Le grand retour de l’Algérie sur la scène internationale

Le grand retour de l’Algérie sur la scène internationale

Le grand retour de l’Algérie sur la scène internationale 1920 1080 La Rédaction

Statut d’observateur d’Israël au sein de l’UA : “La suspension confirme le grand retour de l’Algérie sur la scène internationale”

Interview de Yamina Houmad – Politis n°5 – Mars 2022 – https://www.elmoudjahid.dz/


Politis: L’union africaine a décidé de suspendre Israël, en février 2022, de sa qualité de membre observateur de l’organisation panafricaine. quelles réflexions vous inspire cette décision ?

René Naba : En fait, la décision d’admettre Israël au sein de l’Union africaine a constitué un contresens historique, pour trois raisons, en même temps qu’une insulte à la mémoire des millions d’esclaves africains ; une insulte à l’égard du comportement de l’État hébreu sur le continent noir.

  • Primo : Israël a été le partenaire de l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et un des principaux meneurs de la guerre contre- révolutionnaire du temps de la décolonisation de l’Afrique, dans la décennie 1960-1980.
  • Deuxio : Israël est le plus important soutien des dictatures du tiers-monde. La garde prétorienne de tous les dictateurs francophones qui ont pillé l’Afrique.
  • Tertio : Israël est l’un des grands pays colonisateurs de la planète, colonisant près de 20 fois la superficie de la Palestine Pour ces trois raisons, il était malsain qu’Israël soit admis au sein de l’Union africaine, d’autant plus que l’État Hébreu ne se situe pas sur le continent noir et que son admission aurait équivalu à une absolution de toutes ses turpitudes. L’Afrique, qui a fait l’objet de la plus formidable dépossession, ne saurait se brader à bas prix aux forces qui lui sont hostiles. Ce «continent-martyr» se doit de forcer le respect du monde par une exigence rigoureuse de dignité et de morale.

De surcroît, circonstance aggravante, cette décision est lourde de sens par sa portée symbolique et psychologique en ce qu’elle a été prise à Addis-Abeba, capitale d’un pays dont les ressortissants Falashas – les juifs éthiopiens exfiltrés vers Israël dans la décennie 1980-1990 – ont fait l’objet de stérilisation de la part d’Israël, dans la pure tradition de la politique d’eugénisme des régimes fascistes. Le taux de fécondité des Juifs éthiopiens d’Israël a baissé de 50 pour cent depuis 2000, en vertu de cette politique. Dans un continent sinistré par la colonisation, le maniement des symboles doit se faire avec prudence.

L’Algérie était opposée à l’admission d’Israël au sein de l’UA. comment percevez-vous son rôle diplomatique ?

L’Algérie et l’Afrique du Sud. L’Afrique du Sud n’a pas oublié que ce pays a été le partenaire de l’Apartheid. En tandem, l’Afrique du Sud, qui bénéficie d’un grand crédit moral, et l’Algérie ont obtenu, le 6 février 2022, de l’Union africaine, la décision de suspendre le statut d’observateur d’Israël. Cette décision a retenti comme une grande victoire pour ces deux pays, qui se posent ainsi comme les vigiles et les dépositaires de la mémoire militante africaine du fait de leur guerre victorieuse contre le colonialisme. Deux pays, de surcroît des inconditionnels soutiens à la cause palestinienne. L’Afrique du Sud a refusé la présence d’une délégation israélienne aux obsèques de Nelson Mandela, le père de l’Indépendance sud-africaine, sans craindre l’accusation d’antisémitisme.
L’Algérie est indéfectiblement liée par le mot d’ordre du président Houari Boumediène et rivée à ce titre au Palestinien «opprimé qu’il soit ou oppresseur – Dhalimane Kana Aw Madhloumane». Elle est auréolée de surcroît d’un palmarès particulièrement glorieux avec sa deuxième victoire sur le terrorisme dans la décennie noire 1990, rare cas d’un pays doublement victorieux contre le colonialisme et contre le terrorisme.
La suspension d’Israël signe incontestablement le retour de l’Algérie sur la scène diplomatique internationale, après une longue période de léthargie.

