La fin du clan Kadhafi

La fin du clan Kadhafi 1024 576 René Naba

https://www.madaniya.info/ publie ce papier à l’occasion  du 57eme anniversaire de l’accession au pouvoir en Libye du colonel Mouammar Kadhafi à la faveur d’un coup d’état anti-monarchique,  le 1er septembre 1969, alors que son clan vient de perdre son chef présumé, Seif Al Islam, assassiné le 3 février 2026, posant la question de la pérennité de l’héritage.


René Naba est l’auteur de deux ouvrages sur la Libye

  • « La libye, la révolution comme alibi »- Editions du Cygne- Septembre 2008- 
  • “Kadhafi, portrait total,  entre soulèvement populaire et intervention militaire occidentale, du fossoyeur de la cause nationale arabe au fossoyeur de son peuple ». Golias – Avril 2011

L’assassinat de Seif Al Islam, le 4 février 2026, parait devoir signer la fin du clan Kadhafi, qui aura dirigé la Libye pendant 42 ans (1969-2011), en même temps qu’il clot le débat sur une possible succession de l‘héritier politique du clan à son père, le colonel Mouammar Kadhafi, à la tête de l’état libyen.

Seif a été assassiné à son domicile à Zentane, localité située à 136 km au sud- ouest de Tripoli. Un commando masqué de 4 hommes a neutralisé les caméras de surveillance de la résidence avant de l’assassiner.

Dix neuf balles ont été trouvées sur son cadavre. 30 minutes avant l’assaut, les gardiens de son lieu de résidence avaient quitté leur poste. et le portable du Seif a été retrouvé en possession de son garde de corps, Ahmad Al Ajami, sans qu’il ait été précisé comment son garde était en sa possession.

Pour le locuteur arabophone, sur cette affaire cf ce lien

L‘assassinat du chef du clan Kadhafi est survenu peu de temps après l’élimination du chef d’état-major libyen, le général Mohammad Haddad, tué dans en compagnie de plusieurs officiers supérieurs libyens dans un accident d’avion à son décollage de l’aéroport d’Ankara. Parmi les autres victimes du crash aérien figuraient le général Feytony Ghorbel, chef d’état-major de l’armée de, le colonel Mohammad Al Qataani, directeur de la production militaire.

Saddam Haftar pointé du doigt

L’entourage de Seif Al Islam a pointé du doigt la responsabilité de Saddam Haftar dans l’élimination de ses rivaux, rapporte le journal libanais Al Akhbar dans son édition du 6 Février 2026.

Saddam Haftar est le fils du maréchal Khalifa Haftar, chef de l’armée nationale libyenne, et proconsul libyen de Benghazi, la riche région pétrolière de Libye, à proximité de l’Egypte.

Sur le maréchal Khalifa Haftar, cf ces deux liens

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/02/22/en-libye-quinze-ans-apres-la-chute-de-kadhafi-l-essor-du-modele-autoritaire-du-marechal-haftar_6667784_3212.html

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/04/07/ahmed-gadalla-le-financier-de-l-ombre-du-clan-haftar-en-libye_6677924_3212.html

Selon le quotidien libanais Al Akhbar, généralement bien informé des affaires arabes, une réunion s’est tenue à Paris le 28 janvier 2026 avec la participation des principaux protagonistes du conflit libyen, notamment Saddam Haftar et Ibrahim Dbaybé, conseiller pour la sécurité nationale du premier ministre libyen Abdel Hamid Dbaybé.

Tenue sous un parrainage franco-américain, la réunion a débouché sur un arrangement prévoyant la répartition des zones d’influence et des recettes pétrolières entre les principaux protagonistes du conflit libyen.

La disparition de Seif Al Islam risque de provoquer une nouvelle polarisation du conflit et rend problématique toute possibilité de solution politique du drame libyen, à court terme, en ce que l’héritier du clan Kadhafi, en dépit de sa personnalité clivante, apparaissait comme étant l’un de postulants le plus sérieux à la magistrature suprême.

Dans la perspective des prochaines élections libyennes, Seif figurait en tête des sondages.

Le Maréchal Khalifa Haftar a vu d’ailleurs son autorité contestée dans le Fezzan, province désertique et riche en hydrocarbures. Le 12 juillet 2026, une base aérienne que ses hommes contrôlaient près d’Al-Wigh, non loin de la frontière avec le Niger et le Tchad, a été attaquée par un groupe armé récemment constitué, la Chambre des opérations pour la libération du Sud (COLS), dirigé par Mohamed Wardougou.

