L’armée libanaise dans la guerre de 2024-2025 : un rôle marginal
Ou l’Histoire non autorisée de l’armée libanaise.
Une histoire non autorisée n’épouse pas la version officielle propagée envers un sujet, mais conte la véritable histoire sans fard, sans autorisation.
« Je sais aujourd’hui qu’il est dangereux de vivre une vie qui se déroule dans les coulisses de la vie. » – Paul Nizan
https://www.madaniya.info/ consacre un dossier en trois volets sur le Liban sous le mandat du tandem, Joseph Aoun, président de la République, Nawaf Salam, premier ministre, un duo sous la tutelle saoudo-américaine.
Sous la pression conjointe des États-Unis et de l’Arabie saoudite, le gouvernement libanais a souscrit le 7 Août 2025 aux injonctions des nouveaux tuteurs du Liban prévoyant le désarmement du Hezbollah, mais la formation paramilitaire chiite a rejeté cette décision qu’elle considère comme devant aboutir à la confiscation pure et simple de ses armes, de priver le Liban de toute défense crédible envers Israël et de fragiliser les chiites libanais, la communauté majoritaire sur le plan démographique, en la plaçant sous l’arbitraire traditionnel du pouvoir à son égard. Cette épineuse question est loin d’être résolue et pourrait dégénérer en conflit interne en raison des fortes suspicions que porte une fraction de la population libanaise sur l’armée depuis l’indépendance du pays en 1943.
Le désarmement du Hezbollah, une décision scélérate
Le raid israélien sur Qatar a surtout placé en porte à faux le premier ministre libanais Nawaf Salam en ce que le Liban ne dispose pas d’autant d’arguments que la principauté gazière, alors qu’il s’applique à vouloir, contre toute vraisemblance, désarmer le Hezbollah, en plein déchaînement belliciste israélien.
L’aide américaine ne vise pas spécifiquement à renforcer l’indépendance du Liban, mais implicitement l’indépendance de l’armée vis à vis du pouvoir politique
Le premier ministre libanais Nawaf Salam, homme lige des Saoudiens, le pire premier ministre de l’Histoire du Liban.
Les souverainistes libanais ne sont pas des reptiles, ils ne rampent pas; ils sont des serpillères, leurs bailleurs de fonds s’essuient les pieds dessus. Un constat d‘une rare cruauté.
Que le chef de file de la campagne visant au désarmement du Hezbollah soit Samir Geagea, le chef des Forces Libanaises, le fossoyeur du leadership chrétien, un parfait zombie criminogène, donne la mesure de la déliquescence morale et du délitement intellectuel du leadership tant maronite que sunnit
Le soutien américain à l’armée libanaise; un soutien intéressé et conditionné.
Le soutien américain à l’armée libanaise constitue un élément clé de l’équation libanaise. Les États Unis nourrissent l’ambition de mettre à profit cette assistance pour reconfigurer le rôle géostratégique du Liban dans la foulée de la guerre de Gaza, en 2024, de manière à servir les intérêts d’Israël, tirant avantage, pour ce faire, de la faiblesse de l’État Libanais et de la nécessité pour le Liban de bénéficier d’un considérable soutien économique pour relever le pays, sous embargo depuis dix ans.
Telle est la principale conclusion d’une étude publiée par le journal libanais Al Akhbar, en date du 3 août 2025, se fondant sur plusieurs rapports américains, notamment le «Center for American Progress», le «Forum Military Financing – FMF» et de l’ «International Military Education and Training -IMET».
Depuis la fin de la 2me guerre civile libanaise, en 1990, l’armée libanaise n’a pas été conçue pour faire office de «force de dissuasion», mais plutôt d’une force d’intervention à usage interne afin de maintenir l’équilibre inter confessionnel.
Le Financial Times, dans un rapport en date d’octobre 2024, soutient que l’armée libanaise n’a pas fait preuve d’une grande efficacité lors de la dernière agression israélienne contre le Liban, en 2024.