Il importe désormais à l’Algérie de persister dans cette voie, en renouant avec sa tradition en ce domaine avec un double objectif : la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe et la réconciliation interpalestinienne si indispensable à la poursuite d’un combat efficace pour la libération de la Palestine. Il n’est pas indifférent de noter, à ce propos, que la Commission de l’Union africaine qui a voté la résolution controversée était présidée par Moussa Faki Mahamat, ancien Premier ministre du Tchad, un pays sous influence de la France. La décision d’admettre Israël au sein de l’organisation panafricaine était en tout état de cause malvenue en ce qu’elle était intervenue trois mois après la publication d’un rapport de l’organisation américaine Human Rights Watch, accusant Israël de commettre «le crime d’apartheid dans les territoires» ; l’ONG de défense des droits de l’homme a émis cette accusation dans un rapport publié le 21 avril 2021, et Amnesty International a confirmé ce fait d’apartheid en février 2022. Une décision d’autant plus malvenue qu’Israël est l’un des plus grands colonisateurs de la planète et l’un des plus importants pollueurs des terres d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Une colonisation de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine.

Israël ne se situe pas géographiquement sur le continent africain. Quel intérêt a-t-il à solliciter son admission au sein de l’union africaine ?

Pour contourner le monde arabe, Israël cherchait à nouer une alliance de revers avec les pays africains non musulmans, et, en partenariat avec les mouvements africains satellites de la CIA, mener une guerre contre-révolutionnaire.
L’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda constituent le point d’ancrage traditionnel d’Israël sur le continent noir, et le choix de ces trois pays ne relève pas du hasard :
-L’Éthiopie, pays non arabe et non musulman, a été propulsé de surcroît par la stratégie américaine au rôle de gendarme de l’Afrique orientale ; en Éthiopie, d’ailleurs, Israël a financé la construction de dizaines de projets pour l’exploitation des eaux du Nil Bleu. L’accès d’Israël au périmètre du bassin du Nil, via le Sud- Soudan, s’est fait avec le concours français et américain, tout comme la défense du pré carré africain français s’est faite en tandem avec la France. -Le Kenya, qui avait vocation à servir de patrie juive dans le cadre du «programme Ouganda» du ministre Chamberlain, en 1901.
Kenya et Ouganda, pour rappel, constituent, au regard des dirigeants israéliens, des jalons essentiels pour la sécurisation de la navigation maritime de l’océan Indien vers le port israélien d’Eilat, dans le Golfe d’Akaba. Mais ce pacte tacite a valu à ces deux pays pivots de l’alliance de revers d’Israël face à la péninsule arabique et le versant africain du monde arabe, particulièrement sur le parcours menant aux sources du Nil (Égypte, Soudan, Somalie), de sérieux déboires et de douloureux rappels à l’ordre.
L’échec de l’intervention éthiopienne en Somalie, en 2007, a ouvert la voie à la recrudescence de la guérilla des tribunaux islamiques à Mogadiscio, doublée d’un développement de la piraterie maritime aux larges des côtes de l’Afrique orientale et à l’aménagement d’une base relais de la marine iranienne en Érythrée, à quelques encablures de l’importante base franco- américaine de Djibouti. La construction d’un barrage de retenue d’eau en Éthiopie, qui devrait considérablement réduire la quote- part hydraulique de l’Égypte, a, elle, coïncidé avec une flambée de violence dans la région du Tigré, menaçant l’intégrité territoriale de Éthiopie.
Le Kenya, lui, a été le théâtre de sanglants attentats en 1998 à Nairobi contre l’ambassade des États-Unis, parrain d’Israël, puis directement contre les intérêts israéliens à Mombasa, en 2002, faisant au total 224 tués pour l’attentat de Nairobi, dont 12 américains, et quinze tués pour celui de Mombasa, dont trois israéliens.

Quelles sont les raisons sous-jacentes à l’admission d’Israël comme membre observateur de l’union africaine ?

Israël en Afrique relève d’une double problématique : du mythe du Kibboutz à la guerre contre-révolutionnaire contre l’indépendance de l’Afrique.

