Erik Prince, le fondateur de Blackwater de retour 2/2

Erik Prince, le fondateur de Blackwater de retour 2/2 1059 830 René Naba

En superposition à cet imposant dispositif, des barrages électroniques ont été édifiés aux frontières de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis pour décourager toute invasion ou infiltration.

Le barrage électronique saoudien a été édifié avec le concours des Français, celui d’Abou Dhabi, avec le concours de la firme israélienne AGT (Asia Global Technologies), dont le contrat de trois milliards de dollars concerne aussi bien la protection des frontières que la protection de quinze sites pétroliers de l’émirat, ainsi que la fourniture de Drones, les avions de reconnaissance sans pilote, de fabrication israélienne.

Faiblement peuplées, entourées de puissants voisins tels l’Iran et l’Irak, de création récente et inexpérimentées en la matière, les pétromonarchies ont longtemps confié leur protection à des pays amis aguerris, ou, à défaut, à des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes.

Les fabuleux contrats d’armement qui excédaient les capacités d’absorption des servants locaux, étaient généralement perçus comme des polices d’assurance déguisées, en raison des mirifiques rétro commissions qu’ils généraient.

La protection de l’espace aérien saoudien a été longtemps confiée aux aviateurs pakistanais, le territoire national du Sultanat d’Oman aux bédouins de la Légion Arabe jordanienne, les mercenaires occidentaux se chargeant du reste, avec une répartition des rôles entre les Anglais, surtout présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe. Les Américains ayant la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.

Abou Dhabi, sous protection de mercenaires occidentaux

La protection du Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, le père de l’actuel Émir d’Abou Dhabi et ancien président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l’encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970, ont relevé de la responsabilité de «Watchguard», une des deux compagnies de mercenaires britanniques, dont le siège est à Guernesey.

Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), elle passe pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique.

Outre Blackwater, qui s’est fâcheusement illustrée en Irak, les États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées militaires: Vinell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international.

Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobar en 1995, a la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel de l’armée de l’air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes.

Cf à ce propos: Un Émirat sous protection de mercenaires occidentaux https://www.courrierinternational.com/article/2011/06/09/des-mercenaires-colombiens-au-secours-des-royaumes-petroliers-du-golfe

«Politics of Fears»: L’Iran, un prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes

Ainsi donc par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de «Politics of Fears», la politique de l’intimidation, qui consiste à présenter l’Iran comme un croquemitaine, l’Arabie saoudite et ses alliés pétro monarchiques ont été contraints de se doter, non d’une défense tous azimuts, mais d’une posture défensive anti iranienne, autrement dit de renforcer le royaume «face à l’Iran», puissance du seuil nucléaire, et non Israël, puissance nucléaire de plein exercice, de surcroît puissance occupante de Jérusalem, le 3me haut lieu saint de l’Islam.

Israël, le sésame magique

La raison de la complaisance occidentale à l’égard d’Abou Dhabi trouve sa raison dans la connivence souterraine entre l’Émirat et l’État hébreu. Précurseur dans le domaine de la normalisation feutrée avec Israël, Abou Dhabi a ainsi confié la protection de ses champs pétrolifères à une firme israélienne dirigée par l’ancien député de gauche Yossi Sarid.

La firme israélienne AGT a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman afin de prévenir les infiltrations hostiles. Le barrage est, en en fait, un «mur intelligent» qui recèle des caméras pouvant enregistrer les traits de visage de ceux qui touchent le mur.

Des données immédiatement transférées dans les fichiers des services de renseignements et de la police capables de déclencher une intervention des forces de sécurité». «Le maître d’œuvre du projet est la firme AGT, dirigée par Mati Kochavi, un israélien installé aux États-Unis».

Cf. «Le business secret d’Israël dans le golfe Persique». http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2010/06/25/10001-20100625ARTFIG00486-le-business-secret-d-israel-dans-le-golfe-persique.php

Mieux, Abou Dhabi a participé à des exercices aériens avec l’armée de l’air israélienne, dans des manœuvres conjointes aux États Unis et en Grèce, ce que même l’Égypte, pourtant signataire d’un traité de paix avec Israël, s’est abstenue de faire.

http://fr.timesofisrael.com/israel-volera-aux-cotes-du-pakistan-et-des-emirats-arabes-aux-etats-unis/

Épilogue

1re vérité: Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam d’une partie de son rayonnement, qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète, Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement du conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Mouqaffah, ainsi qu’Avicenne (Ibn Sinna). De même, l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plate forme iranienne.

