Le droit de la Guerre ou la guerre au Droit 2/2

Le droit de la Guerre ou la guerre au Droit 2/2 1280 720 René Naba
Au XXIème siècle: L’émergence de l’Asie et ses répercussions sur les relations internationales.

La scène internationale est entrée en phase de dérèglement accéléré des relations internationales, conséquence des bouleversements de la géostratégie mondiale, avec l’accession de l’Asie au premier rang des continents par son importance militaire, économique et démographique.

En phase de reflux, l’Occident se trouve en état de de crispation sur le plan politique avec la montée de la xénophobie, du chauvinisme, du racisme ordinaire en somme et de violences sociales. Sur le plan diplomatique, il privilégie de plus en plus une politique de force, au détriment de la diplomatie multilatérale et de l’ordre juridique international, bafouant les règles qu’il lui-même édictées du temps de sa splendeur impériale.

L’émergence de l’Asie

Les États Unis ont mordu la poussière en Asie, à deux reprises, en moins d’un demi siècle. Par deux fois: La première fois, en 1975, au Vietnam, première victoire d’un peuple du tiers monde sur la première puissance planétaire militaire à l’apogée de la guerre froide soviéto-américaine; La deuxième fois, en 2021, en Afghanistan, face à leur ancienne créature, les Talibans, à l’apogée de l’unilatéralisme américain.

Ces deux défaites américaines en Asie, en moins d’un demi siècle, ont sérieusement terni le prestige des États Unis et retenti comme le glas du magistère impérial américain, de la même manière que la défaite française de Dien Bien Phu, en 1954, face à ces mêmes Vietnamiens, avait sonné le glas de l’Empire français.

En un siècle, l’érosion de l’Occident face à l’Asie est manifeste. Sur les sept puissances économiques mondiales du XXI me siècle figurent trois pays asiatiques: La Chine (1re), le Japon (3eme) et l’Inde (6eme), dont deux pays (Chine Inde) sous domination occidentale au début du XX me siècle, et le 3me, le Japon, vitrifié par les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki (Août 1945) et grand vaincu de la II me Guerre mondiale (1939-1945).

Indice patent de ce basculement dans la hiérarchie des puissances: Deux de ces pays asiatiques, la Chine et le Japon surpassent d’ailleurs désormais la France et le Royaume Uni, les deux pays européens qui furent à la tête des deux grands empires coloniaux au début du XX e siècle.

Au plan militaire, selon le classement 2021 établi par le site américain Global Fire Power (GFP), le podium est occupé par les États-Unis, la Russie et la Chine, respectivement 1ère, 2ème et 3ème.

L’Inde arrive en 4ème position, suivie du Japon en 5ème et la Corée de Sud à la 6ème place. La France et l’Angleterre arrivent respectivement à la 7ème et la 8ème place. Là aussi, la France et le Royaume Uni sont supplantés par 4 pays asiatiques: Chine, Inde, Japon et Corée du Sud.

Survivance d’un monde colonial révolu, la France et le Royaume Uni continuent de disposer pourtant de la qualité de membre permanent du Conseil de sécurité et non le Japon, 3ème puissance économique et 5ème puissance militaire, ni non plus l’Inde, 4ème puissance militaire et 6ème puissance économique.

Au plan économique, l’économie américaine représentait 50 pour cent de l’économie mondiale, au lendemain de la II me guerre Mondiale (1939-1945). Soixante dix ans après, elle ne représente plus que 20 pour cent de l’économie mondiale. Dans cette perspective, les États Unis (328,2 millions d’habitants) apparaissent comme une «île entre deux océans (atlantique et pacifique)» dans la vision d’une Chine qui se vit comme «l’Empire du Milieu».

Autrement dit le nouveau Centre du Monde, avec une population de l’ordre de 1.398 milliards d’habitants, soit autant que l’Union Européenne et les États Unis réunis.

