Sahara-Migration : La question noire au Maroc 1/3

Ce texte est un condensé du mémoire de Master I de Véronique Pingard de l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris 8).
Prologue

Les flux de populations ainsi que les échanges de marchandises entre le nord et le sud du Sahara ont commencé dès le VIIIe siècle, avec les premières dynasties berbères et les empires africains (1). Devenu une grande zone de transit, la composition ethnique de l’Afrique du Nord s’est complexifiée au cours des siècles. Avec l’arrivée du colonialisme et le traçage des frontières, les échanges transsahariens ont été concurrencés par les échanges maritimes (2).
Cependant, peu de temps après l’indépendance des pays du Maghreb à partir de la fin de la décennie 1950, les échanges transsahariens ont repris et l’immigration subsaharienne s’est particulièrement intensifiée à partir de la décennie 1970 (3).

Avec l’augmentation des flux subsahariens depuis une vingtaine d’années, les pays du sud de la Méditerranée, et en particulier le Maroc, l’Algérie et la Libye, sont devenus récepteurs de migrants venant du sud du Sahara. De par leur proximité avec l’Europe, ces pays sont devenus des territoires d’accueil de populations subsahariennes en attente d’un éventuel transit vers « l’Eldorado » européen.
Avec le renforcement des frontières européennes et les nouvelles politiques migratoires des pays européens, les pays d’Afrique du Nord sont devenus des lieux de résidences pour les Subsahariens (4).

Par sa position géographique, le Maroc appartient à la fois aux mondes méditerranéen, océanique et saharien. Sa superficie est de 458 730km². Ses frontières sont communes avec l’Algérie à l’est (1350 km), la Mauritanie au sud (650 km) et l’Espagne (12 km) à Ceuta et Melilla, les deux villes autonomes espagnoles, au nord du pays.

Le Maroc est limité à l’ouest par l’océan Atlantique (2934 km de côtes) et au nord par le détroit de Gibraltar et la mer Méditerranée (512 km de côtes). Il est séparé du continent européen par seulement 14 km de mer.
En 2004, d’après le Haut-Commissariat au Plan du Maroc, il y avait entre 5000 et 20. 000 migrants clandestins subsahariens au Maroc (5). Aujourd’hui, il n’y a pas de chiffres officiels, mais le Ministère Marocain de l’Intérieur estime la présence de 25 000 à 40 000 clandestins subsahariens sur le sol marocain. En 10 ans leur nombre aurait par conséquent plus que doublé.

En plus de cette population clandestine, des Subsahariens (principalement originaires du Sénégal et du Togo) vivent légalement dans le pays et on évalue à plus de 10 000 le nombre d’étudiants subsahariens venant chaque année étudier dans les établissements publics et privés du pays.

Fin décembre 2013, le Haut-commissariat des Réfugiés du Maroc (HCR) a recensé 850 migrants bénéficiant d’un statut de réfugiés (soit 548 familles) et près de 4 222 demandeurs d’asile. La plupart sont des ressortissants ivoiriens (47%), congolais (27%) et irakiens (9%). Les autres réfugiés proviennent majoritairement du Cameroun, du Libéria, du Rwanda, de la Palestine et plus récemment, de Syrie. On estime le taux de la population subsaharienne au Maroc est d’environ 0.3%.
Les données migratoires sur les entrées et le séjour ne sont pas systématiquement collectées par les pays du continent africain, par conséquent, les chiffres officiels sont peu nombreux. Ainsi, le Système d’Observation Permanent des Migrations de l’OCDE (6)(SOPEMI) ne fait état d’aucun recensement annuel de flux migratoire entre les pays africains.
Les principales données proviennent des organisations internationales (ONU, Banque Mondiale, HCR(7), OIM(8)) et d’ONG (Amnesty International et Human Rights Watch). Néanmoins, la situation instable et irrégulière des clandestins rend l’obtention de chiffre fiable difficile.

L’immigration clandestine des subsahariens est la conséquence de la conjonction d’un ensemble de facteurs d’ordre économiques (forte croissance démographique, précarisation des ressources, accentuation de la pauvreté dans les pays d’origine) et politique (troubles et conflits inter et intra pays). Le migrant est généralement présenté comme un homme pauvre et peu éduqué.