L’armée a joué un rôle marginal, alors que les combattants du Hezbollah faisaient front aux forces israéliennes. L’armée ne dispose pas des équipements qu’exigent la défense du territoire national, une donnée fondamentale pour toute armée à travers le Monde, écrit le quotidien anglais.
L’armée libanaise compte 80.000 hommes. Elle ne dispose ni d’une aviation, ni de fortifications,ni d’un réseau d’abris. Ses positions constituent une cible facile pour tout raid aérien. Ceci accrédite l’idée que l’armée n’est pas équipée pour assurer la défense du pays, mais plutôt pour maintenir la stabilité intérieure.
Un rapport du «Center for American Progress» précise que l’armée ne dispose que de moyens limités. Elle a pu faire face victorieusement au groupement terroriste Daech, une unique fois, en 2017, dans la région frontalière libano-syrienne, et non au Sud-Liban.
Le rapport omet de préciser que dans cette bataille dans la région frontalière libano syrienne, le Hezbollah avaient épaulé l’armée libanaise en prenant position en tenaille les terroristes islamistes.
Depuis 2006, date de la contre performance israélienne contre le Hezbollah, les États Unis ont alloué près de 3 milliards de dollars à l’armée dont 1 4 milliards entre 2005 et 2016. 236 millions dans le cadre du «Forum Military Financing (FMF) pour l’entraînement des troupes et l’ «International Military Education and Training – IMET».
Un troisième rapport, celui de «Defence, Security Cooperation Agency» précise que les États Unis ont fourni à l’armée libanaise des avions Super Tocano A 30, d’entraînement et d’attaque au sol dans le cadre de la lutte anti guérilla, des véhicules blindés de Type Humvee (High mobility multipurpose wheeled vehicle), des missiles Hellfire ainsi que des missiles de surveillance électronique. Près de 6.000 soldats libanais ont été formés aux États Unis depuis 1970.
L’assistance militaire américaine au Liban a été fournie dans le cadre d’un programme visant officiellement à renforcer la souveraineté libanaise, mais ce programme vise en fait à se substituer à l’armement du Hezbollah et non à faire office de complément à l’arsenal de la formation paramilitaire chiite.
Un 4me rapport émanant de «Responsable Statcraft» met en garde contre la répétition des schémas d’Irak et d’Afghanistan; une armée fondée par de capitaux étrangers mais dépourvue de volonté nationale, incapable de défendre la souveraineté nationale.
Le ministère américain de la Défense a, quant à lui, débloqué 95 millions de dollars pour aider l’armée libanaise à se déployer dans la région frontalière du sud Liban, à la proclamation du cessez le feu entre le Liban et Israël, à l’automne 2024, première présence de l’armée libanaise dans ce secteur névralgique depuis des décennies.
Dans le cas d’espèce, les subventions américaines répondaient à un besoin américain: la présence de militaires libanais dans la zone tampon et non à renforcer la capacité défensive du Liban
L’aide américaine n’a jamais été inconditionnelle, mais soumise à de strictes conditions politiques notamment de la mise en œuvre de la LEAVY LAW, qui interdit tout financement à un organisme suspecté de collaborer avec une «organisation terroriste».
Cette loi a permis de mettre sous surveillance des officiers de l’armée libanaise et de placer les activités de renseignement de l’armée libanaise sous contrôle américain, par le mécanisme de l’ «usage final de l’arme». (End use militari). Ce mécanisme s’applique obligatoirement à toute pièce d’arme fournie par les Américains. Il permet au gouvernement américain de conserver un contrôle absolu sur les armes, leur usage et leur destination finale.
Dans ce contexte, le rapport du Center For American Progress souligne que l’armée libanaise bénéficie d’une excellente réputation dans le contrôle de l’usage des armes. Autrement dit, le gouvernement libanais ne transfère aucune arme sans l’accord préalable des États Unis et n’en détourne pas l’usage à de tierces parties.
