Après une éclipse d’un quart de siècle, l’ancien PDG de Blackwater, «l’armée privée la plus puissante du monde» a repris son business de la guerre et de la sécurité à travers sa nouvelle entreprise Vectus Global, prônant sans ambages une nouvelle forme de colonialisme dans les états rongés par la corruption.
Erik Prince, fondateur et ancien dirigeant de la société militaire privée Blackwater, est de retour. A Haïti ou au Salvador, en passant par le Pérou, l’Équateur et jusqu’à la République Démocratique du Congo (RDC). Entre lutte contre le trafic de drogue, expulsion de migrants illégaux, guerre contre les groupes armés non étatiques et sécurisation de carrés miniers en Afrique, Erik Prince a multiplié les apparitions depuis la réélection, fin 2024, de son meilleur allié à la Maison Blanche, Donald Trump, dont il est un ardent supporteur.
Sur cette affaire, cf ce lien:
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/28/le-retour-en-grace-d-erik-prince-fondateur-de-blackwater_6643230_3212.html
Certes, ce n’est plus le flamboiement d’il y a une vingtaine d’années. Après ses déboires en Irak, dans la première décennie du XXIème siècle, Erik Prince avait trouvé asile à Abou Dhabi. Il reprend du service pour faire pièce, semble-t-il à la compagnie privée russe Wagner qui a délogé la France de l’Afrique occidentale.
L’ancien militaire du commando d’élite de la marine américaine, les Navy SEAL (acronyme de Sea, Air, Land: «mer, air et terre»), héritier d’une riche famille établie sur les rives du lac Michigan, dirigeait alors Blackwater – rebaptisé depuis «Academia» –,«l’armée privée la plus puissante du monde», pour reprendre le titre du livre enquête de Jeremy Scahill (Actes Sud, 2008).
C’était sous la mandature du président de George W. Bush (2001-2009), celles de la privatisation de la défense américaine menée tambour battant par le secrétaire à la défense de l’époque, Donald Rumsfeld. En 2006, trois ans après l’invasion de l’Irak par les forces américaines, il y avait là presque autant de contractuels que de GI engagés dans la «guerre contre la terreur».
Retour sur cette compagnie, de sinistre mémoire, qui s’est illustrée de manière sanglante en Irak au point que le gouvernement irakien avait suspendu l’autorisation pour son implication dans la mort de huit civils irakiens lors d’une fusillade après un attentat à la voiture piégée au passage d’un convoi du Département d’état.
Huit civils irakiens avaient été tués et 13 autres blessés quand de présumés employés de Blackwater avaient ouvert le feu dans un quartier à majorité sunnite de l’ouest de Bagdad.
Blackwater assurait la sécurité de nombreuses opérations civiles américaines en Irak. Cette compagnie comptait un millier d’employés en Irak et pour au moins 800 millions de dollars de contrats du gouvernement américain. C’est l’une des firmes principales opérant en Irak, avec notamment sa flotte d’hélicoptères. Elle a été chargée de la protection du premier proconsul américain en Irak Paul Bremer et de ses successeurs John Negroponte, Zalmay Khalilzadeh et l’ambassadeur américain Ray Croockers.
Au total, les États-Unis comptaient 120.000 soldats américains soutenus par la flotte du Golfe, deux porte-avions, neuf bâtiments d’escorte, soit 16.000 marins et 140 avions de combat. Toutefois, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, étaient régulièrement pointés du doigt, mais cette accusation quand bien même était fondée, occultait toutefois la responsabilité des pays occidentaux dans la déstabilisation régionale, notamment à travers leurs mercenaires.
En 48 mois de guerre (quatre ans), l’Irak, le plus important champ de tir de l’époque contemporaine, était devenu le plus important champ de mercenariat du monde. Près de cent mille gardes privés (100.000), le terme pudique employé pour désigner les mercenaires des temps modernes, étaient en mission dans ce pays, au point de constituer le deuxième contingent par ordre d’importance opérant en Irak, derrière les États-Unis, surpassant de loin l’ensemble des autres forces de la coalition (britanniques, polonais, australiens etc.), selon les estimations occidentales.