A- Le mythe du Kibboutz : Israël à la conférence des peuples africains d’Accra en 1958

Constituée des rescapés du génocide hitlérien, fondée sur le socialisme agraire, le Kibboutz,
Israël a longtemps bénéficié d’un prestige auprès des dirigeants africains au point de se voir convier à une session spéciale de la première Conférence de tous
les peuples africains, à Accra en 1958. Israël était représenté à l’époque par Mme Golda Meir, ministre des Affaires étrangères. De dimension modeste, peu suspecté de ce fait d’hégémonisme, Israël a pu ainsi se voir confier la formation des premiers pilotes de l’armée de l’air de l’Ouganda, du Kenya, du Congo et de Tanzanie, au point de pouvoir se flatter par la suite d’avoir propulsé, avec la complicité des services occidentaux, deux dirigeants africains à la tête de leur pays, Joseph Mobutu du Congo (ex belge) et Idi Amin Dada d’Ouganda.

B- La guerre contre-révolutionnaire en partenariat avec les mouvements africains satellites de la CIA.

Entre 1958 et 1973, date de la rupture collective des relations entre Israël et l’Afrique, trois mille experts israéliens, soit les deux tiers des effectifs israéliens en mission dans le Tiers-monde, étaient affectés au continent noir, l’autre tiers étant déployé en Asie (Thaïlande, Singapour, Laos, Cambodge et Philippines). Durant la même période, cinquante pour cent des stagiaires de l’«International Institute for Development, Cooperation and Labour Studies», un organisme israélien chargé de la formation des techniciens du tiers-monde, étaient originaires d’Afrique.
Au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine, la percée israélienne en Afrique a bénéficié du soutien financier et matériel de la CIA, dont l’État hébreu assumait par délégation des tâches de formation, d’encadrement et de protection. La centrale américaine a ainsi débloqué près de quatre-vingt millions de dollars à Israël durant la décennie 1960 pour financer des mouvements contre révolutionnaire en Afrique.

  • Jonas Savimbi, président de l’UNITA, face à l’Angola pro soviétique
  • Joseph Garang, le chef de la province sécessionniste du Darfour. -Au Sud-Soudan, face au gouvernement arabophone de Khartoum – accordant dans le même temps un soutien officieux à Milton Obote (Ouganda), une protection discrète à Joseph Désiré Mobutu (Congo Kinshasa), sécurisant la frontière entre la Namibie et l’Angola en vue de prévenir les infiltrations déstabilisatrices contre le régime d’Apartheid. Une alliance tacite identique s’était nouée entre Israéliens et Français pour contenir, au plus fort de la guerre d’Algérie (1954-1962), la poussée nationaliste africaine impulsée par l’axe Ghana, Guinée, Mali du triptyque révolutionnaire Kwamé N’krumah, Sékou Touré et Modibo Keita. La 3e raison est que l’Afrique a voulu emboîter tout bonnement le pas aux pétromonarchies.

Les Occidentaux agitent le péril jaune face aux Africains, semblant oublier que la Chine se présente en Afrique, en dépit de toutes critiques que sa présence peut justifier, «sans passif colonial», alors que le passif occidental est lourd.
L’onde de choc de la débâcle américaine de Kaboul, en août 2021, se répercute sur le monde arabe, plaçant les monarchies sur la défensive. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont désormais sous le feu de la balistique rudimentaire houthiste, alors que le Maroc paraît devoir reconsidérer sa position, à tout le moins en réduire l’ampleur, sous l’effet des bouleversements survenus au Sahel… d’autant plus qu’une alliance entre le mouvement islamiste marocain et les partis progressistes marocains ont constitué un front commun pour contester cette normalisation.

L’attitude belliqueuse du Maroc met-elle en danger la région en y faisant jouer un rôle à Israël ?

La normalisation israélo-marocaine n’est pas surprenante en soi. Elle met un terme à un demi-siècle d’hypocrisie et de connivence souterraine de la dynastie chérifienne avec l’État Hébreu. Elle ne fait que confirmer une lourde tendance du Royaume en ce domaine lorsque l’on songe au lourd passif de trahison du Royaume à l’égard de la cause palestinienne depuis le sommet arabe de Casablanca, en 1964, où Hassan II avait placé sur écoutes ses pairs arabes pour le compte d’Israël en contrepartie d’un coup de pouce du Mossad à l’enlèvement à Paris et à l’assassinat du chef charismatique de l’opposition marocaine Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965 ; à la normalisation israélo- marocaine, en 2021, sous le règne de son fils Mohammed VI, président du «Comité Al-Qods», mais aussi et surtout au rôle contre-révolutionnaire assumé par le Maroc à l’époque des guerres d’indépendance de l’Afrique Noire, via le Safari Club.

