de milices levées hâtivement, à l’exemple du Hachd Al Chaabi (la mobilisation populaire) en Irak ou l’Armée de la Défense Nationale, sorte de garde nationale supplétive de l’armée en Syrie.

En dépit de la force dont il a fait preuve dans la conquête des territoires en Irak et en Syrie, les faiblesses de Da’ech sont évidentes. La DEFAITE DE DA’ECH EST POSSIBLE ET CERTAINE.

  1. Daech évite le choc frontal, les confrontations frontales et directes et éprouve de la difficulté à mener des opération défensives.
  2. Les armées régulières mettent généralement à profit les vastes superficies pour procéder à de fortes concentrations de forces en prévision de leurs offensives. La stratégie offensive de Da’ech dans un contexte d’extension des zones sous son contrôle le prive de la possibilité de les conserver durablement sous son emprise; ceci, par contrecoup, offre la possibilité aux forces régulières de le frapper en divers points au même moment.
  3. Une autre faiblesse de Daech est sa préférence pour des assauts en surface plane afin de lui permettre de lancer des véhicules piégés à l’assaut des lignes ennemies. Ce faisant, il rencontre des difficultés pour des combats en zone montagneuse ou dans des guerres de rue, comme ce fut le cas Kobbané, Hassaké et Tall Al Abiad.
  4. Son système des transmissions n’est pas hermétique. Il est possible de le parasiter pour lui faire perdre le contrôle des opérations, isoler les unités les unes des autres et entraver ses mouvements en semant la confusion dans ses rangs.

Les Kurdes ont réussi à gagner contre Daech à Kobané, Hassaké et Tall Al Abiad, de même que le Hezbollah à l’Est de Homs et dans le secteur du Qalmoun, en le privant de l’effet de surprise par un minutieux travail de repérage et d’observation et un travail de sape à l’arrière des lignes Da’ech.

Daech doit consolider ses défenses en creusant des tranchées curvilignes (en zig zag) pour freiner les assauts des véhicules piégés. Consolider ses postes d’observation par des batteries de missiles et des snipers.

En ce qui concerne les «groupes d’immersion» (Al Inghimassioune), la force de frappe des commandos-suicides, il serait judicieux de les protéger par un réseau de mortier de calibre de 60mm d’une potée de 100 mètres une distance suffisante pour neutraliser quiconque vise à entraver leur lancée.

Il est notoriété publique enfin que Da’ech compense ses pertes territoriales par des conquêtes de zones inhabitées ou faiblement peuplées, comme c’est le cas en Libye, où elle a pris pied dans la zone pétrolifère de la Cyrénaïque (Benghazi), et l’assaut contre Deir Ez Zor, le 17 Janvier 2016, capturant près de 500 civils et en égorgeant une centaine d’autres.

NDLR: 18.802 civils tués, 3.500 esclaves, 3,2 millions de déplacés

((Dans un rapport publié mardi 19 Janvier 2016, l’ONU dresse un bilan effrayant des exactions commises par les djihadistes de Daech en Irak. Plus de 18 000 civils ont été tués depuis janvier 2014, et 3500 esclaves sont actuellement aux mains du groupe terroriste.

La Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Irak (MANUI) et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme déplorent la détention de plus de 3500 personnes, réduites au rang d’esclaves, et provenant en premier lieu de la communauté des Yézidis. Plus largement, l’ONU dénonce des actes pouvant équivaloir à « des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et peut-être à un génocide ». Dans ce rapport, les Nations unies dénoncent l’impact « grave et étendu » du conflit en Irak sur les civils, avec 18 802 civils tués et 36 245 blessés entre le 1er janvier 2014 et le 31 octobre 2015. Par ailleurs, 3,2 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays depuis janvier 2014, dont plus d’un million d’enfants. Et les chiffres réels pourraient être beaucoup plus élevés que ceux documentés, prévient l’ONU)). Fin de la note.

EPILOGUE

Substitution de l’ennemi proche à l’ennemi lointain

Al Qaida, dans ses trois moutures (Khorassan, Irak et Syrie) et ses franchises à travers le Monde dispose d’une expertise militaire distinctive au niveau opérationnel. En créant des petites unités combattantes et en les transformant en une armée trans-frontière, en mesure de tenir tête aux armées régulières et aux coalitions internationales, sa contribution est notable dans l’art de la guerre.

Un de ses apports majeurs aura été l’élaboration d’une «méthode de combat composite», «une guerre de l’initiative sur le terrain». Une technique expérimentée en Irak et en Syrie, sur une vaste échelle, testée à l’épreuve de grandes confrontations dans des guerres forces pendant cinq ans. Cette technique a apporté la preuve, sinon de sa supériorité, à tout le moins de son efficacité.

La «méthode composite» ne se limite plus désormais à la guérilla urbaine ou à la guerre dans les montagnes. Elle s’applique depuis aux grandes confrontations impliquant l’usage des blindés, des drones et de la balistique.

