De la convergence entre sionisme et islamophobie

De la convergence entre sionisme et islamophobie

De la convergence entre sionisme et islamophobie 938 400 La Rédaction

par Jose Luis Moragues (Campagne Civile pour la protection du peuple palestinien-CIPPP34) (1).

….« Depuis le 11 septembre 2001, le racisme à l’égard des arabes et des musulmans s’est épanoui sans vergogne jusqu’au plus haut niveau de l’état, dans la droite comme dans la gauche. Convergeant avec l’héritage colonial français qu’il nourrit et revigore, ce racisme s’exprime sous des formes nouvelles. Les campagnes menées sur la question emblématique du foulard ou de la longue jupet d’attaques constantes, sont une des manifestations de ce nouveau racisme « respectable » : l’islamophobie.
La pénétration du racisme sioniste vient nourrir l’islamophobie et dans une formulation essentialiste considère «qu’au fond les musulmans ont tendance à être des antisémites »…

Note de la rédaction

Du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions)
La pantalonnade de la firme de télécommunications française Orange devant les oukazes d’Israël remet d’actualité le combat opiniâtre mené par la société civile de divers continents en vue de faire respecter le Droit international notamment en ce qui concerne. Un combat, dont le fer de lance est le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).
BDS regroupe 171 organisations, y compris juives progressistes et israéliennes d’extrême gauche. Mais ce conglomérat hétéroclite ne prêche que les convaincus et le vrai danger pour l’Etat hébreu se trouve ailleurs : dans le fait que l’opinion mondiale, fatiguée de voir les gouvernements successifs poursuivre la colonisation, décide de passer aux sanctions.

Créé en 2005 en Cisjordanie par un conglomérat d’organisations civiles, Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) a pris le relais de la deuxième Intifada pour mettre fin à l’occupation israélienne par la « résistance populaire non violente ». Sur le terrain, l’Autorité palestinienne (AP) organise régulièrement des campagnes de destruction de produits israéliens vendus dans les Territoires. Mais ces opérations de propagande dûment médiatisées ne durent jamais longtemps, puisque le marché cisjordanien est captif : sans fournitures israéliennes, les rayons des magasins seraient vides. Au fil du temps, relayé par des associations pro palestiniennes à l’étranger, BDS s’est étendu aux cinq continents. Sans perturber l’économie israélienne, puisque les exportations vers les pays membres de l’OCDE n’ont pas cessé d’augmenter depuis dix ans.

Pourtant, BDS a remporté plusieurs victoires. Surtout sur les campus universitaires anglo-saxons, où des syndicats d’étudiants et des enseignants ont coupé toute relation avec leurs homologues israéliens. Mais également sur le terrain économique : fin 2014, le numéro 1 mondial des machines à gazéifier les boissons, Soda Stream, a fermé son usine de Mishor Adoumim, une colonie israélienne de Cisjordanie, suivi par plusieurs autres entreprises qui se sont repliées derrière la ligne verte, la limite de l’Etat hébreu avant la guerre des Six Jours (juin 1967). Il y a quinze jours, des informations filtrant du siège de Ahava, une grande marque israélienne de produits de beauté, laissaient entendre que cette entreprise franchirait également le pas dans les prochaines semaines.

De même, SuperValu (223 magasins de vente), le plus grand détaillant alimentaire d’Irlande abandonne les produits israéliens, alors que les boycotts européens se développent et le célèbre rugbyman du Leinster, Gordon D’Arcy, membre de l’équipe nationale irlandaise, a carrément appelé au boycott. Les exportateurs de fruits et de légumes israéliens ont ainsi été confrontés à des annulations des pays scandinaves, du Royaume-Uni, de la Belgique et de l’Irlande. Un article publié dans The Marker le 27 juillet 2014 détaille la manière dont le producteur de jus de fruits israélien Priniv a perdu un contrat important avec une entreprise en Suède après avoir repoussé leur demande d’exporter le produit de telle sorte qu’il serait plus facile de cacher le fait qu’il était produit en Israël. Le directeur de Priniv, Ido Yaniv, a attribué la baisse des ventes à l’attaque d’Israël sur Gaza.
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Mais Quid de la France ?