L’Afghanistan, le Vietnam de l’Empire soviétique, est devenu à son tour le nouveau Vietnam américain, solidement quadrillé par des puissances nucléaires, la Chine, l’Inde et le Pakistan, désormais interlocuteurs majeurs de la scène internationale. Si l’implosion de l’Union soviétique a été le plus grand exploit des États Unis de l’après-guerre, les déboires militaires américains dans le tiers-monde dans la décennie 1980-1990 au Liban, en Somalie, en Irak, en ont quelque peu atténué les effets.

Le prestige américain a été ainsi bafoué à Beyrouth avec le retrait précipité de la Force Multinationale Occidentale, en Mars 1984, contrainte au départ du Liban par un double attentat contre les PC américains et français qui ont fait au total 299 morts; En Somalie, où l’armée américaine a opéré un retrait précipité, en Octobre 1993, à la suite d’une bataille rangée avec les milices somaliennes qui a fait 17 morts dans les rangs américains. Enfin, en Irak où le président Barack Obama a ordonné le retrait de ses troupes, le 1 er septembre 2010, sept ans après l’invasion de l’Irak, qui a coûté la vie à 4.400 soldats américains. Sans compter l’assassinat des pivots de l’influence occidentale en Asie, Anouar El Sadate, en 1981, en Égypte, Rafic Hariri en 2005, au Liban et Benazir Bhutto, en 2007 au Pakistan.

L’obsession chinoise des États Unis est si vive qu’une alliance WASP (White Anglo Saxon Protestant) a éjecté, sans ménagement, du chantier naval australien, la France, en vue de lui substituer une alliance purement anglo saxonne dans le Pacifique face à la Chine.

Puissance du pacifique de surcroît leur Alliée au sein de l’OTAN mais de culture latine–, Paris a qualifié de «coup de poignard dans le dos» la substitution du Royaume Uni et des États Unis à la France d’un contrat de 35 milliards de dollars visant à fournir 15 sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie.

L’accord AUKUS (pour «Australia», «United Kingdom» et «United States»), mis en place pour contrer la Chine, est une alliance entre ces trois «démocraties maritimes». signifie de fait une marginalisation de la France et de l’Europe dans l’espace indo-pacifique, un vaste espace maritime, allant de la côte est de l’Afrique à la façade Pacifique des États-Unis. Une région clé du XXIe siècle.

Le bloc rival a d’ailleurs riposté sans délai en décidant l’inclusion de l’Iran au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai (qui groupe la Chine, la Russie, le Pakistan, l’Iran et les quatre anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan).

Pour aller plus loin sur ce thème cf ce lien: États-Unis/Afghanistan 2/2: L’obsession chinoise

https://www.madaniya.info/2021/09/07/etats-unis-asie-2-2-46-ans-apres-le-vietnam-lobsession-chinoise/

Bouleversement dans l’ordre civilisationnel.

Il était généralement admis que la civilisation occidentale, -la civilisation de l’homme blanc ou caucasienne selon la terminologie américaine- était l’unique civilisation à vocation universelle, porteuse de valeurs aptes à être exporter vers d’autres zones géographiques et d’autres cultures.

Les élites du tiers monde combattaient leur occidentalisation sans pour autant rejeter la modernité: Mahatma Gandhi (Inde), Gamal Abdel Nasser (Égypte), Kwameh Nkrumah (Ghana), Jomo Kenyatta (Kenya) ont ainsi combattu le colonialisme occidental sans rejeter la modernité occidentale qu’ils souhaitaient adapter à leurs conditions.

Les nouveaux contestataires à l’ordre occidental ne combattent pas uniquement l’influence occidentale, mais remettent en cause désormais le mode de vie occidental. Dans le nouveau schéma mondial, ce bouleversement est radical. L’exemple des Talibans en est une illustration patente.