Elle a frappé de caducité la conception traditionnelle de l’art de la guerre en ce que le commandant opérationnel su le terrain, par sa capacité d’improvisation libératoire d’une routine inhérente à ce mode de fonctionnement, avait désormais prééminence sur le stratège de l’état-major.

L’armée conventionnelle observe un processus de prise de décision réglementé décomposé en trois phases: La définition de l’objectif, la mise en place du dispositif pour l’atteindre puis son exécution sur le terrain.

L’État Islamique a conféré la priorité aux commandants opérationnels sur le terrain, du fait qu’ils étaient dotés d’une double expérience: l’expérience de la guerre de type conventionnel et l’expérience de la guérilla. Cette synthèse leur a conféré une supériorité dans l’impulsion d’une dynamique de combat et l’adresse manifestée dans les rangs des combattants de Daech, plus importante que leur homologue à des postes bureaucratiques dans les armées conventionnelles. En sus de la grande mobilité dont les djihadistes ont su faire preuve dans leur déplacement de Tall Al Abiad à Kobbané via Raqqa ou de la raffinerie de Beiji (Irak) à Hayt.

Le combat djihadiste a grandement modifié la conduite de la guerre au sein des groupements armés depuis la proclamation du Califat, en 2014, par la fusion de la géographie à la démographie. Da’ech a modifié la nature de la confrontation en substituant à «la stratégie du combat de l’ennemi lointain» (États-Unis), via le raid du 11 septembre 2001, la «stratégie de l’ennemi proche», matérialisé par les régimes arabes, à la faveur de l’anarchie régnant dans ces pays.

La quasi totalité des figures de proue d’Al Qaida ont disparu

Le Califat a constitué un pôle d’attraction, mais l’expérience d’Al Qaida et Da’ech ont dénaturé l’éthique de la guerre de guérilla et de la guerre de libération nationale, elles qu’elles étaient pratiquées auparavant. La terreur et les bains de sang produisent certes des effets immédiats, mais préludent généralement à l’échec.

La consolidation des acquis et la pérennité d’un mouvement reposent sur la solidarité de la population et la coopération avec les instances sociales et non sur leur soumission. Dans ce contexte, des doutes ont surgi quant à l’aptitude de l’État Islamique à se perpétuer du fait même de ses abus. L’État Islamique ne dispose plus des éléments pouvant assurer sa pérennité. Les capacités militaire sont en contraction au niveau de la mobilisation de troupes combattantes, reflet de son incapacité à soutenir des guerres politiques.

Al Qaida a perdu la quasi totalité de ses figures de proue en moins d’une décennie, de 2006 à 2015. Des chefs charismatiques sur le plan du djihadisme planétaire, à commencer par son fondateur, Oussama Ben Laden.

La nouvelle génération, quarantenaire, qui ne dispose pas de la même expérience guerrière que la précédente, est plus impulsive et aventuriste. Ce qui l’a conduit à commettre des erreurs, lui faisant perdre de nombreux soutiens, notamment du fait de la présence de nombreux combattants étrangers ce qui a provoqué des tensions et des scissions au niveau des commandements locaux.

Vers la conclusion d’un arrangement sur le modèle ds accords de Dayton (2005) sur la Bosnie avec expulsion des combattants étrangers

Tous ces facteurs convergent pour favoriser la conclusion d’un arrangement de type de celui qui a été conclu en Bosnie (Accord de Dayton 2005), débouchant sur l’expulsion des combattants étrangers. La perspective de l’expulsion des combattants étrangers du champ de bataille et de même que l’affaiblissement des groupements armés se sont déjà traduits sur le terrain par des règlements de compte inter-djihadiste, en Syrie même.

Les combattants étrangers sont perçus comme le «cheval de Troie», un instrument des états pour des règlements de compte qui ne concernent pas spécifiquement le mouvement djihadiste.

Le Djihad au Moyen-Orient, produit dérivé de la guerre du Golfe et de l’invasion américaine de l’Irak

Le djihadisme ne relève pas d’un projet global islamiste, ni même de projets sous tendant la promotion de l’Islam. Il résulte des conséquences de la guerre du Golfe et de l’invasion américaine de l’Irak.

L’effondrement de l’État irakien, les déceptions répétitives générées par la politique éradicatrice du premier pro consul américain en Irak, Paul Bremer, ont fédéré les mécontentements. Les anciens officiers de l’armée irakienne mis d’office au chômage sans indemnités, les rescapés des purges du parti Baas, en application de la politique d’éradication menée contre ce parti laïcisant ont fait leur jonction avec le reliquat des combattants d’Al Qaida en Irak, en perte de vitesse depuis son conflit en 2007 avec le conseil des chefs des tribus sunnites, eux mêmes abandonnés à leur sort par la puissante occupante.