Selon une étude menée en 2007 par l’AMERM-CISP(9), un tiers des migrants étaient sans niveau d’instruction (31,7 %), la moitié avaient un niveau supérieur au primaire (48,5 %): un tiers un enseignement secondaire (32,4 % ) et 16,1% un enseignement de niveau supérieur. Ces informations révèlent l’habituelle caricature que subissent les populations immigrantes.
Au cours de leur séjour au Maroc, la structure familiale a évolué significativement. Selon une étude de Médecins Sans Frontières,(10) en 2012, 92,7% des migrants subsahariens vivent seuls. En revanche, 7,3% ont une attache familiale au Maroc. Les hommes mariés laissent généralement leur épouse à la maison. Cependant ce phénomène tend à changer. Les migrantes mariées ont davantage tendance à rejoindre leur mari dans le pays de destination (11).
Un petit nombre de femmes seules a commencé à prendre part aux migrations clandestines à la toute fin des années 90 (12). Selon l’étude de l’AMERM-CISP portant sur 36 enfants de 0 à 4 ans de migrants subsahariens, 66,7% des enfants sont nés sur le territoire marocain, 27,8% sont nés en Algérie, 2,8 % au Sénégal et 2.8% en Gambie.

Pour la grande majorité des migrants souhaitant atteindre l’Europe, la durée de moyenne de séjour au Maroc serait de 2.5 ans (13).

Les itinéraires empruntés sont divers pour atteindre le Maroc. Selon cette même étude menée en 2007 (14), la grande majorité des migrants arrivé par voie terrestre (86.8%) et seulement 13,2% (les plus fortunés) arrivent par voie aérienne. Qu’ils soient en voiture ou à pied, ils traversent le Mali puis la Mauritanie ou bien contournent le Sahara par la Lybie puis l’Algérie.
Une fois en Algérie, le passage à la frontière s’effectue principalement à Maghnia (Algérie) et Oujda (Maroc) à l’Est (56%). 17% passe par la frontière algérienne au Sud. Soit 73% d’entre-eux rentrent sur le sol marocain via l’Algérie.
Les secondes portes d’entrées sont l’océan atlantique (par lequel arrive 7.2% des migrants) et la frontière maroco-mauritanienne du Sud (routes empruntés par 6% des migrants). La plupart des migrants (86%) traversent plusieurs pays (entre un et six) avant de traverser la frontière marocaine. Seuls 14% des questionnés sont arrivés directement de leur pays au Maroc. Le coût total du voyage varie selon les migrants. La majorité dépensent entre 1.000 et 2.000€ (52%), un quart des migrants dépense moins de 1.000€ (26%).
Le projet migratoire est un véritable projet économique. En plus du coût du trajet et du passeur, le migrant a aussi le hasardeux «impôt de passage» à la frontière. Il arrive couramment que les forces de l’ordre demandent de l’argent ou prennent tous les biens de certains migrants lors de leur passage.

Le Maroc est à la fois une terre d’accueil et de départ de nombreux migrants.

En raison du faible taux de population subsaharienne immigrée, existe-t-il une question noire au Maroc? Si oui, quels en sont les enjeux géopolitiques pour le Royaume chérifien? Ces nouveaux venus, viennent s’ajouter à la migration de transit déjà présente sur leur territoire et occasionne parfois des réactions de rejet de la part des habitants.

Depuis la décennie 1990, les flux de migrants qui passent par le Maroc augmentent. Les réactions à l’égard des migrants clandestins et des étrangers immigrés légalement au Maroc ont commencé à prendre de nouvelles formes et une plus grande importance dans le pays (statut incertains, discriminations, grande précarité socio-économique). Ces dynamiques migratoires posent de nouveaux défis au gouvernement marocain concernant sa politique intérieure mais aussi concernant les relations politiques et économiques avec ses voisins.

