Arménie: Arrestation d’Alec Yenicomchian

Figure de l’opposition radicale au régime kleptocratique au pouvoir à Erevan, Alec Yenicomchian a été arrêté le 27 juillet et serait en garde à vue dans les locaux du Service National de Sécurité, le KGB arménien.

Militant historique de la cause arménienne, ancien porte-parole de l’ASALA, ce révolutionnaire natif de Beyrouth est une personnalité populaire et estimée en Arménie comme en diaspora.

Celui qui avait fait ses premières armes dans la lutte armée aux côtés de la résistance palestinienne fut blessé au cours d’une opération de l’ASALA dirigée contre le consulat de Turquie à Genève le 3 octobre 1980. Alec Yenicomchian a depuis perdu la vue et a été amputé du bras gauche et de deux doigts à la main droite.

Si aucun chef d’inculpation n’a été retenu contre lui, les autorités ne sont pas prêtes à le relâcher.

Les conditions de détention d’Alec sont du reste inadaptée à son handicap et risquent de porter atteinte à sa santé, c’est du moins le constat établi par le défenseur des droits d’Arménie et son avocat Nikolay Baghdasaryan.

Selon ce dernier, l’arrestation de cette figure serait un moyen de couper la tête du mouvement dont les manifestations se poursuivent tous les soirs dans la capitale arménienne. Pour l’heure la totalité des otages ont été libérés – parmi lesquels figurait le chef adjoint de la police nationale – mais les combattants poursuivent leur baroud d’honneur en espérant que la population poursuivra la lutte dans la rue.

Alec est une figure du Parlement Fondateur, cette assemblée se réclamant de l’opposition radicale arménienne et dont nombre de militants ont participé à l’assaut lancé contre une caserne des forces de police à Erevan le 17 juillet dernier, tuant un officier et retenant les autres en otage.

Ils demandent la libération d’un des leurs, l’opposant Jirair Sefilian héros de guerre au dans la guerre de libération Karabagh et détenu depuis juin pour possession d’armes, et la démission du président du pays, Serge Sarkissian. Ils ont aussi appelé leurs concitoyens à la désobéissance civile.

J. Sefilian, dirigeant d’un petit groupe d’opposition, et six de ses partisans ont été arrêtés en juin, accusés par les autorités de se préparer à s’emparer des plusieurs bâtiments publics et de télécommunications à Erevan.

Critique féroce du gouvernement, M. Sefilian avait déjà été arrêté en 2006 et emprisonné pour 18 mois après avoir appelé à «renverser le gouvernement par la violence». L’an dernier, il avait de nouveau été arrêté, avec plusieurs de ses partisans, de nouveau sur des soupçons de préparation de coup d’Etat, mais avait été relâché peu après.

Le nom que les insurgés se sont donné fait référence à une épopée constitutive de l’identité arménienne, «Les Enragés de Sassoun», (Sasnan Tsrer) qui raconte la résistance du roi David face aux envahisseurs arabes. Depuis le 17 juillet, l’Arménie toute entière et la diaspora vivent au rythme du feuilleton de ces vétérans de la guerre du Karabagh qui dans un geste de désespoir en sont venu à ce coup de force dans l’espoir que la population se révolte.

La nouvelle de l’arrestation d’Alec a généré stupeur, colère et l’incompréhension en Arménie comme en diaspora, en témoigne la lettre adressée par les membres de la famille de son compagnon d’arme, Monté Melkonian héros de guerre et mort au Karabagh en 1993.

S’en prendre à cet icône qui a perdu l’usage de la vue et un bras au nom de son idéal patriotique ne fera qu’accroître le rejet et la défiance d’un régime honni et perçu comme responsable de l’émigration massive qui saigne à blanc ce petit pays enclavé et en état de guerre larvée contre son voisin azerbaïdjanais.

Communiqué du Parlement fondateur

APPEL POUR LA LIBÉRATION DU COMBATTANT DE L’ASALA

Depuis, hier, Alec Yenikomchian est illégalement retenu dans les locaux des Services de la sécurité nationale.

Il a été arrêté en violation des droits de l’homme, et cela à plusieurs titres.

Son avocat est Nicolaï Baghdassarian.

Nous appelons l’attention des défenseurs des Droits de l’Homme, des organisations internationales et de la Diaspora sur cet acte illégitime (contraire à la loi).

Nous pensons que la Diaspora doit tout particulièrement porter ses exigences devant la République d’Arménie en demandant la libération de l’ancien combattant de l’ASALA qui a donné sa vie et qui a perdu la vue au nom de l’Arménie et de ses droits.

Parlement fondateur 28/7/16

Pour aller plus loin :
Illustration

Copyright, Antoine Agoudjian – agoudjian.com

Pour aller plus loin

  1. Azad Hayasdan
    Juil 29, 2016 - 05:12

    Bravo et merci à Madaniya de relayer le combat du peuple arménien en lutte pour ses droits et sa dignité. Alec est un véritable héros, en le mettant en garde à vue le régime commet une funeste erreur !

    Répondre

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