Dernière mise à jour le 9 août 2026
Communiqué de la famille de Mehdi Ben Barka
La disparition de Maurice Buttin
C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition de Maurice Buttin. Plus que l’avocat historique de la famille, c’est l’ami, celui que notre mère appelait « son frère », qui disparait, qui laisse vide la grande place qu’il occupait dans nos cœurs. En ces tristes instants, nos pensées vont vers Mado, leurs enfants et petits-enfants, les assurant de toute notre sympathie, leur adressant nos condoléances attristées.
Maurice Buttin est l’avocat de ma famille depuis plus de soixante ans. C’est peu dire qu’il a incarné le combat pour la vérité, la justice et la mémoire.
La mère de Mehdi Ben Barka l’avait pris pour défenseur dès l’annonce de l’enlèvement de son fils. Celui-ci avait demandé à ses sœurs que, s’il lui arrivait quoi que ce soit, de s’adresser à Me Buttin.
Après le décès de ma grand-mère et la plainte déposée en 1975 pour enlèvement, séquestration arbitraire et assassinat, c’est tout naturellement qu’il a continué aux côtés de ma famille le combat pour la vérité.
En raison sa profonde connaissance de l’histoire politique contemporaine du Maroc, Maurice Buttin a été le seul avocat de la partie civile à pouvoir éclairer depuis le début de l’Affaire les magistrats instructeurs et la cour d’Assises en 1966-67 sur les tenants et aboutissants qui avaient amené à l’enlèvement de mon père. À la suite de la disparition de ses deux autres confrères, Me Germaine Sénéchal et Léo Matarasso, Maurice Buttin était resté le seul avocat de la partie civile. Depuis, les liens qui se sont tissés entre nous dépassent ceux habituels entre un avocat et son client. En plus de la relation professionnelle de travail marquée par une confiance totale, des liens d’amitié, presque familiaux nous unissent. Ainsi, après la mort de Hassan II et l’avènement de Mohamed VI, lorsque ma famille a décidé de retourner au Maroc en 1999, après 35 ans d’exil volontaire, c’est tout naturellement qu’il était à nos côtés avec Mado, son épouse. Très souvent, les 29 octobre, après le rassemblement commémoratif devant la Brasserie Lipp, il nous rejoignait avec Mado chez notre mère pour une soirée de souvenirs en famille.
C’est à juste raison qu’on l’a qualifié d’« avocat historique de l’Affaire Ben Barka ». Grâce à sa parfaite connaissance des différents aspects du dossier, en multipliant la recherche de témoins, en menant enquêtes et contre-enquêtes, n’hésitant pas à interpeler et rencontrer les responsables politiques français ou marocains, et même, en aidant chacun des juges d’instruction en charge de l’affaire à mieux connaître les subtilités et les difficultés du dossier ; il a ainsi empêché l’instruction de s’enliser face aux obstructions politiques de la part des pouvoirs français et marocains.
C’est à tout ce travail, à tous ces efforts, que ma famille souhaite rendre hommage aujourd’hui. En raison de son âge – presque centenaire – Maurice avait pris du recul, quittant Paris pour le Vaucluse avec Mado. Son intérêt pour les combats qui lui tenaient à cœur n’avaient pas faibli : la vérité dans l’enlèvement et la disparition de Mehdi Ben Barka et le combat pour la reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien.
De nombreux marocains et palestiniens seront en deuil à l’annonce de sa disparition.
Né à Meknès, Maurice était marocain de cœur et, avocat au Maroc, il a défendu nombre de militants nationalistes durant le Protectorat et nombre de démocrates après l’indépendance. Depuis juin 1967, il s’attela à cette autre « mission impossible » pour laquelle il mobilisa toutes ses forces spirituelles, physiques et politiques : la Palestine. Il engagea ce combat dans différentes associations à différents postes de responsabilité : vice-président de l’Association de solidarité franco-arabe, fondateur de l’Association de solidarité France-Palestine et, surtout, président d’Honneur du Comité de Vigilance pour une Paix réelle au Proche-Orient. A ce titre, Maurice Buttin multiplia les conférences et l’interpellation des présidents de la République et des ministres pour la reconnaissance de l’État de Palestine par la France. Son action lui valut de devenir citoyen d’honneur de la Palestine.
La foi profonde de Maurice Buttin et ses convictions ont été le vecteur de son optimisme et de ses espérances face aux difficultés de la vie. Il disait toujours « souhaiter que le Seigneur lui permette de connaître la vérité sur le sort de Mehdi ». Comme ce fut le cas pour notre mère, disparue il y a deux ans, les raisons d’Etat marocaine et française ne lui ont pas permis d’exaucer ce vœu.
Leur joie de vivre et leur optimisme qu’ils nous lèguent renforcent notre résolution à mener jusqu’au bout le combat pour la vérité et nous font surmonter les désillusions qui jalonnent le chemin.
Maurice nous manquera mais restera toujours vivant dans nos cœurs. Qu’il repose en paix.