LES FAUSSES ACCUSATIONS D’ANTISÉMITISME SONT À DÉNONCER, CONDAMNER ET COMBATTRE, D’OÙ QU’ELLES VIENNENT.

La plainte calomnieuse et mensongère, première du genre, de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) contre deux porte-parole du Comité BDS France 34, (boycott, sanction, désinvestissement) révèle dans le contexte d’après les attentats meurtriers de janvier 2015 contre la revue satirique Charlie hebdo, la convergence du courant sioniste avec le courant islamophobe dans le mouvement de solidarité à la Palestine.

La pression exercée par la banalisation et l’acceptation des thèses sionistes dans l’idéologie dominante produit un effet de percolation par lequel le sionisme pénètre et transforme les valeurs du mouvement de solidarité. Le racisme sioniste qui s’exprimait jusqu’ici sur le mode : arabes = terroristes se décline désormais sur le mode : terroristes = islamistes, faisant de l’islamophobie le principal vecteur de protection du sionisme et de la pseudo-lutte contre l’antisémitisme le fer de lance d’une attaque de grande ampleur contre l’antisionisme authentique.

Leur cible n’est autre que la campagne BDS Palestinienne qu’ils veulent faire taire et empêcher d’agir par tous les moyens.

D’habitude ce sont les organisations sionistes (le CRIF et ses satellites) qui qualifient d’antisémite toute personne qui ose publiquement critiquer la politique de l’état d’Israël, à plus forte raison l’état d’Israël lui-même. Ainsi des anathèmes sionistes ont-ils été prononcés contre Edgar Morin, Siné, Pascal Boniface, Daniel Mermet et bien d’autres moins connus. Toutes ces personnes ont été blessées et se sont senties salies par ces fausses accusations malgré les procès gagnés.

L’« incitation à la haine raciale » sur fond d’antisémitisme est la plainte portée contre plusieurs militants BDS qui ont dû également affronter en procès ces infâmes accusations. Grâce à la circulaire Michèle Alliot-Marie, non abrogée par l’actuelle ministre de la justice, Mme Christiane Taubira, circulaire qui incite les parquets à la répression, plusieurs d’entre eux ont été condamnés en première instance (appels en cours).

L’été 2014, le gouvernement socialiste sous la houlette du tandem François Hollande et Manuel Valls a ouvertement soutenu l’agression israélienne contre la Bande de Gaza, interdisant deux manifestations et inculpant plusieurs manifestants.

Chacun se souvient du toast de François Hollande à Benyamin Netanyhaou « Je trouverai toujours un chant d’amour pour Israël et ses dirigeants » et de M. Valls déclarant : « de par ma femme je suis éternellement lié à Israël ». L’instrumentalisation des attaques criminelles de janvier 2015 ont permis à M. Valls d’affirmer son adhésion aux thèses sionistes lesquelles, depuis des années, tentent de faire passer pour antisémitisme toute critique du sionisme.

Nous sommes donc dans une situation où, au plus haut niveau de l’état français, l’État d’Israël et donc le sionisme, sont reconnus, adoptés, et même glorifiés. Nous sommes loin de la décennie 1970 où l’Assemblée Générale de l’ONU adoptait une résolution selon laquelle : « Le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale » (1).

Les sionistes et leurs alliés états-uniens ont depuis réussi à faire annuler ces prises de positions alors même que l’État d’Israël n’a cessé de renforcer et de prouver sa nature raciste et d’apartheid. Si bien qu’aujourd’hui, 11 septembre et néo-conservateurs états-uniens aidant, les valeurs défendues par Israël et donc les valeurs du sionisme, dont le racisme, ont pénétré (à des degrés divers) les États, les partis, les syndicats et les sociétés civiles occidentales.

Ainsi depuis le 11 septembre 2001, le racisme à l’égard des arabes et des musulmans s’est épanoui sans vergogne jusqu’au plus haut niveau de l’état, dans la droite comme dans la gauche. Convergeant avec l’héritage colonial français qu’il nourrit et revigore, ce racisme s’exprime sous des formes nouvelles.