Le recours au mercenariat se justifie pour de multiples raisons:
- une commodité comptable d’abord, car en cas de décès, les mercenaires ne figurent pas sur la liste des bilans officiels américains ou anglais,
- une commodité opérationnelle ensuite car les mercenaires ne sont pas soumis aux astreintes militaires et disposent d’une plus grande marge de manœuvre. En cas de scandale, comme c’est le cas avec les tortures de la prison d’Abou Ghraïb, l’honneur d’un pays n’est pas entaché dans la mesure où la responsabilité de la forfaiture en incombe aux sous-traitants.
Le maître d’œuvre de l’opération mercenariat en Irak a été la firme américaine Blackwater, une firme de «prestataires de service», créée en 1997, par Erik Prince, héritier d’une riche famille de chrétiens ultraconservateurs du Michigan et ancien membre des commandos de marine, les «Navy Seal».
Blackwater signifie étymologiquement l’eau noire qui signifie en langage imagé les eaux d’égouts transportant les matières fécales des toilettes non recyclables. La firme, connaîtra un développement fulgurant avec «la guerre contre le terrorisme» lancé par le président George Bush jr en riposte aux attentats anti-américains du 11 septembre 2001.
En 2002, dans la foulée de l’invasion de l’Afghanistan, Erik Prince a fait des offres de service au Pentagone. Donald Rumsfeld, soucieux de restructurer la machine de guerre américaine, développa alors la sous-traitance de certaines opérations à des forces spéciales dotées d’armes de haute technologie. Blackwater obtint, sans appel d’offres, son premier contrat, en avril 2002, d’une valeur de cinq millions de dollars pour la protection du siège de l’agence à Kaboul.
Un an plus tard, la société décroche le gros lot avec le contrat de protection du proconsul américain en Irak, Paul Bremer, un contrat emporté toujours sans mise en concurrence. A partir de ce moment, Blackwater a recruté sa propre armée privée sur le Tigre et l’Euphrate, et les commandes pleuvaient.
L’entreprise a ouvert des bureaux à Bagdad, mais aussi à Amman, à Koweït City et à McLean, en Virginie, à équidistance du Pentagone, de la Maison Blanche et de la CIA. 450 experts répartis dans deux succursales de la firme à Bagdad et à Kuwait City, avaient été affectés au recrutement, à la centralisation des candidatures, les contrats de mission et les lieux d’affectation, ainsi qu’au ravitaillement. Blackwater connaîtra la notoriété à Falloujah (Irak) où elle s’est tristement illustrée avec la capture de quatre de ses membres, révélant aux États-Unis et au reste du monde ses méthodes expéditives.
La capture de ses «prestataires de service», le 31 Mars 2004, -quatre jeunes gens d’une trentaine d’années, en tenue civile, sans grade ni uniformes-, ainsi que le démembrement de leur dépouille à coups d’armes contondantes après leur décès dans les combats, puis leur exposition sur le pont de l’Euphrate, va déclencher l’un des combats les plus meurtriers de la guerre d’Irak, la bataille de Falloujah qui réduira cette ville sunnite en cité fantôme.
En ce mois d’avril 2004, qui passe pour avoir été l’un des points les plus chauds de la confrontation américano-irakienne, 80 mercenaires ont été tués dans les batailles de Falloujah, de Bagdad et de Nadjaf, dont 14 dans la première quinzaine d’avril. C’est d’ailleurs la capture et la mutilation de quatre mercenaires à proximité de Falloujah, dans le secteur sunnite de l’Irak, qui a déclenché les batailles d’avril. Récidiviste, Blackwater s’illustrera trois mois plus tard dans la deuxième grande bataille d’Irak, la bataille de Najaf, dans le sud de l’Irak, lieu saint chiite et fief du chef radical Moqtada Sadr. La firme avait assuré la protection du quartier général de la coalition provisoire irakienne à Najaf.