Autre coup dur pour le maréchal Haftar, l’assassinat du chef du renseignement militaire de l’armée nationale libyenne, Fawzi Mansour, à l’aide d’un explosif placé à l’intérieur de son véhicule, le 10 août 2026. Cet assassinat, un mois après l’attaque d’une base aérienne, témoigne de la porosité du périmètre des assises de son pouvoir.

Piètre stratège, le Maréchal Haftar avait été le grand vaincu de la bataille de Wadi Doum, lors de la confrontation franco-libyenne de la guerre du Tchad (1980-1990). Passible de la cour martiale libyenne, il se réfugie aux Etats Unis et offrira ses services à la CIA pour œuvrer à la déstabilisation du colonel Kadhafi.

Sur l’assassinat du chef du renseignement militaire libyen, cf ce lien pour le locuteur arabophone

1 – Éclatement familial

Depuis la chute du régime et la mort du père, en 2011, la famille Kadhafi a implosé.

Trois des enfants Kadhafi sont morts au combat: Seif al Arab, Khamis, et Mou’tassim

Trois se sont réfugiés, dans un premier temps, en Algérie: Mohammad, Hannibal, son épouse Aline, ainsi que leur sœur Aïcha qui a accouché d’une petite fille. Aicha s’est par la suite réfugiée en Afrique du Sud;

Saadi, réfugié au Niger en compagnie de huit autres proches de Kadhafi a été livré le 6 mars 2014 aux autorités de Tripoli, sans doute après l’épuisement du pactole de plusieurs milliards de dollars qu’il avait emporté avec lui.

Seif al-Islam, l’héritier présumé du clan, a été capturé, puis détenu en Libye, de même que le beau-frère du «guide» Senoussi.

Un câble WikiLeaks de 2006 révélait déjà que tous les enfants de Kadhafi et ses proches touchaient de gros revenus de la Compagnie nationale de pétrole et des autres filiales pétrolières, notamment le secteur gazier. D’autres fonds provenaient des activités connexes, les télécommunications, les infrastructures, le secteur hôtelier, les médias et la grande distribution.

Mohamad, l’aîné

Fils d’un premier mariage, il est l’artisan de l’implantation en Libye d’Alcatel via sa holding privatisée qu’il présidait Libyana Mobile Phone à la faveur d’une transaction qui lui a permis d’empocher 330 millions de dollars. Ingénieur discret, titulaire d’un doctorat en management de l’Université de Liverpool, obtenu en 2006, il présidait l’Association Méditerranéenne des Échecs. Fils unique du premier mariage de Mouammar Kadhafi avec Fatiha al Nuri, la première épouse du «Guide», tombée en disgrâce. Sa discrétion tranchait avec l’exubérance de ses frères.

Capturé lors de la chute de Tripoli, en Août 2011, il s‘est échappé pour se réfugier en Algérie en compagnie de sa sœur Aicha, de son frère Hannibal et de l’épouse de ce dernier. Des archives sur les gracieusetés faites à des personnalités étrangères ont été transportées de la Libye vers l’Algérie. Les services algériens en ont des copies.

Seïf Al-Islam, l’héritier

«Le glaive de l’Islam» est le premier enfant du colonel Kadhafi avec sa deuxième femme Safia Farkash, une croate. Aîné de sept enfants, il se vivait comme le prétendant au trône de cette République dynastique. Architecte peintre, playboy dilettante à ces temps perdus, il se voulait le parangon de la modernisation de la Libye. Le «Glaive» a joué un rôle clé dans le règlement de tous les contentieux, notamment ceux nés des attentats terroristes commandités par Tripoli depuis la décennie 1980.

En France, il est surtout connu pour son rôle dans la libération des infirmières bulgares, en 2007, et l’indemnisation des familles des victimes de l’attentat de Lockerbie (Ecosse) et du DC-10 de la compagnie française UTA abattu au-dessus du désert du Ténéré en 1988. Ces deux attentats constituaient l’obstacle majeur à la normalisation des relations entre la Libye, les Etats-Unis et l’Europe.

Présidant la Fondation Kadhafi, organisation caritative non gouvernementale, il déploiera des talents de négociateur au service d’une véritable diplomatie parallèle, ponctionnant l’argent des hydrocarbures pour amadouer les Occidentaux à coups de contrats d’armements.

Sa politique d’ouverture a permis le retour en Libye de grandes compagnies pétrolières, l’américaine Exxon Mobil, la britannique BP et l’italienne ENI. Au fil de ces multiples «bons offices», l’héritier présumé a fait oublier l’image du playboy qui voyageait accompagné par ses deux panthères lorsqu’il était étudiant à Vienne.