1- Les migrants noirs au Maroc : une question internationale

Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, le chiffre de migrants au Maroc oscillait entre 10 000 et 20 000 (15). En 2014, selon l’ONG Human Rights Watch ils seraient plus de 30.000 clandestins à se trouver sur le sol marocain. Ces migrants sont originaires d’une quarantaine d’États africains. D’après l’enquête AMERM (16) (2007), les ressortissants Nigérians demeurent les plus nombreux (15,7%) suivis en seconde position par les Maliens (13,1%). Viennent ensuite, les Sénégalais (12,8%), les Congolais (10,4%) les Ivoiriens (9,2%), les Guinéens (7,3%) et les Camerounais (7%), puis, et en nombre plus restreint, les Gambiens (4,6%), les Ghanéens (4,5%), les Libériens (3,8%) et les Sierra Léonais (3,1%). Soit près de 48% d’anglophones, 45% de francophones, 4% de lusophones et 3% d’arabophones. On estime que près d’une quarantaine de nationalités sont concernées par ces flux clandestins. Depuis, le profil migratoire reste approximativement le même.

Il est difficile de savoir la vraie identité des migrants en raison de l’ambiguïté dans leur déclaration officielle. 76% du total des Subsahariens interrogés vivent au Maroc «sans-papiers». Les ressortissants de l’Afrique subsaharienne constitueraient 10.4% de la population étrangère sur le sol marocain (17).

De par leur situation géographique, les régions du Nord près de Ceuta et Melilla ainsi que les environs de la ville d’Oujda, à la frontière algérienne, sont des espaces du territoire qui attirent les migrants. Les deux villes autonomes espagnoles, sont des lieux stratégiques pour les migrants, car c’est de là qu’ils peuvent atteindre l’Europe, pour ceux qui souhaitent traverser. Oujda étant une porte d’entrée principales au Maroc pour les migrants clandestins, de nombreux camps informels ont été dressés dans ses environs.
L’étude d’AMERM/CISP (18) avait montré que près de 85% des personnes interrogées habitaient à Casablanca et dans les environs, d’une part grâce à l’anonymat que permet la ville et d’autre part pour la facilité à trouver des plus grands moyens de survie.

Car la ville leur apporte également une formation nécessaire afin de subvenir à leurs besoins vitaux. Ce sont principalement les migrants avec des enfants qui souhaitent s’installer en ville. La capitale du pays, Rabat, arrive en deuxième position d’accueil avec environ 9.8% des ménages. Tanger arrive en 3ème position, et accueille 4.9% des migrants clandestins.

Peu d’entre eux savent que des associations ou des fondations leur proposent des formations de plusieurs mois, afin qu’ils puissent s’intégrer à la société marocaine par le travail. Chaque centre de la fondation Orient-Occident proposent à la fois aux jeunes marocains des quartiers favorisés et aux migrants clandestins.

Ce sont les quartiers populaires les plus éloignés des centres-villes (7 km en moyenne) qui accueillent le plus grand nombre de clandestins. A Casablanca, c’est dans le quartier de Sidi Moumen, le quartier de Takhadoum à Rabat et le quartier de Boukhalef à Tanger, non loin de l’Aéroport. Tanger reste une porte de sortie pour les clandestins qui souhaitent atteindre l’Espagne.

Les Subsahariens partagent dans ces quartiers des chambres ou des appartements à plusieurs dans des conditions insalubres et d’insécurité. Une chambre de 20m² est occupée en moyenne par 3 migrants. Le loyer moyen d’une chambre dans les quartiers périphériques des centres urbains marocains est de 500 Dh (un peu moins de 48 euros). Ils ont moins de difficultés à trouver un logement dans ces quartiers éloignés que dans les quartiers proches des centres villes où ils se voient refuser des logements à cause de leur origine.

Les Marocains qui acceptent de louer des chambres aux Subsahariens, n’hésitent pas à doubler le loyer.

Cette ségrégation naturelle a entrainé des tensions d’une part entre les migrants, du à la forte densité de population dans ces quartiers, et d’autres part entre les clandestins et les citadins marocains. C’est derniers n’apprécient pas cette forte présence de Subsahariens.

Les clandestins vivent dans une marginalisation sociale et économique au Maroc. Contraints de vivre au Maroc pour des périodes plus ou moins longues, subvenir à leurs besoins est un supplice quotidien. 59.4% des migrants n’auraient aucune source de revenu. Parmi eux, la plupart vivent avec de l’argent envoyé par leur famille à l’étranger (44.4%), de mendicité (18.8%) ou de diverses aides fournies par des associations caritatives (7.9%). 11.5% exercerait des petits métiers. Quand on les questionne, 76, 1% des Subsahariens affirment que leur capital économique mensuel ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins (19).