Au début du XX me siècle, «l’Homme Blanc», autrement dit d’origine caucasienne selon la terminologie américaine, représentait 28 pour cent de la population mondiale, mais contrôlait 80 pour cent du surface de la terre. AU XXI me siècle, l’équation s’est inversée: «l’Homme Blanc» ne représente plus que 18 pour cent de la population globale pour un contrôle de 30 pour cent de la superficie terrestre. Ces précisions ont été fournies par le politologue franco-libanais, Ghassane Salamé, dans un entretien au quotidien arabophone libanais «Al Akhbar», le 1er septembre 2021, (2)

Mais, paradoxalement, si l’influence occidentale est en régression à l’échelle de la planète, le capitalisme, création occidentale, a, lui, conquis les marchés y compris les plus hostiles à son idéologie dans des pays tels que la Russie ou la Chine.

Il en ressort de ce reflux occidental que la planète s’achemine vers une évanescence de la centralité de l’Homme blanc dans les relations internationales et du monde occidental dans son rôle prescripteur, avec son corollaire idéologique incarné par la «théorie du grand remplacement».

Dans cette perspective, la projection de la Chine en une puissance impérialiste résulterait d’un effet d’aubaine du déclin occidental. Un phénomène comparable à celui qui s’est produit en faveur de l’Iran en Irak à la suite de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003 et des déboires américains y afférents.

Lors du premier sommet de l’Otan tenu sous la mandature de Joe Biden, en juin 2021, la Chine a été désignée comme «menace systémique».

Lindsay Goshgarian, Directrice de programme du «National Priorities Project», et co-auteur du rapport: State of Insecurity: Le coût de la militarisation depuis le 11 septembre 2001», soutient qu’au cours des vingt années qui ont suivi le 11 septembre, les États-Unis ont dépensé 21 000 milliards de dollars pour la militarisation nationale et internationale.

Premier créancier des États-Unis, la Chine détient en effet des bons de trésor américain d’une valeur de 2 trillions de dollars (deux mille milliards de dollars) et perçoit des intérêts d’un montant de 50 milliards de dollars par an, majoritairement réinvestis dans des projets d’infrastructure en Afrique… Contrairement à la France où «les djembés et les mallettes» servent en priorité à assurer le train de vie de la classe politico-médiatique.

Or paradoxalement, l’Asie ne compte qu’un membre permanent du Conseil de Sécurité disposant d’un droit de veto, la Chine, contre trois à l’OTAN (États-Unis, Royaume Uni, France), et aucun siège à l’Afrique, continent d’un milliard de personnes, objet de la plus formidable dépossession de l’Histoire de l’Humanité et que les grandes figures tutélaires du XX me siècle sont deux personnalités du tiers monde colonisé Mahatma Gandhi (Inde) et Nelson Mandela (Afrique du sud).

Le confinement de Yasser Arafat, prix Nobel de la Paix, grave dérive du Droit international.

Georges Bush Jr (2000-2008) cautionnera le confinement par le premier ministre israélien Ariel Sharon, de Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne et néanmoins Prix Nobel de la Paix, dans son complexe de Ramallah (Cisjordanie). Cette décision a constitué une grave dérive du droit international, amorcée d’ailleurs en toute impunité par un officier fougueux au passé sanglant, confirmé par sa mise en cause dans les massacres des camps palestiniens de Sabra Chatila, en 1982, dans la banlieue sud-est de Beyrouth.

Récidiviste, dans la décennie 2010, –dans la foulée du Krach boursier de 2008, qui a provoqué la perte d’une capitalisation boursière de l’ordre de 25 mille milliards de dollars–, l’Occident, particulièrement la France, unique pays au monde se réclamant de la laïcité, instrumentalisera des groupements islamiques terroristes (Daech et Al Qaîda) pour s’emparer de la Libye et de la Syrie, instaurant la charia islamique dans ses deux pays arabes, pétroliers et sans endettement extérieur, mais proche de la Russie.

La double mandature de Donald Trump

Le mot d’ordre MAGA (Make America Great Again) traduisait déjà le pressentiment d’un possible déclassement des Etats Unis dans la hiérarchie des puissances. Exaltant le chauvinisme américain, usant de démagogie, le président Donald Trump (2016-2020), va franchir allégrement un degré supplémentaire de l’instrumentalisation de la force absolue pour contourner les normes internationales, pour combattre le Droit.