L’aide américaine ne vise pas spécifiquement à renforcer l’indépendance du Liban, mais implicitement l’indépendance de l’armée vis-à-vis du pouvoir politique et à développer sa propre doctrine en la matière.
Plus concrètement, l’aide américaine à permettre à l’armée libanaise d’être en position de faire face au Hezbollah. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait baissé de 80 pour cent de l’aide américaine en vue de faire pression sur le Liban et l’inciter à s’attaquer à la formation chiite.
Plus clairement encore, l’Amérique projette de faire de l’armée libanaise une force de sécurité en mesure de se substituer au Hezbollah, sans toutefois lui accorder les moyens de la dissuasion.
En dépit des sacrifices de certains de ses membres, l’armée libanaise demeure une institution soutenue financièrement mais ligotée politiquement. Une institution tributaire de la volonté des États Unis dans un pays soumis périodiquement aux agressions israéliennes à qui il est ordonné de placer sous contrôle son armement national et de ne pas en faire usage.
L’Arabie saoudite, le plus intransigeant dans le désarmement du Hezbollah
L’Arabie saoudite est le pays le intransigeant dans le désarmement du Hezbollah, qu’il veut non seulement affaiblir, mais également priver ses partisans de toute représentation parlementaire, afin de s’emparer de la présidence de la chambre des députés, poste traditionnellement dévolu à la communauté chiite en vertu de la répartition confessionnelle du pouvoir au Liban, assure le quotidien libanais Al Akhbar, en date du 13 septembre 2025, se fondant sur des documents diplomatiques occidentaux dont il a pris connaissance.
Voici son récit:
“Au printemps 2025, et pendant trois mois (Mars, Avril et Mai), le sort de l’armement du Hezbollah a fait l’objet de concertations entre les pays intéressés.
Rosemary DiCarlo, adjointe au secrétaire général de l’ONU pour les affaires politiques et la consolidation de la Paix, a fait part à ses interlocuteurs arabes et occidentaux de la détermination du président Joseph Aoun et de son premier ministre Nawaf Salam d’aller de l’avant dans son projet, mais estime que pour mener à bien son projet; il considère judicieux de l’inclure dans un processus visant à adopter une “stratégie de la défense pour le Liban” que le Hezbollah pourrait accepter à la condition expresse que son programme y consacre le rôle de la Résistance dans la défense du pays”.
“La responsable onusienne, qui avait auparavant rencontré des représentants des Etats Unis et d’Israël et des pays arabes exerçant une influence sur ce dossier avait fait valoir qu’elle ne disposait d’aucune garantie quant à l’application intégrale de la résolution du Conseil de Sécurité N0 1559.
(( NDLR La résolution 1559, adoptée le 2 septembre 2004 par le Conseil de sécurité de l’ONU, à l’initiative conjointe de la France et des Etats Unis, a soutenu la tenue d’élections présidentielles libres et équitables au Liban. Il a exhorté le gouvernement libanais à établir son contrôle sur l’ensemble de son territoire, à désarmer les milices, y compris le Hezbollah et à faciliter le retrait de toutes les forces étrangères restantes dans le pays )).
“Tout en prenant acte des progrès enregistrés par l’armée libanaise dans sa mission au Sud-Liban, elle a fait valoir que la présence d’Israël sur certaines positions du sud Liban, la détermination de l’Etat hébreu à imposer un “No man’s land” dans certains secteurs du Sud-Liban, de même que ses raids successifs contre le Liban, affaiblissent la capacité de l’Etat libanais à restaurer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national.
“Dorothy Shea, ancienne ambassadrice des Etats Unis au Liban (2019-2023), s’empresse alors de prendre la parole pour tenter de disculper les Etats Unis, de la responsabilité de cette situation: Israël a accordé un délai au gouvernement libanais afin qu’il exerce un contrôle total sur son territoire. Il est donc clair que le gouvernement libanais ne doit pas tolérer que le Hezbollah puisse détenir encore des armes et de reconstituer ses forces. Les Etats Unis trouvent légitimes toutes les appréhensions israéliennes face aux menaces que fait peser le Hezbollah.