Les Subsahariens légaux

Dès le milieu des années 1990, l’instauration de l’Espace Schengen et la demande de Visa, devenu obligatoire pour les populations africaines, freinent les populations migrantes et certains Subsahariens commencent à s’installer au Maroc faute de papiers en règles (passeport et/ou visa périmé). Les politiques d’immigration de plus en plus restrictives menées par les pays d’accueil, surtout depuis les années 2000 (mise en place de la Système intégral de surveillance extérieure, de nombreux radars et augmentation des interceptions par les forces auxilliaires ; voir I.B.1), ont paradoxalement contribué à interrompre le caractère traditionnellement circulaire de la migration marocaine. Le Pacte européen sur l’immigration et l’asile, adopté en 2008 par l’Union Européenne a eu pour but (entre autre, parmi les 5 points) d’avoir une politique de contrôle renforcé des frontières européennes. Les pays signataires des accords bilatéraux s’engagent à reconduire les sans-papiers dans les pays d’origine ou de transit (20).

Le Maroc (ainsi que les pays du Maghreb et certains pays subsahariens comme le Sénégal et le Niger) a signé en juin 2013 ses accords de réadmission avec l’Union Européenne (21). En échange les pays européens acceptent de mettre en place des programmes de développement ou de donner des titres de séjour pour les migrants les plus qualifiés et les étudiants (22) arrivés sur leurs territoires. Les migrants craignaient alors de ne plus avoir la possibilité de revenir au Maroc si leur traversée vers l’Espagne ne réussissait pas.

De plus le 21 juin 1993, le Maroc et dix-huit autres États ratifient la Convention sur la protection des droits des travailleurs migrant et de leur famille, adoptée le 18 décembre 1990 par l’Assemblée générale de l’ONU.

Le Maroc est pour le moment, le seul pays du Maghreb à avoir signé la Convention. Ce n’est qu’en juillet 2003 que cette Convention est rentrée en vigueur. Son objectif premier est de protéger les travailleurs migrants, une population particulièrement vulnérable, de l’exploitation et de la violation de leurs droits humains (23). C’est pourquoi l’on trouve plus de ménages subsahariens légaux, dans les villes depuis une dizaine d’années. Il faut noter que ces ménages n’ont pas pour but de traverser, l’Europe, sinon ils seraient plus près de Tanger afin de passer la frontière. Ils sont au Maroc pour éventuellement développer un commerce et plus ou moins se sédentariser pendant quelques années avant de repartir. Les migrants, initialement «en transit», s’installent de manière semi-permanente au Maroc. Quand le statut le permet (par exemple les commerçants) les migrations pendulaires avec les pays environnants sont courantes.

3 – Etre travailleur étranger au Maroc

En 2010, 60 % des étrangers salariés au Maroc étaient Européens et 14.87% des salariés africains à majorité algérienne, sénégalaise et tunisienne. A la fin de l’année 2011, selon les statistiques du département de l’emploi ils étaient près de 9000 salariés étrangers avec un permis de travail à travailler au Maroc. Ces statistiques ne prennent pas en compte les ressortissants des pays qui n’ont pas l’obligation d’avoir une attestation de travail (Sénégal, Algérie et Tunisie) en raison d’accords bilatéraux. Les plus nombreux sont les Français, les Turcs et les Chinois. Le Sénégal est classé à la sixième place par ordre d’importance de ses ressortissants salariés au Maroc, le Congo, apparaît à la 20e place avec 92 ressortissants salariés (24).

À noter que l’absence de chiffres officiels nous empêche de nous faire une idée bien précise sur le nombre réel des travailleurs étrangers au Maroc. La plupart étant des clandestins qui n’ont pas de contrat de travail. La législation du travail et la loi 02-03 (adoptée en 2003) relative à la migration, interdisent aux personnes entrées ou établies irrégulièrement au Maroc d’accéder au marché de l’emploi, la majorité des activités relève du secteur informel ou de secteurs qui recrutent du personnel non déclaré. Seuls 2.3% des migrants présents au Maroc déclarent avoir un travail régulier (25).

La majorité des travailleurs, soit 41,9%, dispose d’un revenu qui varie entre 500 et 1 000 Dhs (soit entre un peu moins de 50 et 100 €), 27,9% entre 1 000 et 2 000 Dhs (soit entre 90 et 180 €), 23,3% ont un revenu inférieur à 500 Dhs (soit 45€) et seule une minorité a un revenu entre 2 000 et 3 600 Dhs (soit 180 et 323 €)(26).