Le Washington Post avait affirmé à l’époque que la défense du bâtiment avait été assurée par des hommes de Blackwater et qu’au plus fort de la bataille, les mercenaires s’étaient fait ravitailler en munitions par trois de leurs propres hélicoptères, s’attirant les félicitations publiques du général en charge des opérations de sécurité en Irak, alors que les mercenaires ne font traditionnellement pas partie de la chaîne de commandement de l’armée américaine. Depuis lors, Blackwater était devenu le supplétif indispensable de l’armée américaine.
Armée fantôme, Blackwater est une multinationale prospère, fonctionnant en toute opacité.
En quelques années, la firme est passée d’une poignée d’employés à 2 300 personnes déployées dans neuf pays, et avait développé une base de donnée de 21 000 candidats: anciens militaires américains et soldats étrangers, tous alléchés par l’idée d’empocher quatre à dix fois leur solde, avec moins de contraintes. Les revenus ont bondi de quelques millions de dollars à plus d’un milliard –uniquement grâce à des contrats avec le gouvernement des États-Unis.
Sur l’Irak, cf ces liens
- https://www.renenaba.com/l-hecatombe-des-faiseurs-de-guerre/
- https://www.madaniya.info/2017/10/02/irak-l-independance-kurdistan-2-eme-israel-flanc-oriental-monde-arabe/
- https://www.madaniya.info/2018/09/21/le-martyrologe-scientifique-irakien/
En tête du hit parade des «PMC» (private military contractors), Blackwater ne rendait en effet aucun compte au public. Ses contrats étaient classés secret défense et ses opérations sur le terrain se déroulaient dans une discrétion absolue.
Les hommes de terrain étaient fournis par diverses agences privées notamment DSL (Defence Systems Limited). Fondée par Allistair Morisson, un ancien de la SAS (Special Air Services), les troupes d’élite de l’armée de l’air britannique, DSL disposait d’une armée privée de vingt mille hommes et se présentait comme l’une des plus grandes compagnies militaires privées.
Rachetée en 1997 par Armor Holdings Inc, DSL assurait la fourniture de la gamme de services allant de la répression des émeutes (gaz lacrymogènes, matraques, véhicules blindés, gilets pare-balles) à la protection à distance des personnalités (système d’alerte, limousines blindées). En France, Armor-DSL était propriétaire de la société Labbé, spécialiste de la construction des fourgons blindés utilisés par le convoyeur de fond «Brinks».
Armor-DSL s’est rendue célèbre dans ses interventions en Angola aux côtés du chef sécessionniste Jonas Savimbi, président de l’UNITA, ainsi qu’en Colombie contre les narco-trafiquants. Elle disposait de dix centres régionaux d’opérations à Londres, Washington, Bogota, Johannesburg, Moscou, Hong Kong ainsi qu’à Harare (Zimbabwe) et au Bahreïn. Le recrutement se faisait aussi par Internet, au su et au vu de tout le monde. Le tarif, variable selon l’importance de la cible potentielle:
Six mille dollars par mois pour un garde du corps chargé de la protection rapprochée des hommes d’affaires, entrepreneurs, en quête de richesse et de gloire (BG/CP body guard close protection), huit mille dollars pour la protection d’une personnalité importante.
Les recrues provenaient des pays réputés pour la rudesse de leur formation militaire: Afrique du sud, Ukraine, Russie, Anglais, Américains, les ressortissants d’Amérique latine, notamment des Chiliens ainsi que des Népalais qui ont une longue tradition de mercenariat –que l’on se rappelle les fameux Gurkhas de l’Empire britannique– et pour leur teint davantage en harmonie avec les caractéristiques du type arabe, ainsi que naturellement, les ressortissants du Moyen-Orient et de l’ensemble arabe pour des tâches d’interprétariat et de décryptage d’informations.
Une répartition des tâches semble s’être opérée entre les firmes américaines et britanniques. Si les Anglais sont présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, l’Amérique a la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.
Outre Defense Systeme Ltd, la Grande-Bretagne disposait d’une deuxième compagnie privée de mercenariat, «Watchguard», dont le siège est à Guernesey, îles britanniques. Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), Watchguard passait pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique.
A son palmarès figurent la protection de Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Cheikh d’Abou Dhabi et président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l’encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970.