Après des études d’architecture à Tripoli, interdit de visa à Paris dans la décennie 1990, il avait en effet poursuivi des études à l’International Business School de Vienne (Autriche) où il s’était lié d’amitié avec le chef de la droite populiste Jörg Haider.

Pour les besoins de l’arrimage de la Libye à la Mondialisation, les journaux occidentaux adossés aux conglomérats de l’armement et des travaux publics ont limé la partie contondante et abrasive de son prénom pour le désigner plus sombrement du prénom de Seïf, amputant la partie essentielle de son prénom, celle qui constituait au regard de son père la phase conquérante et révolutionnaire de son programme que ce prénom induisait.

L’héritier qui se préparait à la succession aurait payé à la chanteuse Mariah Carey la somme d’un million de dollars (728.000 euros) pour qu’elle vienne lui chanter quatre de ses tubes sur l’île de Saint Barthélemy, dans la mer des Caraïbes.

Soucieux toutefois de se doter d’un vernis de respectabilité, ce propriétaire d’une luxueuse résidence à Londres se donnera les moyens de décrocher un diplôme à la prestigieuse London School of Economics sur la base d’un mémoire soutenu en 2008 sur le thème «le rôle de la société civile dans le processus de démocratisation», une distinction universitaire assortie d’un don de 1,5 millions de livres sterling de sa Fondation à l’établissement londonien en vue de créer un Centre pour les Études de la Démocratie.

Après la mort du colonel Kadhafi, Seïf Al-Islam avait pris la relève à la tête du combat du clan. Membre le plus recherché du clan depuis la mort de son père, Seif Al Islam a fait l’objet d’un mandat d’arrêt d’Interpol et de la Cour pénale internationale (CPÏ). Il était détenu en Libye.

3- Saadi, le footballeur

Président du comité olympique de son pays, Saadi a connu la notoriété internationale pour avoir provoqué une fusillade mortelle dans un stade de foot à Tripoli.

Membre de l’équipe de Pérouse (Italie), sa carrière internationale passe pour avoir été l’une des plus courtes de l’histoire footballistique mondiale. Jamais sélectionné dans ce club qu’il s’est fait pourtant offrir par son père, il sera condamné en 2003 pour dopage.

Actionnaire du club italien de football de «La Juventus», il a dirigé aujourd’hui une unité d’élite de l’armée dont il s’en servait pour faire pression dans des affaires commerciales, avant d’être envoyé à Benghazi, au début des troubles pour mater la rébellion. En vain.

L’homme est passé à la postérité pour être «le buteur du millénaire», à la faveur d’un match commandité le 31 décembre 2000 à 23HOO pour lui permettre de marquer un but, spécialement, au passage vers le nouveau millénaire. Sa compagne dans la vie n’était autre que Vanessa Hessler, mannequin italien de la publicité Alice de la firme ADSL.

4- Mou’tassem, le militaire.

Médecin et militaire de formation, ce colonel de l’armée libyenne a présidé, jusqu’en 2007, le Conseil national de sécurité, avant d’en être écarté pour abus d’alcool et tentative de putsch contre son père.

Au terme d’un exil égyptien destiné à calmer les remous familiaux que son comportement a suscités, il y sera réintégré en tant que conseiller, avec en prime un chèque de 2,8 milliards de dollars pour s’offrir sa propre unité militaire afin de ne pas faire pâle figure par rapport à ses frères Saad et Khamis.

Avec Seif Al Islam, il était l’autre successeur pressenti pour poursuivre le règne du père fondateur. Tous deux furent invités et reçus comme des princes héritiers, Seif par George W. Bush à la Maison-Blanche, et Mou’tassem, au département d’État, sous Barack Obama, par Hillary Clinton. Le quatrième fils de la fratrie est mort aux combats aux côtés de son père lors de leur tentative conjointe de forcer le blocus de Syrte le 20 août 2011.

5 -Hannibal, le fêtard

Celui qui s’est choisi comme pseudonyme, Hannibal, porte un nom prestigieux, associé à l’épopée de Carthage. Antépénultième des cinq descendants mâles de la famille Kadhafi, il s’est distingué par ses abus de comportement et ses excès de langage, se révélant comme la pâle copie d’une marionnette de vaudeville, usant et abusant du comique de répétition.