Tout comme les clandestins, les salariés déclarés vivent dans des situations précaires et ne disposent que de faibles ressources. Cependant leurs revenus sont plus élevés que dans leurs pays. Le PIB par habitant en 2013 au Maroc est de 27 200 Dhs (soit moins de 2.500 €). À titre indicatif, en 2013 le PIB par habitant au Nigéria est de 9.303 Dhs (soit 835 €) et celui du Sénégal est d’environ 6 800 Dhs (soit 613 €)(27).

Les Africains travaillent dans les secteurs tels que le commerce (18.8%), la domesticité (18.8%), le bâtiment (20.8%), l’artisanat (16.7%) ou dans les secteurs qui demandent une certaine qualification, (techniciens en informatique, opérateurs dans les calls center, personnels médicaux, journalisme) seulement accessible pour les migrants légaux sur le territoire (25%)(28). C’est dans les centres d’appels, centres à la recherche de francophones, que l’on trouve le plus grand nombre de travailleurs subsahariens. Les Subsahariens s’expriment généralement mieux que les Marocains en français. Ils sont téléconseillers et restent généralement pendant 4 ans dans une entreprise. Pour ce genre de poste, le salaire varie entre 8 000 et 12 000 dirhams par mois (entre 700 et 1.000 euros), plus les primes (29). Ce qui se rapproche du salaire d’un ingénieur au Maroc.

De nombreux étudiants subsahariens y travaillent en parallèle de leurs études. Le piège est qu’à la fin, les étudiants ne valident plus leur parcours universitaire et abandonnent les études. Mais ils gravissent tous les échelons de l’entreprise dans laquelle ils travaillent (30). Les Subsahariens qui veulent créer leur entreprise sont soumis à la même législation que les autres auto-entrepreneurs marocains ou étrangers, mais ils rencontrent quand même quelques difficultés de par la conjoncture actuelle, qui touche également le Maroc.

Même si pendant un temps le gouvernement souhaitait qu’il y ait un quota d’étrangers au sein de chaque entreprise, les chefs d’entreprise n’ont reçu aucune directive officielle depuis l’annonce du Roi du Maroc début 2014, concernant sa volonté de régulariser les Subsahariens (II.B.1).

Les étrangers obtenant une carte de séjour ne pourront pas forcément plus facilement trouver un emploi. Le code du travail (en l’occurrence, la loi n° 65-99 formant le Code du travail) stipule que tout employeur désireux de recruter un salarié étranger doit obtenir une autorisation de l’autorité gouvernementale chargée du travail.

Depuis 2005, à la suite d’un arrêté ministériel, pour pouvoir travailler au Maroc, les étrangers doivent forcément passer par l’ANAPEC (31).

Le gouvernement a stipulé (article 516 du Code du travail) que “Tout employeur désireux de recruter un salarié étranger doit obtenir une autorisation de l’autorité chargée du travail”.

L’agence vérifie si les postes auxquels veulent postuler les étrangers ne sont pas susceptibles d’être pris par des Marocains à la recherche d’un emploi. La procédure est longue (il faut entre 3 et 4 mois pour obtenir une attestation) car les étrangers ne sont pas prioritaires sur le marché du travail marocain. Beaucoup renoncent avant d’avoir leur réponse. Seuls avantagés sont les Sénégalais, les Algériens et les Tunisiens, car ils ont signés des accords bilatéraux avec le Maroc. Selon l’ANAPEC, sur près de 4 000 demandes d’emploi, il y aurait 2000 attestations délivrées chaque année.

En 2004 sur plus de 51.000 résidents étrangers légaux, uniquement 10 000 possédaient un visa de travail. En 2008, les 8.770 visas de travail ont été délivrés par le ministère de l’Emploi contre 6.236 en 2004. Cela montre bien que les visas délivrés sont plus nombreux et ainsi plus d’étrangers peuvent travailler au Maroc. problèmes à leur entourage. Ils sont également obligés d’habiter dans des résidences sécurisées afin de ne pas se faire agresser (32).