Les campagnes menées sur la question emblématique du foulard et de la jupe longue, objet d’attaques constantes, sont une des manifestations de ce nouveau racisme « respectable » : l’islamophobie.

La pénétration du racisme sioniste vient nourrir l’islamophobie et dans une formulation essentialiste considère « qu’au fond » les musulmans ont tendance à être des antisémites, les jeunes issus des quartiers populaires en particulier.

Ainsi la présidente de la LDH Montpellier (2), parlant de ces jeunes écrit dans un mail du 25 juillet 2014 «(…) ces jeunes français, ou vivant en France (…)?!) et répondant au courrier indigné par la plainte de la LDH contre les deux porte-parole du BDS FRANCE34 d’un représentant du MAN, elle conclut : « J’espérais également une autre attitude de la part de membres de BDS, à savoir une attitude clairement antiraciste. 
Le mal est peut être plus profond que ce que je ne le croyais ». M. Valls comme ses amis du CRIF, déclarent que l’antisionisme est la première étape vers l’antisémitisme.

Bonne élève, la LDH34 écrit « qu’elle a été confrontée à ce glissement qui peut s’opérer de l’antisionisme radical à l’antisémitisme/négationnisme (…)» et que si on creuse les positions des membres du BDS France 34, « au fond », on trouve l’antisémitisme. Dans cette croyance réside sans doute l’acharnement à porter une plainte pour des motifs démesurés et sans aucun fondement de réalité.

Si l’on veut comprendre aujourd’hui la recomposition des clivages au sein du mouvement de solidarité à la Palestine et les attaques contre le BDS, nous devons intégrer cette donnée : dans certains milieux politiques et associatifs de gauche, le « racisme respectable » qu’est l’islamophobie, héritage colonial, se nourrit de connexions avec les thèses sionistes.

Si bien que l’islamophobie est dans le mouvement de solidarité à la Palestine le mode d’expression et le vecteur privilégié par lequel s’expriment les thèses sionistes et le soutien à l’État d’Israël. Le choix des cibles de la LDH34 parle de lui même : un Palestinien naturalisé français et une française née en France de parents algériens.

Le sionisme, c’est l’idée (et sa réalisation) de la nécessaire séparation des juifs de tous les autres humains et de la nécessité (au prétexte de leur « protection ») d’un état réservé aux seuls juifs. On comprendra dès lors que la question de l’existence et du soutien à l’état juif, qui est centrale pour certaines associations et partis, soit la ligne stratégique de partage au sein du mouvement de solidarité à la Palestine.

Les trois revendications fondamentales qui structurent l’appel BDS Palestinien posent les conditions d’une véritable autodétermination du peuple palestinien. Même si le BDS Palestinien considère que la discussion sur les solutions politiques -un ou deux états- n’est pas à l’ordre du jour, il est évident que les trois revendications : la fin de la colonisation, le retour des Réfugiés dans leurs maisons (et notamment dans l’actuel Israël) et l’égalité absolue pour les Palestiniens de 48 (vivant en Israël) sont inacceptables pour les tenants d’un état juif pour les juifs, tel qu’il existe depuis sa création.

bdsC’est ce qui explique qu’aujourd’hui le BDS Palestinien cristallise toutes les oppositions et qu’il soit la cible principale de ceux qui soutiennent (bruyamment, silencieusement ou indirectement) l’existence d’un état juif pour les juifs.

Le succès international de la Campagne BDS palestinienne, campagne non violente, suscite la panique dans les rangs sionistes en Israël et dans le monde entier. Ceux-ci multiplient les pressions sur tous leurs amis et alliés subjectifs ou objectifs qui ont recours à tous les moyens pour combattre le BDS Palestinien.

Le comité BDS France 34 a joué un rôle déterminant dans la Coalition contre Agrexco qui a infligé une liquidation à l’entreprise Agrexco fleuron de l’agriculture coloniale israélienne. Il mène des actions sur le front du boycott culturel, du boycott sportif, du boycott des entreprises agroalimentaires mais également contre toute présence ou manifestation institutionnelle de l’état d’Israël.