Tout se passe comme si le choix qui se posait était, pour le Maroc, entre la survie de la dynastie chérifienne ou la pérennité du pays. Le Roi, pâtissant d’une lourde pathologie, a paru vouloir assurer la survie de la dynastie chérifienne au détriment de la pérennité du Maroc. Un mauvais calcul à tous égards. Troquer la Palestine contre le Sahara occidental relève d’une politique de courte vue en ce que le Sahara occidental relève de la sphère géopolitique du monde arabe, alors que la Palestine est en voie d’évanescence.

Les «normalisateurs», autrement dit les reptiles, devront en répondre devant l’Histoire, d’autant plus sévèrement qu’ils ont fait ce cadeau au Premier ministre le plus xénophobe d’Israël, Benyamin Netanyahu, et au Président le plus islamophobe des États-Unis, Donald Trump.
A noter d’ailleurs que l’Égypte, premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec l’État hébreu en 1979, s’est opposée à l’admission d’Israël au sein de l’ensemble africain, sans doute en raison du rôle trouble joué par les Israéliens auprès des pays africains anglophones du bassin du Nil. En contrepoint, le Maroc, lui, a soutenu l’admission d’Israël.

«L’Algérie ne laissera pas le Mali devenir un sanctuaire pour les djihadistes», avait affirmé le président Abdelmadjid Tebboune, privilégiant la carte diplomatique et le dialogue politique. comment analysez-vous ce qu’a été, depuis le début de la guerre au Sahel, la position de l’Algérie face à ce conflit ?

La normalisation des relations israélo-marocaines devait avoir pour effet second, dans l’esprit de ses concepteurs, de soulager la pression militaire qui s’exerce sur la France au Sahel, en faisant d’Israël un acteur de plein exercice dans la zone. Il est de notoriété publique que des entreprises israéliennes sont présentes au Mali : Elbit et Mer, mais surtout Israël Aerospace, ont réussi à décrocher le contrat de protection périmétrique de la Minusma, au Mali.
Des sociétés israéliennes fournissent aussi des équipements visant à renforcer la sécurité des bases de la Minusma dans tout l’Azawad. Ils visent désormais les quelque 40 bases de maintien de la paix onusiennes dans le monde, dont certaines sont situées au Proche-Orient.
Mais voilà que le Mali opère un retournement d’alliance en renouant une coopération avec la Russie et que la République centrafricaine lui emboîte le pas.
Face à ces développements, il est à espérer que le Maroc reconsidère sa position afin de ne pas sacrifier le long terme au court terme, la stratégie à la tactique et d’articuler le local sur le global.