Les propriétaires sont très exigeants. Ils n’acceptent qu’un nombre limité d’étudiants en même temps et n’acceptent aucunement que les Arabes et Noirs de sexes opposés s’invitent. Pour les plus chanceux, les familles africaines extrêmement riches achètent des appartements afin que les étudiants soient tranquilles. Les relations amoureuses entre des Marocaines et des Subsahariens (et inversement) sont difficilement acceptées.

Les relations avec les forces de l’ordre ne sont pas non plus empreintes de grande cordialité. Ils sont automatiquement vus comme migrants clandestins, donc des dealers et sont fréquemment fouillés. Car il n’est pas rare que les étudiants subsahariens soient confondus par les autorités marocaines avec les migrants qui vivent de manière illégale dans le pays.

Certains étudiants se méfient et sont réticents à côtoyer des immigrés de peur que les autorités les expulsent du territoire par inadvertance comme il s’est déjà produit lors d’une rafle en 2005 à Rabat (33).

Ils ont de nombreuses difficultés avec les administrations qui renouvellent ou qui délivrent difficilement leur carte de séjour. Des étudiants ont l’impression de vivre comme des illégaux sur le territoire. Pour beaucoup le séjour ne dure pas plus de 4 ans et ils rentrent travailler dans leur pays d’origine. Les plus âgés encadrent et prennent en charge les plus jeunes. Les coutumes du pays d’origine sont alors respectées et suivies.