Outre Blackwater, les États-Unis comptaient, eux, deux grandes sociétés privées militaires: Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissaient comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinel corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobar en 1995, avait la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gérait la formation du personnel de l’armée de l’air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes.
L’establishment militaire américain ne se cache d’ailleurs pas des liens qu’il entretient avec le mercenariat privé: ainsi le groupe Carlyle est dirigé par Frank Carlucci, ancien directeur adjoint de la CIA et ancien assistant de Caspar Weinberger, secrétaire à la Défense dans l’administration Ronald Reagan, alors que John Deutsch, ancien directeur de la CIA, a été membre du conseil d’administration de CMS Energy Corporation, firme chargée de la protection des installations énergétiques (pétrole, nucléaire, électricité).
Le lien le plus manifeste de la collaboration entre le mercenariat privé et le Pentagone est l’existence de MPRI (Military Professional Resources Incorporated), le plus grand groupe d’expertise militaire dans le monde. Son fichier dispose de deux mille noms d’officiers du Pentagone, utiles tant pour le lobbying que pour l’expertise.
La France a adopté un profil bas depuis la disparition de Bob Denard, le célèbre baroudeur africain et ses déboires français tant en Irak que sur le continent noir. En l’absence d’un chef charismatique capable de fédérer des soldats aussi récalcitrants à la discipline, elle avait opéré une modeste percée en Irak à l’aide d’une petite structure «EARTHWIND HOLDING CORPORATION».
Première et unique société militaire privée francophone opérationnelle dans le monde, EARTHWIND Holding disposait de 30 à 40 anciens militaires et policiers français en Irak pour la sous-traitance des missions auparavant imparties aux officiers anglophones.
La France disposait en outre d’une structure paritaire, la DCI (Défense Compagnie internationale), dont l’État français possédait 50 pour cent du capital et le reste est réparti entre les industries françaises de l’armement (Thales, Dassault etc..) avec une structure pour chaque discipline.
La COFRAS (Compagnie française d’assistance spécialisée), pour l’armée de terre, NAVCO, pour la marine, Airco pour l’armée de l’air. Au capital de 21,3 millions d’euros et 1200 employés, Défense compagnie internationale (DCI) a eu en charge la formation des servants saoudiens du contrat Sawari, de fourniture du matériel militaire français à l’Arabie Saoudite.
Le panorama du mercenariat international serait incomplet si l’on omettait de faire figurer l’Afrique du sud et Israël, les anciens partenaires de la période coloniale: Les anciens officiers et militaires de race blanche du temps de l’apartheid, déçus par la tournure politique prise par leur pays gouverné désormais par la majorité noire, se sont lancés dans un rôle de super-gendarmes privés du continent noir, faisant de la firme sud-africaine «EXECUTIVE OUTCOMES» la forme la plus achevée du mercenariat moderne.
Fort d’un vivier permanent de 2.000 hommes solidement formés et encadrés, «Executive outcomes» a passé contrat «guerre clefs en main» prenant en charge la formation et l’équipement des forces locales, leur ravitaillement, ainsi que la riposte militaire en cas de revers militaire de manière à assurer la victoire au cocontractant. Ses titres de gloire sont respectivement le Sierra Leone ou en coopération avec les forces britanniques, elle a évincé le président Charles Taylor, ainsi qu’en Angola, où elle a contribué à la consolidation du régime Dos Santos, s’incrustant au passage dans le trafic des pierres précieuses.
Israël, enfin, dispose de LEV-DAN, filiale de Kardan Investment, firme spécialisée dans le commerce du diamant en Angola et au Zaïre, qui lui sert d’ailleurs de couverture dans ces deux pays, véritable plaque tournante de la contrebande internationale des pierres précieuses.
Lev-Dav a aidé l’ancien président congolais Pascal Lissouba dans sa bataille pour le contrôle de Brazzaville contre son rival Sassou Nguesso à la fin de la décennie 1990.
Fondée par le général Zeev Zakron, Lev DAN a mis sur pied la milice de l’officier libanais dissident Saad Haddad, à qui elle a confié le contrôle de la zone de sécurité durant la guerre civile libanaise (1975-1990).