Israël est en butte, de son côté, à de sérieux défis, pris en tenaille entre le Hamas au Sud, depuis la bande de Gaza, dont la riposte balistique, en mai 2021, a démontré la porosité de l’espace aérien israélien ; et au Nord, par l’arsenal du Hezbollah qui constitue, selon les propres dires des dirigeants israéliens, une «menace existentielle», alors que ses nouveaux alliés pétro monarchiques ploient sous les tirs de la balistique rudimentaire des Houthistes du Yémen. J’ignore dans quelle proportion l’Algérie sera impliquée dans le règlement de l’affaire malienne. Mais ce que je peux affirmer avec certitude, sans risque d’être contredit, c’est que l’Algérie est incontournable sur ce dossier, que cela plaise ou pas, d’autant plus impérieusement que les rapports de force sur le terrain et le contexte international ont radicalement changé.
Tout cela ne se joue pas forcément au détriment de l’Algérie. Et cela est une litote.
L’échec de la France au Sahel est dû, dans une proportion non négligeable, à l’absence de la coopération de l’Algérie avec le G5, la force supplétive de la France au Sahel.
Le contexte international : L’Algérie a été happée par une décennie noire terroriste (la décennie 1990), en pleine implosion de l’Union soviétique, alors que les groupements islamistes étaient en phase ascendante après la victoire des «Arabes- Afghans» en Afghanistan. En 2022, la Russie a opéré un retour en force dans le monde arabe et la Chine est en passe de devenir la première puissance au niveau mondial. Chine et Russie, faut-il le rappeler, sont deux alliés de poids de l’Algérie, sur le flanc sud de l’Europe, à l’articulation de la zone sahélo-saharienne. Ceci explique l’échec de la tentative de strangulation de l’Algérie au début du «printemps arabe» avec deux régimes islamistes flanqués des deux côtés de ses frontières (Libye et la Tunisie nahdaouiste). Toute autre tentative sera vouée à un échec cuisant. Pis, sous l’effet de la dynamique des fluides, l’ascension de la Chine se répercutera, immanquablement, de manière favorable sur l’Algérie.
Pays central de la zone sahélo-sahélienne, limitrophe de sept pays (Libye, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Tchad, Tunisie, RASD (République Arabe Sahraoui Démocratique), soit la quasi-totalité des pays déstabilisés et sinistrés par l’intervention de l’alliance islamo-atlantiste lors de la séquence dite du «printemps arabe», en 2011, l’Algérie – le plus grand pays d’Afrique et le plus grand pays arabe , est doté en outre d’une des plus importantes armées du tiers-monde.

Point d’ancrage de la présence chinoise en Méditerranée, la première puissance planétaire en devenir, état charnière entre le Maghreb (Le Ponant) et le Machreq (Le Levant) – l’Algérie ne constituera donc pas une promenade de santé pour quiconque se hasarderait à lui chercher noise.

En un mot, elle ne tolérera pas que le Mali se transforme en «sanctuaire» pour les djihadistes, pas plus qu’elle ne tolérera que l’Algérie elle-même soit une poudrière. Et la solution se fera, selon toute vraisemblance, en concertation étroite avec l’Algérie. N’en déplaise aux occidentalistes, aux islamistes et aux séparatistes.*

L’Algérie joue un rôle clé, aussi bien dans le monde arabe qu’en Afrique, par ses positions intangibles par rapport à la question palestinienne, à la normalisation avec l’entité sioniste et aux conflits comme la Syrie, le Yémen, la Libye, le Sahara occidental… L’Algérie dérange ?

L’Algérie dérange, certes, ce qui explique la décennie noire (1990) et le fait de lui avoir flanqué deux régimes islamistes à ses frontières, pour l’étrangler, au début de la séquence dite du «printemps arabe», en Libye et en Tunisie avec le régime nahdaouiste.

Mais elle n’est pas l’unique pays dans ce cas. Tous les pays qui s’opposent à l’hégémonie israélo-américaine sur le monde arabe sont dans le même cas.
La Syrie, partenaire de l’Algérie dans l’ancien Front de refus, dérange aussi, ce qui explique la guerre internationale menée depuis 2011 contre cet ultime pays du champ de bataille à ne pas avoir souscrit à un traité de paix avec Israël.
Le Liban dérange aussi, ce qui explique le blocus auquel il est soumis depuis cinq ans pour soulever la population contre le Hezbollah en vue de son désarmement. Le Yémen dérange aussi, ce qui explique l’agression pétro monarchique depuis 7 ans contre le plus pauvre des pays arabes. Il est étrange qu’aucune monarchie ne soit l’objet de troubles.

Deux ans après la présentation par l’union européenne de son projet de «partenariat stratégique» avec l’Afrique, 150 milliards d’euros pour l’Afrique d’ici 2030, c’est la promesse de l’UE. un new deal gagnant-gagnant ?