Dorothy Shea a été le plus ferme partisan de l’élection du Général Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée, à la présidence de la République libanaise, et le plus ferme soutien de l‘armée libanaise.
Se prévalant de son expérience des affaires libanaises, Dorothy Shea a fait valoir à ses interlocuteurs que “La totalité des gouvernements successifs ont fait défaut à affronter le Hezbollah, ce qui a contribué à soumettre le Liban à la volonté de l’Iran”’.
Par son intervention, Dorothy Shea ne cherchait pas tant à faire pression sur Israël que sur le Liban. Elle tance ses interlocuteurs en ces termes: “Il est temps que tous les pays qualifient le Hezbollah d‘organisation terroriste”.
Les délégués de la Russie et de la Chine ont plaidé en faveur de la nécessité de convaincre Israël de se retirer du Liban et de cesser ses agressions. Le délégué du Royaume Uni a opiné dans le sens de son collègue américain.
Quant au délégué français, il a estimé que tant qu’Israël ne respectait pas les conditions prévoyant le retrait de ses forces, cela compliquait quelque peu la situation.”Le respect par Israël de l‘accord est essentiel pour affaiblir l’argumentaire du Hezbollah qui se présente comme une force de résistance patriotique contre l’occupation israélienne.
Les raisons de la phobie anti Hezbollah. Le Hezbollah et sa «dissuasion asymétrique»
La phobie anti Hezbollah s’explique par sa novation stratégique dans sa confrontation avec l’Etat Hébreu: En initiant une dissuasion asymétrique, fondée sur une riposte balistique, le Hezbollah a modifié les règles du combat dans sa confrontation avec Israël, une puissance nucléaire créditée parmi les plus grandes armées de l’Hémisphère Sud.
En obtenant le dégagement militaire israélien du Liban sans négociation ni traité de paix, en 2000, la formation chiite a propulsé le Liban à la fonction de curseur diplomatique régional, et, dans l’histoire du conflit israélo-arabe, le standard libanais au rang de valeur d’exemple, tant cet exploit a revêtu dans la mémoire collective arabe un impact psychologique d’une importance comparable à la destruction de la ligne Bar Lev, lors du franchissement du Canal de Suez, lors de la guerre d’octobre 1973. Récidiviste huit ans plus tard, le Hezbollah initiera, face à la puissance de feu de son ennemi et à l’hostilité quasi générale des monarchies arabes, une nouvelle méthode de combat, concevant un conflit mobile dans un champ clos, une novation dans la stratégie militaire contemporaine, doublée d’une audacieuse riposte balistique, à la grande consternation des pays occidentaux et de leurs alliés arabes.
Pour mémoire, le retrait militaire israélien du sud Liban, en l’an 2000, a été le fait du Hezbollah et non de l’armée libanaise et dans l’ordre symbolique, Beyrouth Sud, la banlieue chiite de la capitale libanaise, s’est substituée, corrélativement et inexorablement à Beyrouth Ouest comme fief de la résistance à Israël, une fonction exercée auparavant par le secteur sunnite de la capitale, lors de l’invasion israélienne du Liban, en 1982.
L’intransigeance saoudienne
L’Arabie saoudite ne s’est pas contentée d’inciter les Libanais à réclamer le désarmement du Hezbollah, qu’il veut non seulement affaiblir, mais également priver ses partisans de toute représentation parlementaire afin de s’emparer de la présidence de la chambre des députés, poste traditionnellement dévolu à la communauté chiite en vertu de la répartition confessionnelle du pouvoir au Liban. Le Royaume est pleinement impliqué dans cette affaire, au même titre que les Etats Unis et Israël.