Coup sur coup, le milliardaire américain a dénoncé unilatéralement l’accord international sur le nucléaire iranien et a transféré  l’ambassade américaine à Jérusalem.

Le second mandat de Donald Trump (2024-…) a aggravé cette tendance de recourir à la force brutale unilatéraliste avec la volonté d’annexer le Groenland, le Canada et le Golfe du Mexique, la sur taxation d’office de tous les concurrents économiques des États Unis, y compris l’Inde, qui servait jusque là à la diplomatie américaine de contrepoids à la puissance chinoise; Enfin, comble de cynisme, de transformer l’enclave palestinienne de Gaza, sinistrée par la furie belliciste israélienne, en Riviera pour milliardaires, tout en menaçant de représailles les juges de la Cour Pénale Internationale qui avaient impliqué la responsabilité de dirigeants israéliens dans le carnage de Gaza.  Enfin dernier, et non le moindre, l’agressivité de l’administration républicaine envers l’amérique latine, avec le bombardement d’un cargo venzuélien, sous prétexte de lutte contre le narcotrafic, et, surtout, la réactivation d’une compagnie militaire privée, Blackwater, qui s’est illustrée de sinistre mémoire en Irak, en 2003.

Les Etats-Unis ont attaqué délibérément le Vénézuela, en septembre 2025, à deux reprises, faisant 14 morts au total. La destruction le 2 septembre 2025 d’un bateau parti du Venezuela transportant 11 personnes, posait dejà la question de la légitimité de l’opération.

En superposition Erik Prince est de retour. A Haïti ou au Salvador, en passant par le Pérou, l’Equateur, le fondateur et ancien PDG de la société de sécurité privée Blackwater a multiplié les apparitions depuis la réélection, fin 2024, de son meilleur allié à la Maison Blanche, Donald Trump, dont il est un ardent supporteur.

Les sanctions économiques, outil de la guerre moderne

En superposition, les sanctions économiques paraissent devenues un outil de la guerre moderne. Nicholas Mulder soutient dans son ouvrage “The Economic Weapon: The Rise of Sanctions as a Tool of Modern War” qu’un tiers de la population mondiale vit sous une forme ou une autre de sanctions économiques, parfois massivement meurtrières.

Les États-Unis auraient provoqué des «changements de régime» dans plus de 70 pays depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières années, les États-Unis ont été impliqués directement ou indirectement dans des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, au Yémen, en Somalie, en Ukraine, auparavant en Iran (Mossadegh-1953) et au Guatemala (1954) et au Liban (1975-1990) et au Vietnam (1986-1975), sans parler du plan Condor de subversion anti communiste en Amérique Latine, dans la décennie 1970.

Depuis 2001, soit depuis le raid terroriste du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, les États-Unis et leurs alliés ont largué au moins 326 000 bombes et missiles sur des pays de la région Moyen-Orient élargi/Afrique du Nord. C’est la conclusion des nouvelles recherches de Medea Benjamin et Nicolas J.S. Davies du groupe anti-guerre CODEPINK.

L’Irak, la Syrie, l’Afghanistan et le Yémen sont les pays qui ont le plus souffert de la violence, mais le Liban, la Libye, le Pakistan, la Palestine et la Somalie ont été également visés. En moyenne, 46 bombes ont été larguées par jour au cours des 20 dernières années.

Au Moyen orient, pas moins de six pays vivent sous blocus occidental: l’Iran depuis 1980, soit depuis 44 ans, la Syrie depuis 2011 (13 ans), Gaza depuis sa prise de contrôle par le Hamas en 2007 (24 ans), le Yémen depuis 2015 (9 ans) auparavant l’Irak de 1990 à 2010 (20 ans), enfin le Liban depuis 2019 (5 ans).