Fougueux, habitué des gazettes des faits divers, il avait confondu en 2004, au terme d’une nuit chargée de bruits et de fureurs, la prestigieuse avenue parisienne des Champs Elysées avec un circuit automobile de Formule 1, démarrant en trombe à 140 heures km à l’heure. Récidiviste en 2005, il avait roué de coup sa compagne libanaise d’alors, à l’époque enceinte.

En 2006, son nom a été mentionné dans un réseau de prostitution de luxe opérant à Cannes (sud de la France). En 2008, chargé de l’intendance, il avait eu l’ingénieuse idée de commander en Suisse les montres Chopard destinées à honorer les hôtes de marque conviés à la commémoration du régime.

Dans un coup de colère dont il est coutumier, il avait roué de coup des membres de son entourage suscitant son interpellation par la police suisse et une crise diplomatique subséquente entre la Suisse et la Libye.

Un an et demi après son arrestation à Genève, le fils prodigue du colonel Kadhafi aurait de nouveau fait des siennes. En vacances à Londres pour Noël, Hannibal aurait provoqué l’intervention de la police après avoir roué son épouse de coups.

Dépensier et fêtard, il fait scandale à Saint Barth, en 2009, lors d’une soirée festive en présence de Jay-z et Beyoncé. Il passe pour avoir réclamé à son géniteur la somme astronomique de 1,8 milliards de dollars (1,3 milliards d’euros) pour se constituer «sa propre milice», à l’identique à celle dont disposaient ses frères.

Ses vœux seront exaucés par son propre frère Khamis, qui se chargera de lui satisfaire son caprice, en lui donnant la possibilité de «commander un groupe de force spéciale qui lui sert d’unité de protection du régime».

Hannibal aura aussi égayé les vacanciers européens, deux étés durant, en 2008 et en 2009, allant jusqu’à provoquer une crise diplomatique entre la Suisse et la Libye, alors que son père faisait l’objet fin Août d’une citation à comparaître devant la justice libanaise pour sa complicité dans la disparition du chef spirituel chiite libanais l’Imam Moussa Sadr.

Un homme d’affaires français, Pierre Bonnard, très proche de l’ancien ministre du pétrole trouvé mort dans le Danube après la chute du régime, a joué un rôle éminent dans sa libération.

Fondant son pouvoir sur la transgression, l’alcool, le sexe et la violence, usant du charme d’un physique avantageux, Hannibal a été victime de la contradiction de son père qui clamait sa cesse sa volonté de révolutionner les mœurs arabes, mais qui s’est révélé incapable de donner une vraie éducation à ses fils, dont Hannibal a été le plus démonstratif, contrairement à Seïf al-Islam, qui s’abstenait des frasques au grand jour.

A chacun de ses dérapages, s’abritant derrière l’immunité diplomatique que lui confère son statut de «fils à papa» pour se doter d’une impunité, il a usé et abusé de sa position en une pathétique dérive caricaturale du pouvoir libyen qui se revendiquait comme une populocratie (gouvernement des masses) mais qui s’est révélé comme une des plus grandes supercheries politique de l’histoire arabe contemporaine

Le 11 décembre 2015, Hannibal qui résidait à Damas, se replie vers le Liban alors que la Syrie est  en proie à la guerre civile. Il est enlevé par un groupe armé non identifié alors qu’il se trouvait au Liban. Les ravisseurs réclamaient «des informations sur Moussa Sadr”.

Hannibal est ensuite inculpé par la justice libanaise. Bien qu’ayant seulement trois ans au moment des faits, il est accusé en raison de son rôle au sein du régime kadhafiste, de détenir des informations au sujet de l’enlèvement du chef spirituel de la communauté chiite libanaise.

Au terme de dix ans d’incarcération, la justice libanaise a ordonné sa libération, le 17 octobre 2025,] contre une caution de 900.000 dollars.[

6 -Seïf Al Arab, l’amoureux de vitesse.

Ce fils Kadhafi avait eu maille à partir avec la police allemande qui lui a confisqué sa Ferrari pour excès de vitesse et conduite dangereuse. Simple officier, formé en Allemagne et proche de son père, il a été tué dès le 30 avril 2011, dans un raid de l’OTAN.

7- Khamis, le benjamin

Formé en Russie, il dirigeait une brigade spéciale chargée de la sécurité de son père, le point d’équilibre et d’interposition de la compétition inter clanique, entre Seïf Al Islam Kadhafi (le réformateur) et Mou’tassam Bilal, conseiller pour la sécurité nationale, qu’une vive rivalité pour le pouvoir a opposée dans la succession paternelle.