Notes
  1. Botte R (2011) «Les réseaux transsahariens de la traite de l’or et des esclaves au haut Moyen Âge: VIIIe-XIe siècle»,L’Année du Maghreb, VII|pages 27-59.
  2. Ibid.
  3. De Haas H. (2006) Migrations Transsahariennes vers l’Afrique du Nord et l’UE: Origines Historiques et Tendances Actuelles. The Online Journal of the Migration Policy Institute. URL: http://www.migrationinformation.org/article/migrations-transsahariennes-vers-lafrique-du-nord-et-lue-origines-historiques-et-tendances. Dernier accès en Aout 2014.
  4. Withol de Wenden C. (2010) Dynamiques migratoires sub-sahariennes vers l’Afrique du Nord. Confluences Méditerranée 3 :74, p. 133-142.
  5. Organisation de Coopération et de Développement Economiques.
  6. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
  7. Organisation Internationale pour les Migrations.
  8. Enquête de l’Association Marocaine d’Etudes et de Recherches sur les Migrations (AMERM), réalisée en 2007 sur le thème de «l’Immigration subsaharienne au Maroc», en collaboration avec le Comité International pour le Développement des Peuples (CISP), financée par l’Union Européenne. 1000 migrants ont été questionnés.
  9. Une enquête menée sur environ 20 % de la population dans la région de l’Oriental (190 migrants subsahariens). En septembre et en octobre 2012, une équipe de six personnes de MSF a interrogé 190 migrants subsahariens à Nador et à Oujda, dans la région de l’Oriental du Maroc. La taille de l’échantillon et la répartition se sont basés sur la collecte et l’analyse de données par MSF à partir de la population migrantes subsaharienne dans les zones dans lesquelles l’organisation a pu avoir accès dans la région. D’après cette collecte de données, 190 personnes représentaient environ 20 % de la population migrante subsaharienne au moment où l’enquête a été faite. L’enquête visait à assurer que les différences de sexe et les différences linguistiques dans les deux zones étaient proportionnellement représentées. Le consentement éclairé par écrit de tous les participants a été obtenu. En raison de problèmes éthiques relatifs au consentement, tous les participants étaient âgés de plus de 18 ans.
  10. Collyer M (2007) ‘In-Between Places: Trans-Saharan Transit Migrants in Morocco and the Fragmented Journey to Europe’, Antipode, 39 (4): 668-690.
  11. Mghari M. « La migration irrégulière au Maroc ». Centre d’Etudes et de Recherches Démographiques (CERED). Rabat. Maroc.
  12. Enquête de l’Association Marocaine d’Etudes et de Recherches sur les Migrations (AMERM), réalisée en 2007 sur le thème de «l’Immigration subsaharienne au Maroc», en collaboration avec le Comité International pour le Développement des Peuples (CISP), financée par l’Union Européenne. 1000 migrants ont été questionnés
  13. Ibid.
  14. Mghari M.( 2007). HCP, dans le cahier du plan n°28.
  15. Enquête de l’Association Marocaine d’Etudes et de Recherches sur les Migrations (AMERM), réalisée en 2007 sur le thème de «l’Immigration subsaharienne au Maroc», en collaboration avec le Comité International pour le Développement des Peuples (CISP), financée par l’Union Européenne. 1000 migrants ont été questionnés. Grant P. & Cherti M (2013).Le mythe du transit, la migration subsaharienne au Maroc. Rapport.
  16. D’après le Recensement Général de la Population et de l’Habitat du Maroc de 2004.
  17. Grant P. & Cherti M (2013).Le mythe du transit, la migration subsaharienne au Maroc.RapportURL : http://www.ippr.org/assets/media/images/media/files/project_update/2013/06/mythe-du-transit-maroc_FRE_June2013.pdf Dernier accès en Aout 2014.
  18. Kachani M.  « Maroc.Migration, marché du travail et développement ». Projet de recherche : Faire des migrations un facteur de développement : une étude sur l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest.URL :http://www.ilo.org/public/french/bureau/inst/download/maroc.pdf Dernier accès en Aout 2014.
  19. M.A.M. “Partenariat pour la mobilité avec l’UE L’accord de réadmission sur la table ». L’Economiste.20/02/2014. URL :http://www.leconomiste.com/article/917025-partenariat-pour-la-mobilit-avec-l-uel-accord-de-r-admission-sur-la-table Dernier accès en Aout 2014.
  20. Ibid.
  21. Sous la direction d’ABIS S. (1 sept. 2010). Confluences Méditerranée n°74 La Méditerranée sans l’Europ. Editions L’Harmattan, 210 pages
  22. Elmadmad K (dir). (2008)Les migrants et leurs droits au Maghreb. EDDIF MAROCURL: http://www.cetim.ch/fr/documents/UNESCO-CMW-Maroc.pdf Dernier accès en Aout 2014.
  23. Agueniou S. «  9 000 salariés étrangers déclarés au Maroc. Combien sont-ils en réalité ? ». La vie éco.07/08/2012. URL : http://www.lavieeco.com/news/economie/9-000-salaries-etrangers-declares-au-maroc.-combien-sont-ils-en-realite–22968.html Dernier accès en Août 2014.
  24. Kachani M.  « Maroc.Migration, marché du travail et développement ». Projet de recherche : Faire des migrations un facteur de développement : une étude sur l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest.URL :http://www.ilo.org/public/french/bureau/inst/download/maroc.pdf Dernier accès en Aout 2014.
  25. Kachani M. «Maroc.Migration, marché du travail et développement». Projet de recherche: Faire des migrations un facteur de développement : une étude sur l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest.URL :http://www.ilo.org/public/french/bureau/inst/download/maroc.pdf Dernier accès en Aout 2014.
  26. Site de Trading Economics URL : http://fr.tradingeconomics.com/morocco/gdp-per-capita Dernier accès en Août 2014.
  27. Sous la direction de Piraldi M. (2011) D’une Afrique à l’autre, migration subsaharienne au Maroc. Editions Khartala. 156 pages
  28. Edition en français No 100 janvier 2009. balancingact-africa URL :http://www.balancingact-africa.com/node/16081 Dernier accès en Août 2014.
  29. Ibid.
  30. Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi et des Compétences. Créée en 1999, la première mission qui lui a été attribuée, au vu de la loi est de contribuer à l’organisation et à la mise en œuvre des programmes de promotion de l’emploi qualifié, décidés par les pouvoirs publics.
  31. Addam R., Groupe l’Etudiant Marocain.
  32. Infantino F. (2011), Les mondes des étudiants subsahariens au Maroc, in D’une Afrique à l’autre. Migrations subsahariennes au Maroc. Peraldi M. (ed) Karthala, Paris.
Pour aller plus loin sur la situation générale au Maroc
A propos de l’auteur

Véronique Pingard
Titulaire d’un Master I «La présence subsaharienne au Maroc et les conflits territoriaux» Sous la direction de Barbara Loyer.
2013-2015 – Master I & II recherche «Géopolitique : enjeux territoriaux des rivalités de pouvoirs». Mention Arabe. Institut Français de Géopolitique, Saint-Denis.

2016 – Stage (6 mois) Assistante Alerte, veille et Analyse Humanitaire – Pôle Urgence – Handicap International

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