Depuis le traité de paix israélo-egyptien, en 1979, Israël a attaqué l’Iran et  sept pays arabes: Irak (destruction de la centrale nucléaire de Tammouz), Tunisie (Hammam al Chatt, le quartier général de l’OLP), Liban, Syrie, Soudan, Yémen enfin le Qatar. En toute impunité, avec le plein appui des Etats Unis.

L’Otan ne mène pas seulement une softwar contre le Liban, mais procède aussi à son quadrillage militaire en vue de faire plier le plus petit pays arabe, frontalier d’Israël, et de l’arrimer définitivement au giron atlantiste, dans le prolongement de la destruction de la Syrie afin de neutraliser toute menace potentielle envers l’état Hébreu en provenance de sa frontière septentrionale.

L’espace aérien et maritime ainsi que les frontières terrestres sont verrouillés par les pays occidentaux, de même que les deux poumons économiques du Liban, l’aéroport et le port de Beyrouth.

Le cas de l’Ukraine

La guerre d’Ukraine n’est pas accidentelle, résultant d’un dérapage fortuit ou d’un enchaînement incontrôlé des événements, ou pis d’un comportement impulsif d’un dirigeant éruptif.

Non la guerre d’Ukraine constitue un objectif majeur de la stratégie contemporaine et, face à la débâcle de l’OTAN en Afghanistan, l’enjeu central du contrôle du Heartland, le centre du Monde, en application des préconisations de Halford John Mackinder, le fondateur de la géopolitique contemporaine.

Ce professeur de géographie à Oxford University (RU) estimait tout bonnement que quiconque contrôle l’Europe de l’Est commande le cœur du Monde. Selon Mackinder, le Heartland qui représente les 2/12 de la terre est composé des continents euro-asiatiques et africains. Il est donc impératif de tenir ce Heartland, –vaste plaine s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale qui rayonne sur la Mer Méditerranée, le Moyen Orient et le sud de la Chine– et qui a constitué la voie par excellence des invasions mongoles de l’Europe du XIII e siècle et du XIV e siècle) de Gengis Khan et de Tamerlan.

L’enjeu est donc de taille et explique la formidable guerre psychologique engagée par les médias occidentaux pour discréditer la Russie, coupable d’avoir bravé le primat de l’Otan en Europe depuis l’effondrement du bloc soviétique, en 1989, en vue de briser net le grignotage atlantiste des anciennes marches de l’Empire soviétique (Pologne, Hongrie, Pays baltes etc..).

A ce titre, la guerre d’Ukraine, par ses excès de langage et ses omissions, a constitué une parfaite illustration du discours disjonctif occidental et révélé le tréfonds de la pensée d’une fraction de l’élite occidentale.

Désigné communément dans le jargon journalistique de «double standard», le discours disjonctif est un discours prônant la promotion des valeurs universelles pour la protection d’intérêts matériels. Il est en fait un discours en apparence universel mais à tonalité morale variable, adaptable en fonction des intérêts particuliers des États et des dirigeants. Dans un monde où l’hypocrisie n’est pas de mise, un tel double langage est plus crûment qualifié de duplicité ou d’hypocrisie.

Il n’empêche, la Russie a été traitée en paria, objet de sévères sanctions économiques de la part des pays occidentaux,  exclue des Jeux olympiques de Paris, en 2024.

Mais la guerre d’Ukraine a donné l’occasion aux pays au Sud Global de donner un avertissement sans frais aux pays occidentaux en refusant de rallier leur thèse sur cette affaire et, surtout, en refusant de boycotter la Russie.

En contrechamps, Israël continue de bénéficier d’une grande indulgence de la part des “‘grandes démocraties occidentales”, massivement soutenu militairement, sans doute, par une sorte de “solidarité expiatoire”’ des Occidentaux envers le génocide hitlérien.