“Le remplacement du responsable au dossier Liban en Arabie saoudite ne répondait pas au souci de désigner une personnalité jouissant de la confiance du prince héritier saoudien, Mohamad Ben Salmane, mais de missionner à cette tâche, une personnalité résolument hostile au Hezbollah, disposant par ailleurs de solides relations avec les Américains en charge du dossier Liban
“Les contacts entre Yazid Ben Farhane, le délégué saoudien, et les Israéliens sont assurés via plusieurs canaux. Israël compte beaucoup sur le rôle de Riyad dans ce dossier, notamment la réactivation de la clientèle libanaise des Saoudiens en vue de faire pression sur ce sujet auprès des pouvoirs pubiics
“L’Arabie saoudite a engagé un vaste programme financier en prévision des élections législatives libanaises, qui auront lieu en 2026, déblayant le terrain à une grande confrontation de ses alliés libanais avec le Hezbollah à l’occasion de ces élections.
“Un budget a été affecté à ce projet. Mais les subventions ne seront versées qu’en vertu de prestations exécutées par les bénéficiaires dans leur combat contre le Hezbollah”. Autrement dit, les libanais seront payés à l’acte. Du pur mercenariat.
Nul parmi les “souverainistes” libanais ou les “grandes démocraties occidentales” ne s’est offusqué de ce qui peut apparaître comme une ingérence flagrante dans les affaires intérieures d’un état souverain, en ce que cette intransigeance, voire même cet acharnement, pourrait s’expliquer par la volonté du Royaume d’éradiquer toute idée de lutte armée dans le Monde arabe de crainte qu’une contamination de la population saoudienne ne se retourne contre la dynastie wahhabite.
Un acharnement d’autant plus véhément que ce bouleversement psychologique et stratégique est le fait d’une formation chiite, un segment minoritaire de l’Islam, ce qui pourrait remettre en question le primat du trône Wahhabite sur le Monde musulman.
Un observateur avisé de la vie politique libanaise dressera le constat suivant des “‘souverainistes libanais”: “Les souverainistes libanais ne sont pas des reptiles, ils ne rampent pas; ils sont des serpillères, leurs bailleurs de fonds s’essuient les pieds dessus”. Un constat d‘une rare cruauté.
L’ Arabie saoudite: Nawaf Salam, l’homme de la situation, « le chef suprême des Sunnites du Liban ».
“L’Arabie saoudite considère que le premier ministre libanais Nawaf Salam est l’homme de la situation. Pour ce faire, elle a contraint les personnalités sunnites libanaises à se ranger derrière le chef du gouvernement et à le considérer comme “le chef suprême des Sunnites du Liban”.
“Mais alors que les Occidentaux estiment que le Hezbollah, affaibli, n’est plus en mesure de “renverser la table”, le Royaume incite ses partisans à la confrontation avec le Hezbollah. Ceux qui veulent combattre le Hezbollah trouveront des puissances auprès d’eux”, laissent entendre les Saoudiens en faisant allusion à Israël.
A l’intention du locuteur arabophone, pour aller plus loin sur cette affaire, cf ce lien.
La politique du gros bâton
Les États-Unis disposent d’un formidable panel affecté à son soft power: Hollywood, ses paillettes, son glamour; ses universités parmi les plus prestigieuses du monde, Massachusetts Institute of Technology (MIT), Harvard, Stanford, Yale, Princeton, etc.. ses découvertes, de l’ordinateur, au laser, à l’optronique, à l’intelligence artificielle…etc.
Mais les États Unis ne rechignent jamais à faire usage de la force pour imposer leur vue. La «doctrine du Big Stick», ou «politique du Gros Bâton », est une approche de la politique étrangère qui prône la combinaison de négociations pacifiques avec la menace implicite de la force militaire.
Elle trouve ses origines chez Theodore Roosevelt, président des États-Unis de 1901 à 1909, et demeure un concept significatif de l’histoire de la politique étrangère de la nation.
A- Les origines du concept
À la fin du 19e siècle, les États-Unis, sous l’administration de William McKinley, ont remporté une guerre contre l’Espagne — la guerre hispano-américaine de 1898 — et ont commencé à exercer leur contrôle sur Cuba, Porto Rico et les Philippines.