Europe-Afrique : L’Europe en phase de reflux ; l’Afrique à la veille d’un bouleversement tectonique. Une lecture au carbone 14 de ce 6e sommet Europe-Afrique donnerait la reprographie suivante : Un sommet entre les anciens colonisateurs et ses anciens colonisés, à un moment charnière de l’Histoire, alors que l’Europe est en phase de reflux et que l’Afrique, longtemps source de la prospérité du vieux continent et principal gisement de la Francophonie dans le monde, est le théâtre d’une vive compétition internationale pour l’accès aux richesses de son sous-sol.
Ce sommet s’est proposé de formuler un «partenariat renouvelé» (sic) entre les anciens colonisés et leurs bourreaux.
Il est à espérer que le paquet d’investissements de 150 milliards d’euros promis dans le domaine de la transition écologique, le numérique, etc… ne relève pas de l’enfumage, ou pour reprendre une expression à la mode de la poudre de perlimpinpin.
150 milliards d’euros dans le cadre du plan «Global Gateway» destiné, de manière subliminale, à faire pièce au projet chinois de la route de la soie. L’Afrique suscite les convoitises. Continent homogène d’une superficie de 30 millions de km2, l’Afrique est riche de sa diversité. Représentant un marché de près d’un milliard d’habitants, dont 550 millions de consommateurs en Afrique subsaharienne, l’Afrique est le premier exportateur mondial d’or, de platine, de diamant, de bauxite, de manganèse. Le second pour le cuivre et le pétrole brut. Elle est, en outre, premier producteur mondial de cacao, de thé, de tabac, le second pour le sisal et le coton.

Paradoxalement, l’Afrique profite peu de ses richesses minières. A tel point que les pays richement dotés en ressources minérales se retrouvent souvent en bas de l’échelle du développement humain établi par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD). La course pour la maîtrise des sources d’énergie a redoublé d’acuité depuis la percée chinoise en Afrique et la flambée des prix des matières premières.
L’Afrique a connu, de 1960 à 1990, les trente premières années de son indépendance, 79 coups de force au cours desquels 82 dirigeants ont été tés ou renversés. En comparaison, le monde arabe, dans l’œil du cyclone depuis la découverte du pétrole, dénombre pour la même période dix-huit coups d’État. Le continent est l’une des plus grandes zones minières du monde, avec l’Australie, le Canada et l’Amérique du Sud. Il se positionne comme le premier producteur mondial de nombreux produits miniers, dont le platine, l’or, les diamants, le minerai de phosphate ou le manganèse, et possède des réserves de premier ordre en bauxite ou en coltan – un minerai qui entre notamment dans la composition des carte à puce. La moitié des réserves mondiales d’or se trouve ainsi dans la région du Witwatersrand, en Afrique du Sud. Le continent extrait également du cuivre, du zinc et du minerai de fer, de même que l’uranium au Niger et le pétrole en Angola, au Nigeria, en Guinée équatoriale au Gabon et au Cameroun.

Autant de produits qui ont vu leurs cours sur les marchés internationaux s’envoler depuis quelques années, tirés par la demande mondiale, en général, et la demande industrielle, en particulier, notamment celle émanant de Chine. L’exploitation des minerais est une activité dominante et représente le premier poste d’exportation dans près de la moitié des pays africains, notamment l’Afrique du Sud, le Botswana, la RD Congo, le Mali, la Guinée, le Ghana, la Zambie, le Zimbabwe, le Niger, la Tanzanie, le Togo et la Mauritanie. D’autres pays comme l’Angola, la Sierra Leone ou la Namibie ont également développé un pôle minier important.

Les multinationales qui dominent aujourd’hui le secteur des mines tirent l’essentiel de leurs activités du continent africain, notamment les entreprises sud-africaines ayant leur siège autour de Johannesburg, et notamment Anglo-Gold Ashanti, fruit du rapprochement entre le groupe ghanéen Ashanti et le géant minier Anglo-Gold. D’autres, comme Anglo-Américain, premier groupe minier mondial aujourd’hui installé au Royaume-Uni, ont également leurs origines dans cette partie de l’Afrique.
Le diamant constitue, avec l’armement, le principal produit d’appel de l’expertise israélienne en Afrique. Des observateurs prêtent à Israël l’intention d’investir massivement dans le domaine de l’informatique en Afrique, afin de pallier l’absence d’infrastructures, notamment sur le plan de la téléphonie mobile. Une dizaine de grandes sociétés israéliennes (Solel Bonet, Koor Industries, MeïrBrothers, Agridno) sont présentes dans l’économie africaine, à travers des investissements directs et des prêts consentis par la «Banque Leumi» et la «Japhet Bank».