Ce groupement hétérogène et hétéroclite ne disposait pas d’une plate-forme évolutionnaire militante réactive avec les aspirations de la société. L’analyste Abdallah Ben Mohammad l’admet volontiers: «les Révolutions arabes ont commencé d’une manière mécanique. La faiblesse du régime tunisien a encouragé le mouvement de protestation populaire tunisien, au départ spontané, pour acquérir une dynamique propre à la faveur des erreurs d’appréciation et des fautes des gouvernements en place. Le phénomène d’imitation s’est alors propagé à l’Égypte, puis à la Libye et à la Syrie, en dépit de la présence d’un important arsenal dans ces pays.

L’absence d’un leadership de substitution a favorisé l’amplification de la contestation populaire, motivée au départ par une réaction au processus de marginalisation de larges couches populaires. Il est indubitable que la Guerre du Golfe et l’invasion américaine de l’Irak ont eu des répercussions négatives sur la situation. «L’anarchie provoquée par l’occupation américaine et les décisions destructives de Paul Bremer, en sapant les fondements de l’État par la dissolution de l’armée et les purges administratives ont favorisé l’afflux des Moujahiddines. La puissante occupante assume la responsabilité d’avoir créé les conditions objectives à l’afflux des Moujahiddines», explique Haytham Manna, opposant syrien historique au pouvoir baasiste et auteur d’un livre intitulé «Des Hijras illusoires aux bains de sang» (Institut Scandinave des Droits de l’Homme). «Un tel phénomène a surgi en phase d’ébullition et se dissipe avec la disparition de causes qui l’ont engendré», soutient de son côté, Docteur Kamal Khalaf Al Tawil, un intellectuel arabe de renom.

La guerre préemptive: Les succès des cas isolés, non un cas d’école

Sur le plan militaire, les armées conventionnelles ont retrouvé leur primauté en ce qu’elles ont déjà intégré les enseignements des guerres asymétriques de Syrie et d’Irak. Leur mode opératoire a été réaménagé avec l’inclusion de petites unités mobiles dans leurs formations avec leur intégration aux grandes opérations combinées avec l’intervention des diverses armes (blindés, aviation, balistique, troupes héliportées etc..)

L’Iran a opté pour un mode opératoire composite de ses méthodes de combat, avec la triple combinaison de son armée conventionnelle avec les Pasdarans, les gardiens de la révolution, spécialiste de la guerre de guérilla, désormais équipé d’un armement comparable à l’arsenal d’une armée conventionnelle, avec en soutien les Bassidj, pour la protection du front intérieur.

Les guerres préemptives ont remporte de nombreuses batailles sur le terrain sans que cette tendance se confirme définitivement dans les faits. Les succès des guerres préemptives demeurent des cas isolés, pour qu’il soit possible de les ériger en cas d’école.

Le Vietnam peut servir d’exemple d’une maîtrise parfaite de la guerre de guérilla. Ils ont engagé le combat équipés au départ d’armes individuelles, ayant recourt a des ruses de guerre, les pièges et souricières, faisant l’acquisition d’armes supplémentaires, spécialement du butin de son ennemi, d’abord français ensuite américain, au fur et à mesure de la progression de son combat.

Au plus fort de la bataille, le général N’Guyen Van Giap, ministre de la défense nord vietnamien et son état major, envisageaient déjà l’aménagement des conditions d’une confrontation globale, en mobilisant, en réserve, une armée populaire pour des combats de soutien à la guerre totale. Au tournant de la guerre, à un point donné de sa mobilisation, le Vietcong a pu lancer une offensive générale s’emparant sans coup férir de la totalité des postions adverses, déferlant vers le Sud Vietnam jusqu’à son entrée victorieuse à Saigon, la capitale du sud Vietnam pro américain.

Le Vietnam n’aurait pu gagner s’il s’était maintenu au plan de la guerre de guérilla. Certes la guérilla peut difficilement être vaincue, mais il est non moins vrai que la guerre de guérilla ne peut, à elle seule, parvenir à la victoire totale par l’anéantissement de son adversaire.

Une force militaire a besoin d’un objectif mobilisateur. Le combat contre l’occupation soviétique de l’Afghanistan, de même que le combat contre l’occupation américaine de l’Irak ont constitué des objectifs mobilisateurs légitimant l’usage de la force. Dans le cas d’espèce, l’occupation soviétique de l’Afghanistan a pris fin, de même que l’occupation américaine de l’Irak. Les djihadistes sont désormais en panne d’un objectif mobilisateur. Le fait de se mettre en quête d’une quote-part du pouvoir ne constitue pas un objectif mobilisateur en soi et justifier les lourds sacrifices inhérents à la réalisation d’un tel projet.

Faute d’un objectif majeur et légitime, l’horizon des groupements djihadistes paraît bouché, tributaire des arrangements en gestation tant sur le plan régional qu’international, pour la stabilisation au Moyen-Orient et cela quelque soit la durée de gestation des solutions envisagées.

Références

1- Forces et faiblesses de Daech par Ala’ Al Ansi, journal libanais «Al Akhbar» en date du 29 juillet 2014.

2- Abdallah Ben Mohammad, auteur de deux ouvrages: «Memorandum stratégique, la stratégie dans les batailles régionales au Levant» et «La guerre de guérilla politique».

Pour aller plus loin

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