”Le génocide de Gaza montre que l’Holocauste n’est pas destiné à prévenir les génocides, mais à les perpétuer, pas plus qu’à comprendre le passé, mais à manipuler le présent”, pour reprendre l’expression de Chris Hodges dans un article intitulé “la mort de l’industrie de l’holocauste”. Le génocide de Gaza que l’historienne Annie Cohen Solal qualifie de “Guernica”, par référence aux massacres des espagnols par les troupes franquistes durant la guerre d’Espagne, en 1936.

L’intégralité de l‘article de Chris Hodges pasteur fondateur de l’Église des Highlands,en Alabama (USA)  sur ce lien:

https://www.mondialisation.ca/la-mort-de-lindustrie-de-lholocauste/5701712?doing_wp_cron=1757910120.6188640594482421875000

L’article d’Annie Cohen Solal, professeur émérite à l’Université Bocconi de Milan, dans le Monde en date du 17 septembre 2025, sur ce lien:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/17/annie-cohen-solal-historienne-comment-aborder-les-affrontements-en-passe-de-dechirer-a-jamais-le-peuple-juif_6641472_3232.html

Une question se pose toutefois: Comment réagirait le bloc occidental à la récupération de la Chine de Taiwan, qu’elle considère comme relevant de son territoire national ?

Par la saisine du Conseil de Sécurité de l’ONU? Par la saisine de la Cour Pénale Internationale? Autant d’institutions bafouées par les Occidentaux pendant des décennies en toute impunité? Quel crédit aura la protestation occidentale devant ce coup de force, identique en tous points aux coups de force occidentaux depuis des siècles, alors que l’un des segments majeurs de l’OTAN, l’Europe est en train de subir un triple choc : militaire, économique et idéologique » et que les tensions à l’Est, avec la Russie, comme à l’Ouest, avec l’Amérique, mettent à l’épreuve le modèle européen.

https://www.lemonde.fr/livres/article/2025/09/18/europe-la-vie-sans-les-etats-unis-mode-d-emploi_6641619_3260.html

De ce panorama des relations internationales, il en découle que les États-Unis, le “chef du Monde libre”, et Israël, “l’unique démocratie du Moyen Orient” ont des comportements d’états voyous et pour de nombreux censeurs de ces deux pays à travers le monde, sont des états voyous.

Toute la question est de savoir si le privilège du génocide hitlérien dont se prévaut Israël pour justifier son comportement sera constamment opérant?

A en juger par les réactions de plus en plus nombreuses dans les pays occidentaux, il est à craindre que les abus commis par les Israéliens, l’immunité et l’impunité de l’État Hébreu seront de moins en moins systématiques et opérantes. Autrement dit, la guerre de Gaza pourrait mettre un terme à l’impunité et à l’immunité dont a bénéficié Israël depuis sa création en 1948.

Illustration

Donald Trump a proposé un plan de paix pour Gaza au leader israélien Benyamin Netanyahou ce lundi. (WIN MCNAMEE/Getty Images Via AFP)

René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. De 1969 à 1979, il est correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France-Presse (AFP) à Beyrouth, où il a notamment couvert la guerre civile jordano-palestinienne, le « septembre noir » de 1970, la nationalisation des installations pétrolières d’Irak et de Libye (1972), une dizaine de coups d’État et de détournements d’avion, ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), la 3e guerre israélo-arabe d'octobre 1973, les premières négociations de paix égypto-israéliennes de Mena House Le Caire (1979). De 1979 à 1989, il est responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l'AFP[réf. nécessaire], puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, chargé de l'information, de 1989 à 1995. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève. Il en est en outre vice-président de l'International Center Against Terrorism (ICALT), Genève; Président de l'association caritative LINA, opérant dans les quartiers Nord de Marseille, et Président d'honneur de 'Car tu y es libre", (Quartier libre), œuvrant pour la promotion sociale et politique des zones péri-urbaines du département des Bouches du Rhône, dans le sud de la France. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut international pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est chargé de la coordination éditoriale du site https://www.madaniya.info et animateur d'une chronique hebdomadaire sur Radio Galère (Marseille), jeudi de 16H-18H.

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