Lev-Dan agit de concert avec le Shin Beth, les services de renseignements israéliens, et, s’agissant du Moyen-Orient, en coordination avec le bureau des «minorités périphériques», le vocable par lequel les services israéliens désignent les ressortissants des pays arabes qu’ils croient susceptibles de collaborer avec eux, comme ce fut le cas lors de la guerre du Liban avec les Forces Libanaises (1975-2000), et comme cela a été le cas dans la nouvelle guerre d’Irak avec les supplétifs kurdes de l’armée américaine et d’anciens des «Forces Libanaises» (miliciens chrétiens libanais, jadis dirigés par l’un des chefs de la coalition pro-américaine libanaise Samir Geagea)? Des “soldats perdus” recyclés dans des sociétés militaires privées tant américaines qu’israéliennes.
En Irak, selon des informations de la chaîne britannique BBC 2, des instructeurs israéliens formaient des soldats kurdes. Le magazine Newsnight du 19 septembre 2006 avait présenté des images exclusives de vastes installations et de ces entraînements. Interop et Colosseum, deux sociétés israéliennes de mercenariat serviraient de couverture à cette activité de l’armée israélienne.
Les officiers auraient transité par Djibouti pour masquer leur origine.
Les Israéliens auraient pris la succession de sociétés américaines de mercenariat, déjà présentes au Kurdistan irakien depuis la création de la zone de non-survol, à l’issue de l’opération Tempête du désert, en 1991. La présence d’instructeurs israéliens en Irak avait été révélée, par la presse israélienne elle-même, mais les détails de cette opération n’étaient pas connus.
Les néo-conservateurs américains entendaient créer un Kurdistan indépendant en faisant exploser l’Irak et en amputant à la fois la Turquie et la Syrie.
Ce projet nécessitait la création d’une armée kurde. Constituée par d’anciens peshmergas, les maquisards kurdes, l’armée du Kurdistan avait déjà été sollicitée pour des opérations de maintien de l’ordre à Bagdad au cours du premier semestre de 2007 dans le cadre du plan de sécurisation de la capitale irakienne, suscitant en représailles de sanglants attentats dans le nord kurdophone de l’Irak.
La privatisation de la violence et sa marchandisation via des sociétés militaires privées a été un secteur en plein essor industrie en plein essor générant un bénéfice annuel de plus de cent milliards de dollars.
A lui seul le gouvernement américain aurait dépensé en moins d’une décennie (la période 1994-2002) quelque 300 milliards de dollars auprès de telles sociétés présentes dans une trentaine de pays, principalement dans le monde arabe et l’Afrique.
Recrutés souvent dans les cercles xénophobes de l’extrême droite fascisante, ces «chiens de guerre» dont l’honorabilité est recyclée dans le professionnalisme des sociétés militaires privées et dans la défense des «valeurs de l’Occident» apparaissent à bien des égards comme les gardiens de l’ordre économique, l’expression moderne de l’impérialisme, l’instrument le plus efficace de la perpétuation du joug colonial.
Fin 2007, l’Irak aura coûté aux États-Unis 500 milliards de dollars (378 mds d’euros) et le montant total aurait atteint voire dépasser les 1.000 milliards (600 mds d’euros). Ni la Corée ni le Vietnam n’avaient coûté autant, alors que la guerre du Vietnam (1960-1975) avait duré quinze ans et que le corps expéditionnaire américain s’élevait à cinq cent mille soldats .
Si la guerre d’Irak s’était prolongée, elle aurait coûté davantage que la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), la plus chère à ce jour (2.000 mds dollars en dollars constants/1.500 mds d’euros).
L’enrôlement massif de mercenaires, l’appât du gain, l’ivresse de l’aventure militaire hors norme, les sanctions économiques infligées à la Syrie pour la contraindre à freiner les infiltrations des djihadistes, les pressions sur l’Iran, suffiront-ils pour assurer la victoire d’une armée perçue comme occupante par de nombreux protagonistes de la zone.
Illustration
In a July, 21, 2008, file photo, founder and CEO of Blackwater Worldwide Erik Prince talks at Blackwater’s offices in Moyock, N.C. (Gerry Broome/AP)