En 1901, Theodore Roosevelt, successeur de McKinley, a nuancé le concept, estimant que la simple menace d’une action militaire potentielle, si les négociations n’étaient pas fructueuses, suffisait souvent.
Roosevelt a exposé ses vues à travers un proverbe ouest-africain dont il était friand:« Parle doucement et porte un gros bâton; tu iras loin». Lorsque Roosevelt est arrivé au pouvoir, il considérait les États-Unis comme le «policier» de l’hémisphère occidental.
De nos jours, avec la présidence tonitruante de Ronald Reagan, de Georges Bush jr et surtout de Donald Trump, et l’extension de la politique du gros bâton à la “ théorie du Fou ”, la force brutale est devenue la norme de la diplomatie américaine.
B- Les ravages de la superpuissance mondiale.
Les États-Unis auraient provoqué des «changements de régime» dans plus de 70 pays depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières années, les États-Unis ont été impliqués directement ou indirectement dans des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, au Yémen, en Somalie, en Ukraine, auparavant en Iran (Mossadegh-1953) et au Guatémala (1954) et au Liban (1975-1990) et au Vietnam (1986_1975), sans parler du plan Condor de subversion anti communiste en Amérique Latine, dans la décennie 1970.
Depuis 2001, soit depuis le raid terroriste du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, –effectué, fait-il rappeler, par ses anciens pupilles–, les États-Unis et leurs alliés ont largué au moins 326 000 bombes et missiles sur des pays de la région Moyen-Orient élargi/Afrique du Nord. C’est la conclusion des nouvelles recherches de Medea Benjamin et Nicolas J.S. Davies du groupe anti-guerre CODEPINK. L’Irak, la Syrie, l’Afghanistan et le Yémen sont les pays qui ont le plus souffert de la violence, mais le Liban, la Libye, le Pakistan, la Palestine et la Somalie ont été également visés. En moyenne, 46 bombes ont été larguées par jour au cours des 20 dernières années.
La conclusion qui s’impose est que le désarmement du Hezbollah apparaît à bien des égards comme une décision scélérate en ce qu’elle constitue un coup de poignard dans le dos d’une formation qui constitue l’ultime digue de retenue face au grand naufrage arabe et qu’elle réduirait, corrélativement, le Liban à un état de servitude éternelle.
Mission suicidaire s’il en est que la hiérarchie militaire libanaise a menacé de démissionner si l’ordre lui était donné de désarmer le Hezbollah de force.
Sur ce point, cf ce lien pour le locuteur arabophone : Liban armée le commandant en chef de l’armée menace de démissionner.
Que le chef de file de la campagne visant au désarmement du Hezbollah soit Samir Geagea, le chef des Forces Libanaises, le fossoyeur du leadership chrétien, un parfait zombie criminogène, donne la mesure de la déliquescence morale et du délitement intellectuel du leadership tant maronite que sunnite.
Sur Samir Geagea, cf ce lien.
7- Le raid israélien sur le Qatar et la friabilité des garanties américaines.
Le raid israélien sur la Qatar, le 9 septembre 2025, a révélé la friabilité des garanties américaines, dont pensaient bénéficier les pétromonarchies du golfe de la part de leur protecteur américain, particulièrement le Qatar, qui abrite la plus importante base américaine hors des Etats Unis, la base du commandement central américain (Centcom), le maillon intermédiaire entre l’OTAN et l’OTASE, la base d’ Udeid, à 30 kms de Doha.
De surcroît, le partenaire majeur des Américains dans l‘évacuation des Occidentaux de Kaboul dans la foulée du désastre afghan et de la prise du pouvoir par les Talibans, ainsi que dans les négociations entre Israël et le mouvement palestinien Hamas en vue de mettre un terme à la guerre de Gaza.
