De l’usage du terme «ensauvagement» par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin

De l’usage du terme «ensauvagement» par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin

De l’usage du terme «ensauvagement» par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin 1238 529 René Naba

De l’usage du terme «ensauvagement» par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin

M. Gérald Darmanin en faisant usage du terme d’ «ensauvagement», pour désigner des actes d’incivilités, perpétue une démarche de stigmatisation à l’égard des « basanés » qui a ponctué le XX ème siècle avec le terme bougnoule jusqu’au sauvageon. Le comportement du nouveau ministre de l’Intérieur révèle une permanence d’une posture de mépris d’une fraction de l’élite française à l’égard de la composante bariolée de la population française, dont bon nombre de nostalgiques de l’Empire s’imaginent encore qu’elle est constituée d’une blancheur immaculée.

Certes, toute conscience se pose en s’opposant. Mais en pointant l’ensauvagement, autrement dit les nouveaux barbares, Gérald Darmanin sollicite trop ses origines mixtes, non exclusivement européennes pour se livrer à un « zèle du néophyte ». Autrement dit pour signifier qu’il est pleinement intégré et admis non seulement au sein de la communauté française, mais également au sein de la technostructure décisionnaire; plus crûment qu’il est pleinement blanc, et donc apte à exercer ses responsabilités sur un corps de l’état, réputé pour ces « délits de faciès et autres ratonnades … depuis Vichy en passant par la guerre d’Algérie jusqu’à nos jours, dont l’affaire Cédric Chouviat n’en est que l’illustration la plus récente.

Ce faisant, il vise aussi à couper l’herbe sous les pieds du Front National dans la perspective des prochaines élections régionales et présidentielles, en développant une thématique proche du parti d’extrême droite.

Un débat cyclique

Le débat est cyclique, comme une fuite en avant, comme pour détourner l’attention sur les graves problèmes structurels de la France, le déficit abyssal de ses finances publiques, la faillite et l’impunité de ses élites, la délitescence de son tissu social, la docilité de sa presse, l’inconsistance du débat public inter partisan, la nécrose de ses circuits de décision, comme en témoigne le déclassement de la France au 7ème rang des puissances économiques mondiales, en 2017, désormais surpassée par l’Inde, une ancienne colonie occidentale.

Le débat est cyclique sur une thématique unique dans ses diverses déclinaisons, le voile, la burqa, les minarets, le rôle positif de la colonisation, comme une fuite en avant, comme pour occulter l’essentiel, la dette d’honneur de la France à l’égard de ses immigrés, tant pour la défense de son indépendance, –à deux reprises au cours d’un même siècle, durant les deux guerres mondiales, fait rarissime dans l’histoire–, que pour leur contribution au rayonnement de la France à travers le Monde.

L’œuvre salutaire qu’il est prioritaire d’initier est non un travail d’exaltation chauvine propice à tous les débordements, mais un travail de «déconstruction» des mythes fondateurs de la grandeur française, une lecture fractale de l’histoire de France, afin de fonder l’identité nationale sur une connaissance concrète et non sublimée de l’histoire de France et de cimenter l’unité nationale par la prise en compte des diverses composantes de la population nationale et non sur la stigmatisation du métèque.

Les explications culturalistes masquent mal une survivance d’une forme d’ethno-graphisme colonial, qui explique la sur-réaction psychologique des faits arabes et musulmans dans l’opinion occidentale, particulièrement française, au-delà de la prégnance d’un comportement néocolonialiste dans l‘approche des problèmes du Monde arabo africain, particulièrement en France.

Mais l’exception française si hautement revendiquée d’une nation qui se réclame de la grandeur est toutefois antinomique d’une culture de l’impunité et de l’amnésie, –la fameuse théorie du «fusible à la française et son corollaire le borborygme insupportable «responsable mais pas coupable »- une culture érigée en un dogme de gouvernement et, à ce titre, incompatible avec la déontologie du commandement et les impératifs de l’exemplarité.

N’y voyons aucune interférence partisane ou électoraliste, mais quiconque soucieux du rang de la France, -Français de souche ou Français de choix-, se doit de se livrer à une telle introspection, une mesure de salubrité publique, tant il est vrai que l’histoire d’aujourd’hui est la mémoire de demain et qu’il importe d’être vigoureux dans la dénonciation des dérives contemporaines pour prévenir de douloureuses réminiscences de la mémoire future.

Pour aller plus loin sur ce thème

René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l'Association d'amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Editorialiste Radio Galère 88.4 FM Marseille Emissions Harragas, tous les jeudis 16-16H30, émission briseuse de tabous. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

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