La Commission Économique et Sociale pour l’Asie Occidentale (CESAO-ESCWA en anglais) censure un rapport qu’elle a commanditée elle même

Par Maram Daoud (1) et Houda Al Masri. Adaptation en version française, rédaction du site www.madaniya.info

La Commission Économique et Sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) a confié à Rima Khalaf la responsabilité de diriger une étude sur «L’Injustice dans le Monde arabe et les moyens d’y remédier en vue d’emprunter le chemin de la justice», mais à la surprise générale, l’organisation régionale, se ravisant à décider de censurer la publication du document à sa parution.

La censure résulterait des pressions exercées sur cette organisation par Israël et des pays arabes non identifiés, selon des indications fournies par plusieurs hauts fonctionnaires de l’ONU.

Pour Israël, le fait que le rapport contienne un chapitre particulièrement critique concernant la Palestine a conduit l’État Hébreu à faire pression pour empêcher sa publication. Pour les États arabes, la présence au sein du groupe de travail d’une une équipe dirigeante honnie des pétromonarchies, a conduit les États du Golfe à réclamer à leur tour la censure du rapport, selon des informations recueillies auprès du groupe de travail.

L’équipe dirigeante dans le viseur des pétromonarchies était constituée des trois personnalités suivantes représentatives des principaux courants de pensée du Monde arabe: Raghid El Solh, universitaire libanais, Professeur à l’Université d’Oxford (Royaume Uni), de tendance nationaliste arabe, décédé le 2 février 2017 des suites d’Un AVC (accident cardio-vasculaire), Mohamad Marzouki, ancien ministre tunisien, ex-membre du parti An Nahda, qui avait démissionné de son poste en signe de protestation contre la politique menée par le gouvernement post dictature, ainsi que M. Haytham Manna, Président de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), figure de proue de l’opposition démocratique laïque syrienne.
Le groupe de travail a consacré deux ans pour ses enquêtes, la recension, la vérification des faits et la rédaction du rapport; Il a fonctionné «en concertation avec le commanditaire à toutes les étapes de la recherche».

De surcroît, le rapport avait une valeur purement consultative, nullement contraignant. En dépit de toutes ces précautions, le rapport finalisé n’a pas eu l’heur de plaire à ses commanditaires. Patatras, coup de théâtre, la CESAO, ESCWA en anglais, s’est opposé in extremis à sa publication.

Rima Khalaf, le pilote principal du rapport.

Rima Khalaf s’est vue confier la responsabilité du pilotage du rapport. Ce rapport, quintessence de son travail de recherche, se proposait d’être le cadeau d’adieu de ce haut fonctionnaire international, en fin de mission auprès de l’ONU en vue de restaurer une part de sa crédibilité, écornée par des abus répétés.

Le parcours de son signataire illustre à lui seul la complexité du fait palestinien dans les pays arabes: D’origine palestinienne, de nationalité jordanienne, native du Koweït Rima Khalaf est l’une des personnalités arabes ayant occupé l’un des plus hauts échelons de l’organisation internationale: le poste de Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), avec rang de Secrétaire générale adjointe.

En sa qualité de Secrétaire générale adjointe et de Directrice du Bureau régional pour les États arabes, elle a dirigé le fameux «Rapport sur le développement économique arabe» pointant les dysfonctionnements du système politique, économique et culturel arabe. Née en 1953, elle est mariée à M. Hani K. Hunaidi et a deux enfants. Elle est titulaire d’une licence en sciences économiques de l’Université américaine de Beyrouth et d’un Ph.D en System Science de la Portland State University.

Une contribution de 31 intellectuels arabes, homme, femmes des divers pays arabes.

Le rapport censuré est le fruit d’un travail collectif de 31 intellectuels arabes, hommes et femmes, des divers pays arabes du Machreq et du Maghreb. Parmi les contributeurs figurent des intellectuels arabes de premier plan représentant les grands courants politiques arabes, des nationalistes arabes aux personnalités de sensibilité islamisante.

Un choix délibéré destiné à éviter l’accusation de sectarisme, regroupant les personnalités suivantes: Raghid Al Solh (Liban), professeur à l’Université d’Oxford (Royaume Uni), Clovis Maksoud (Liban), Ambassadeur de la Ligue Arabe auprès des Nations Unies et fondateur de l’Université du Tiers Monde (New York City), Kamal Khalaf Al Tawil, (Palestine), auteur de plusieurs ouvrages sur le conflit d’Irak et ses répercussions sur la stabilité régionale, contributeur du site en ligne Ar Rai al Yom, Nassif Hitti, ambassadeur de la Ligue arabe à Paris, Haytham Manna, précité, Tamim al Barghouty, poète palestinien de renommée panarabe, Fehmi Houeidy, journaliste égyptien de sensibilité islamisante, de même que le tunisien Mohamad Marzouki.

Saoud Al Mawla, Islah Jade, Amine Makki Madani, Inaam Bayoud, Jawdat Abdel Haq, Hazem Ahmad Hassani, Baker Souleymane Al Najjar, Hayyan Haidar, Arouss Al Zoubeir, Chafic Al Ghobra, Sadeq Jawad Souleymane, Ali Oumlil, Taher Kanaan, Fatima Sebti Kassem, Farid Al Awlaki, Malek Al Soughayyer, Mohammad Hassan Labbat, Mohamad Saleh al Mousfer, Moustaha Kamal Al Sayyed, Moudher Kassis, Maha Al Khatib, Hana’ Houmeydane, Haifa Al Zankat, figurent en outre parmi les contributeurs;

La Palestine: la traditionnelle pierre d’achoppement de la diplomatie internationale

Le rapport estime que «La justice est la voie la meilleure pour finir avec l’arriérisme, la violence, l’extrémisme, l’occupation et la dictature» et «si la tolérance a généré la démocratie en Europe, l’entraide a servi de tremplin à l’Afrique pour se dégager de sa servitude, la justice sera le fondement de la prise de conscience dans le Monde arabe, prélude à son développement.

«L’amplification de la violence dans le Monde arabe, de même que la montée en puissance des idéologies éradicatrices et frappant d’apostasie quiconque prône la diversité, parallèlement, à l’accentuation dans le tiers des pays arabes ont été générés par l’injustice dans toutes ses déclinaisons», relève le texte.

D’un tel contexte d’injustice subi tant au niveau individuel qu’au niveau des peuples, deux éléments indissociables, le rapport en a analysé les conséquences sur la cause palestinienne «une parfaite incarnation de l’injustice subie par son peuple et de l’injustice qui plane sur le fonctionnement de ses éléments constitutifs», poursuit le texte. Difficile pour l’ONU de cautionner un tel constat.
Indigné par cet acte de censure, le groupe de travail, passant outre à l’interdiction de l’ONU, a décidé de publier ce rapport.

Illustration

Rima KHALAF, Haytham MANNA, Raghid ALSOLOH and Mohammad ALMARZOUKI in meeting with senior consultants of ESCWA (2016)

A propos

1- Maram Daoud est un chercheur syrien, Houda Al Masri est une militante féministe syrien.

Version anglaise et arabe

Pour aller plus loin

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