Depuis l’avènement de la République islamique d’Iran, en 1979, les pétromonarchies se sont dotés d’un arsenal considérable dans l’hypothèse d’une agression de leur voisin chiite, mais le coup de poignard dans le dos a été planté par Israël, le meilleur allié de leur protecteur, les Etats Unis, les plongeant dans un terrible embarras, en apportant par là même la vanité de leur argumentation en faveur d’une normalisation avec l’Etat hébreu.
Depuis le traité de paix israélo-egyptien, en 1979, Israël a attaqué l’Iran et sept pays arabes: Irak (destruction de la centrale nucléaire de Tammouz), Tunisie (Hammam al Chatt, le quartier général de l’OLP), Liban, Syrie, Soudan, Yémen enfin le Qatar. En toute impunité, avec le plein appui des Etats Unis.
L’Otan ne mène pas seulement une softwar contre le Liban, mais procède aussi à son quadrillage militaire en vue de faire plier le plus petit pays arabe, frontalier d’Israël, et de l’arrimer définitivement au giron atlantiste, dans le prolongement de la destruction de la Syrie afin de neutraliser toute menace potentielle envers l’état Hébreu en provenance de sa frontière septentrionale. L’espace aérien et maritime ainsi que les frontières terrestres sont verrouillés par les pays occidentaux, de même que les deux poumons économiques du Liban, l’aéroport et le port de Beyrouth.
Pis, des officiers américains sont présents au sein dui poste de commandement israelien chargé de diriger les raids aériens israéliens contre le Liban depuis le cessez-le-feu intervenu entre les deux pays, à l’automne 2024. Ce faisant, les Etats Unis ont cessé d’assumer leur rôle d’ “honnête courtier” entre les deux paries pour devenir “co belligérant” aux côtes de l’Etat hébreu.
Sur cette affaire cf ce lien.
Dans ce contexte, le désarmement du Hezbollah apparaît comme une décision d’autant plus scélérate que le raid israélien sur Qatar a surtout placé en porte à faux le premier ministre libanais Nawaf Salam en ce que le Liban ne dispose pas d’autant d’arguments que la principauté gazière, alors qu’il s’applique à vouloir, contre toute vraisemblance, à désarmer le Hezbollah, en plein déchaînement belliciste israélien.
Le sommet de Doha qui s’est tenu au niveau arabe et au niveau islamique dans la foulée du raid israélien sur la principauté a relevé de la gesticulation diplomatique pour la consommation intérieure, à destination de l’opinion publique des participants.
La réalité est d’une clarté limpide: l’Islam sunnite a déserté le combat. La lutte pour la libération de la Palestine est menée par le segment minoritaire de l’Islam, les Chiites (Iran, Hezbollah libanais, Houthis yéménites, hached al Chaabi irakien), en soutien aux mouvements sunnites palestiniens Hamas et Jihad islamique.
8- Nawaf Salam et ses offres de service successifs aux chefs phalangistes, Bachir et Amine Gemayel
Opportuniste à tout crin sous ces apparences académiques, ambitieux au delà de toute attente, Nawaf Salam avait fait des offres de service au chef des milices chrétiennes Bachir Gemayel et à son frère Amine, lors de l’Invasion israélienne du Liban et le siège de Beyrouth, en 1982, rapporte le politiste libano américain Assad Abou Khalil, professeur associé à l’Université de Californie à Berkeley, se fondant sur les confidences que lui avaient faites l’universitaire palestino américain Edward Saïd.
“Nawaf Salam a fait des offres de service à Bachir Gemayel, mais le chef des milices chrétiennes l’a négligé, préférant traiter directement avec les Israéliens. Nawaf a renouvelé son offre auprès d’Amine, élu Président de la république libanaise, à la suite de l’assassinat de son frère cadet, en septembre 1982, ajoute-t-il dans sa chronique quotidienne au journal Al Akhbar, en date du 16 septembre 2025.
Amine Gemayel n‘a pas daigné non plus répondre à l’offre de Nawaf Salam, qui s’est rapproché alors de Ghassane Tuéni, à l’époque ambassadeur du Liban aux Nations Unies. En vain.