2me vérité: Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié d’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’État hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des «Trois NON» (non à la reconnaissance, non à la normalisation, non à la négociation) avec Israël.

Il a ainsi offert à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo-iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers, compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Égypte du champ de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Égypte, le 25 mars 1979.  En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

3me vérité: Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi-siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les États-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.

Le différentiel de traitement entre Arabes et Israéliens.

Israël a bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires de 1949 à 2000,  la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue «Counter punch» en date du 30 mars 2007.

A deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du Monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran, un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

A l’apogée de la puissance occidentale, au plus fort de leur alliance avec l’Iran, ni les États Unis pas plus que la France n’ont jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime les trois îlots du golfe, propriété d’Abou Dhabi: Abou Moussa et les deux iles Tomb, occupés par le Chah d’Iran, dans la décennie 1970.

Au vu de ce qui précède, les Émirats constituent-ils vraiment un«point d’équilibre entre les continents européen, africain et asiatique»?. Un point d’équilibre ou un marche pied de l’Otan?

Un instrument d’asservissement du Monde arabe à l’hégémonie israélo-atlantiste ?

Dans ce contexte, exhorter le Hezbollah à renoncer à son arsenal militaire pour se fondre dans la vie libanaise en tant que parti politique, sans piper mot du formidable arsenal nucléaire israélien, relève sinon d’une naïveté inquiétante à tout le moins d’une mauvaise foi criante, en tout cas d’une partialité pro israélienne manifeste.

Que les roitelets du Golfe, dans cette perspective, songent au sort funeste du Chah d’Iran, l’ancien super gendarme du golfe, à celui de l’ancien président zaïrois Joseph Mobutu, interdit de séjour en France après avoir pourtant abondé la classe politique française de ses mallettes et de ses djembés ou encore à celui du fugitif tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, interdit de survoler l’espace aérien français, dans sa fuite de son pays après avoir servir de «tour operator» à la caste politique médiatique française.

Notes
  1. Blackwater de Thomas d’EVRY, journal Libération 8 mai 2007 rubriques «grands angles»
  2. «La privatisation de la violence: mercenaires et sociétés militaires privées au service du marché» par Xavier Renou en collaboration avec Philippe Chapleau, Wayne Madsen et François-Xavier Verschave. Éditions Agone (collection Dossiers noirs, 4ème trimestre 2005
  3. «The Price of Liberty: Paying for America Wars» («Le Prix de la liberté : le coût des guerres de l‘Amérique») par Robert Hormats, haut responsable de la banque d‘affaires Goldman Sachs

René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. De 1969 à 1979, il est correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France-Presse (AFP) à Beyrouth, où il a notamment couvert la guerre civile jordano-palestinienne, le « septembre noir » de 1970, la nationalisation des installations pétrolières d’Irak et de Libye (1972), une dizaine de coups d’État et de détournements d’avion, ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), la 3e guerre israélo-arabe d'octobre 1973, les premières négociations de paix égypto-israéliennes de Mena House Le Caire (1979). De 1979 à 1989, il est responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l'AFP[réf. nécessaire], puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, chargé de l'information, de 1989 à 1995. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève. Il en est en outre vice-président de l'International Center Against Terrorism (ICALT), Genève; Président de l'association caritative LINA, opérant dans les quartiers Nord de Marseille, et Président d'honneur de 'Car tu y es libre", (Quartier libre), œuvrant pour la promotion sociale et politique des zones péri-urbaines du département des Bouches du Rhône, dans le sud de la France. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut international pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est chargé de la coordination éditoriale du site https://www.madaniya.info et animateur d'une chronique hebdomadaire sur Radio Galère (Marseille), jeudi de 16H-18H.

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