Ils opèrent dans une vingtaine d’États africains dans les domaines du bâtiment, de l’extraction et du commerce du diamant et des métaux précieux, notamment l’or zaïrois.
Enjeu central des prochaines décennies pour la production d’acier, le fer fait l’objet d’une féroce bataille entre deux groupes géants BHP Billiton et Rio Tinto, en voie de fusion. Présent dans plusieurs pays d’Afrique, en Europe et en Amérique, le groupe Dan Gertler a des activités dans les domaines de l’extraction et la gestion
de diamant, le fer, le cobalt, le cuivre.

Israël, un véritable danger pour l’Afrique ?

À l’attention des dirigeants africains à la mémoire défaillante, il importe toutefois de procéder au rappel des points suivants pour ne pas sombrer dans le ridicule et discréditer leur continent : Israël est le plus important soutien des dictatures du tiers-monde, l’allié indéfectible du régime d’Apartheid d’Afrique du Sud. La garde prétorienne de tous les dictateurs francophones qui ont pillé l’Afrique. De Joseph Désiré Mobutu (Zaïre-RDC), à Omar Bongo (Gabon, à Gnassingbé Eyadema (Togo) et même Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire) et Laurent Gbagbo, à Paul Biya, le Président off-shore du Cameroun, dont le territoire sert de transit aux ravisseurs BokoHaram. Au-delà, en Amérique latine au Honduras, en Colombie et au Paraguay. Le Honduras est devenu une terre de prédilection de la transposition de l’Apartheid israélien sur le territoire latino-américain.
Israël est l’un des plus grands colonisateurs de la planète et l’un des plus importants pollueurs des terres d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Une colonisation de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine.

En guise de conclusion…

L’Occident, particulièrement l’Europe, a trop tardé à modifier son logiciel dans son approche d’un continent dont le Président français Nicolas Sarkozy affirmait, péremptoire, encore il y a moins d’une décennie, qu’il n’était pas encore entré dans l’Histoire. Il est à espérer que ce partenariat renouvelé passe par la répudiation préalable de la mentalité colonialiste et de son corollaire, le racisme, qui gangrènent le débat public en Europe depuis plus de trois décennies, alors que les déboires de l’Europe en Afrique, particulièrement de la France, apparaissent comme le début d’une longue facture que l’Afrique présente à l’Occident, pour le prix de six siècles de turpitudes coloniales, d’extermination, de déportation, de dépossession, de spoliation, d’esclavage, de viol et de violation, autant de méfaits qualifiés Foin d’angélisme : L’expulsion de l’ambassadeur de France au Mali, la manifestation anti française dans le pré-carré français en Afrique occidentale : au Mali, au Burkina Faso et même le Sénégal, de même que la contre-performance française au Sahel et la percée russe dans l’Afrique francophone en superposition à la prépondérance chinoise sur l’ensemble du continent, enfin le camouflet diplomatique infligé à la stratégie occidentale, avec la suspension de la qualité d’observateur d’Israël, constituent autant de prémices d’un bouleversement tectonique du continent noir dans ses relations avec ses anciens exploiteurs… pour peu que les dirigeants africains consolident leur épine dorsale et renoncent à leur reptation légendaire envers l’homme blanc et son fardeau. Dans la mémoire des peuples martyrisés, ce 6e sommet Europe- Afrique, qui se tient à Bruxelles, la capitale de l’horrible roi Léopold II de Belgique, devrait être, dans l’ordre symbolique, la revanche du Congrès de Berlin de 1885, de sinistre mémoire.

En un mot, l’Afrique doit forcer l’Europe à soutenir sa candidature à disposer de la qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, assortie d’un droit de veto, en guise de réparation à ses crimes passés.

Qu’un continent qui a tant contribué à la prospérité de l’Occident soit exclu du circuit décisionnaire international constitue un scandale insupportable. Une insulte à la notion même de l’Humanité.

La Rédaction

Madaniya - Civique et citoyen. Madaniya s'honore de la responsabilité d'abriter au sein de sa rédaction des opposants démocratiques en exil, des rechercheurs, des écrivains, des philosophes en provenance d'Afrique, des pays du golfe, du Moyen-Orient, et d'Amérique latine, dont la contribution se fera, pour ceux qui le souhaitent, sous le sceau de l'anonymat, par le biais de pseudonyme.

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