Nawaf Salam rongera son frein pendant treize ans. Tenace, il renouvelle son offre auprès du premier ministre Fouad Siniora, qui avait succédé à la tête du gouvernement libanais au milliardaire saoudo libanais Rafic Hariri, en février 2005, “faisant valoir ses qualités diplomatiques”, poursuit le chroniqueur. La troisième tentative aura été la bonne
Pour le locuteur arabophone, les offres de service de Nawaf Salam aux dirigeants phalangistes Bachir et Amine Gemayel sur ce lien
“Talents diplomatiques”, qu’il dit. Coutumier de manœuvres quelque peu tortueuses et obliques, Nawaf Salam, alors ambassadeur du Liban aux Nations Unies, avait contourné, en 2005, les normes constitutionnelles libanaises pour instituer, en accord avec l’ONU, mais sans l’aval du président libanais de l’époque, le général Emile Lahoud, un Tribunal Spécial sur le Liban pour juger l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le milliardaire libano saoudien….Aux frais du contribuable libanais. Une plaisanterie qui aura coûté au trésor libanais la bagatelle d’un milliard de dollars.
Le “chef suprême des sunnites du Liban”, le parangon de la décision aberrante de désarmer le Hezbollah, devrait tirer les conséquences du bellicisme exacerbé israelien sur l‘ensemble du Moyen Orient. Pas sûr. tant sa docilité envers l‘Arabie saoudite est grande et sa quête de renommée plus grande encore. Au-delà de toute imagination.
Pour ces faits et ses méfaits, quel que soit son cursus universitaire et diplomatique, Nawaf Salam risque toutefois de passer à la postérité comme le pire premier ministre de l’Histoire du Liban…Et ce fils de la grande bourgeoisie sunnite libanaise, homme lige des Saoudiens, s’il menait à bien son dessein, apparaîtra alors comme la version vile et servile du «Bourgeois de Calais» de l’époque contemporaine.
Épilogue : L’exemple d’Abdel Mohsen Saadoun
Abdel Mohsen Saadoune (1879-1929) ancien premier ministre d’Irak sous la monarchie, durant la période du mandat britannique, se suicidera après avoir ratifié, sur ordre du Roi, le traité anglo-irakien, qu’il jugeait contraire aux intérêts de son pays. «Saadoune Street», l’artère populeuse et commerçante de Bagdad, a été baptisée de son nom en hommage à son patriotisme.
Le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam seraient bien avisés de s’inspirer de cet exemple pour espérer disposer d’une place honorable dans l’histoire, plutôt que de croupir dans les oubliettes de l’histoire à l’instar du président Amine Gemayel et de son premier ministre Chafic Wazzan, les deux signataires du premier traité de paix israélo-libanais, en 1983, abrogé par suite du soulèvement de la population de Beyrouth, première abrogation d’un traité international du fait de la volonté populaire..
Pour le locuteur arabophone, l’article d’Al Akhbar sur ce lien
Les Bourgeois de Calais étaient des notables de la ville, victimes d’un rituel de reddition imposé par le roi d’Angleterre Edward III en août 1347
Pour aller plus loin sur le Liban, cf ce dossier en cinq volets
- https://www.madaniya.info/2025/09/01/le-liban-en-contrechamp-1-5-du-quadrillage-du-liban-par-lotan/
- https://www.madaniya.info/2025/09/08/le-liban-en-contrechamp-2-5-un-pays-atteint-dhttps://www.madaniya.info/2025/09/22/
- https://www.madaniya.info/2025/09/15/le-liban-en-contrechamp-3-5-le-leadership-maronite-de-la-felonie-comme-marque-de-fabrique/
- https://www.madaniya.info/2025/09/22/le-liban-en-contrechamp-4-5-le-liban-une-passoire-beyrouth-un-nid-despion/
- https://www.madaniya.info/2025/09/29/le-liban-en-contrechamp-5-5-le-hezbollah-une-exception/
Illustration
Un drapeau libanais. Patrick Baz/AFP