Enfin il mène avec ses partenaires et alliés, campagne contre la journée dite de « Jérusalem », journée sioniste de commémoration coloniale et contre le jumelage de Montpellier avec la ville de Tibériade. Il a initié et coordonné les grandes manifestations de solidarité avec Gaza cet été dont une marche sur la Mairie contre la journée de Jérusalem et la suspension du jumelage avec Tibériade. Il a montré la puissance d’action et de mobilisation du BDS Palestinien ainsi que la cohérence de ses choix stratégiques.

Il n’est pas surprenant qu’il soit devenu la cible des amis et alliés d’Israël. Dès le 30 juillet 2014, date d’occupation des locaux du PS34 par le comité BDS France34 avec le MIB34 et le NPA, le PS34, parti de gouvernement, portait plainte contre un des porte-parole du comité BDS France34 puis dans le mois qui a suivi contre un de ses animateurs et dès le 6 août, la LDH Montpellier annonçait une plainte nationale contre deux autres porte-parole du comité.

En moins d’un mois en pleine mobilisation contre la guerre israélienne contre Gaza quatre militants clés du Comité BDS France se voyaient assignés ou menacés de poursuites judiciaires.

La plainte de la LDH mérite une attention particulière tant elle constitue une rupture avec les codes habituels du milieu associatif. C’est une plainte qui a été cyniquement et minutieusement préparée. C’est une plainte calomnieuse qui a été déposée malgré les nombreuses justifications et explications convergentes fournies à la LDH 34 quoiqu’elle en dise.

C’est une plainte qui fait appel aux lois anti-terroristes dénoncées par la LDH (!) – et encore jamais portée contre des militants. C’est une plainte nominative (et non contre X) qui accuse explicitement deux personnes de « Contestation de crimes contre l’humanité, provocation publique à la commission de crimes ou délits, à la discrimination ou à la haine raciale – apologie du crime sur FaceBook ». C’est une plainte qui fait de nos camarades l’équivalent des Jean-Marie Le Pen et autres Robert Faurisson ou Roger Garaudy négationnistes.

C’est cela la plainte initiée par la LDH34, et c’est de cela dont la présidente de la LDH34 doit s’expliquer et se justifier. Il ne s’agit pas de savoir si nos camarades auraient dû faire ou non une condamnation publique de ce texte immonde. Ce texte ils l’ont condamné de la façon la plus radicale qui soit en l’effaçant de leur page FB dès qu’ils ont été avertis de son existence et de son contenu.

Par contre Il s’agit d’interroger la LDH34 : pourquoi malgré les nombreux témoignages expliquant l’erreur commise par manque de vigilance de nos deux camarades, pourquoi la LDH 34 s’est-elle entêtée et s’acharne-t-elle encore à les accuser de ces crimes monstrueux ? Sinon parce qu’elle est convaincue -elle et quelques uns de ses amis locaux- « qu’au fond », parce qu’ils sont ce qu’ils sont, ils sont forcément coupables de ces crimes. Cette plainte mensongère et calomnieuse déshonore et salit toute la LDH.

Mais cette plainte est surtout un constat d’échec de la LDH 34 et ses amis à vaincre le BDS par l’argument politique comme il se doit. Elle marque une rupture radicale avec le dialogue et le débat politique par le recours aux armes de l’appareil d’état, aux attaques judiciaires calomnieuses individuelles contre des militants dévoués et exemplaires, contre tout le comité BDS France 34 et l’ensemble de la Campagne BDS France qui répond à l’appel BDS Palestinien.

Le 30 mars 2015 la LICRA déclarait s’associer à cette plainte et demandait au Maire de Montpellier d’interdire toute expression publique du comité BDS France 34. La convergence du sionisme et de l’islamophobie fonctionne, la boucle est bouclée.

(1) José Luis Moraguès

Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie
Université Paul Valéry (Montpellier-France).
Animateur de la CCIPPP34 (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien) pour la zone Montpellier-Hérault

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