A la tête de l’unité d’élite des forces spéciales, il était chargé de la défense de Tripoli, tenant la dernière base militaire pro-kadhafiste de la capitale jusqu’au 27 août. Il a été tué lors d‘un bombardement de l’OTAN. La télévision libyenne a confirmé sa mort le 17 octobre 2011.

8 -Aïcha, l’unique fille

La préférée du Guide était la présidente de la fondation caritative «Waatassimou», par référence aux premiers termes d’un verset du Coran qui stipule «cramponnez-vous à la croyance en Dieu et ne vous dispersez pas».

Son activité caritative masquait mal ses nombreuses acquisitions octroyées par son père dans les secteurs de l’énergie et de la construction, ainsi que des intérêts financiers dans la clinique privée de St James à Tripoli.

Juriste flamboyante, elle a participé au comité, elle a participé au comité de défense de l’ancien président irakien Saddam Hussein. Diplômée de l’Université Paris V (René Descartes), elle est l’auteur d’une thèse sur le tiers monde dirigée par le professeur Edmond Jouve, intitulée «Le tiers monde face à la légalité des actes du Conseil de sécurité».

La benjamine de la famille ambitionnait un rôle de premier plan dans son pays jouant la carte de la féminité et de modernité.

Portant lunettes noires et jeans, cette fausse blonde décolorée était présentée par la presse internationale au gré des rumeurs de son comportement tantôt comme la «Claudia Schiffer de la Libye», tantôt comme la lofteuse «Loana» de la téléréalité française, sans qu’il soit possible de savoir si cette extravagance constitue un atout ou un handicap dans une société majoritairement d’extraction bédouine.

Aïcha a fui en direction de l’Algérie le 29 août 2011. Elle a donné naissance à une petite fille quelques heures plus tard, dans une clinique, à proximité de la frontière.

9- Hana, (douceur sereine). Fille adoptive du colonel, elle a été tuée lors du raid américain contre Tripoli en 1986.

Epilogue

Nicolas Sarkozy, Bernard Henri Lévy et Hillary Clinton.

Le plus anti arabe des dirigeants français, qui se rêvait le Simon Bolivar de la Libye, a été pris “la main dans l’ sac” de la magouille et de l’esbroufe.

Sous Sarkozy, la France a fourni au Colonel Kadhafi du matériel de surveillance de sa population, particulièrement de son opposition, de la même manière que la France avait fourni du matériel anti émeute à la Tunisie et à Bahreïn pour la répression de la contestation populaire dans ces deux pays. Lisez bien: La surveillance des internautes dont les internautes contestataires, c‘est-à-dire l’opposition qu’il chérissait tant alors.

Pis:  l’examen des archives récupérées par l’ONG Human Right Watch a révélé des surprises. Des contacts réguliers entre la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et le chef de l’espionnage libyen, Moussa Koussa, qui a déserté le camp Kadhafi au début du soulèvement.

Autrement dit, le Libertador s’est révélé être un Matamore. Matamore (de l’espagnol mata moros, tueur de maures ou en arabe « mate » c’est-à-dire mort) est un personnage de la commedia dell’arte, un soldat fanfaron, se targuant d’exploits qu’il n’a pas réalisés et qui, au fond, n’est qu’un poltron.

24 ans après son exécution dans des conditions hideuses, Kadhafi, qui avait dressé sa tente dans le périmètre de l’Elysée sous la mandature Sarkozy, lui a adressé un magistral salut posthume en expédiant en prison le premier président de sang mêlé de france “avec les compliments du guide” pour le financement de la campagne présidentielle du français.

Bernard Henri Lévy

La sentence est impitoyable et résume bien, et le personnage et les laudateurs qui gravitent dans son orbite : “Celui que ma concierge prend pour un journaliste, les journalistes le prennent pour un philosophe et les philosophes pour ma concierge”. Pierre Bourdieu- Interventions 1961-2001.

La Libye a été, en fait, le point d’évacuation du contentieux para matrimonial entre Nicolas Sarkozy et Bernard Henri Lévy, entre l’époux de la « chipeuse » et le père de la victime.

(NDA) Raphaël Enthoven et Justine Lévy, la fille de BHL, étaient mariés. Raphaël abandonnera son épouse pour convoler avec Carla Bruni, à l‘époque la compagne du père d’Enthoven lors d’une rencontre au domicile estival de BHL. A son tour, Carla abandonnera Raphaël Enthoven pour épouser le président Sarkozy. BHL concevra de l’amertume devant les malheurs sentimentaux de sa fille Justine. Fin de la note.

Sur les malheurs du peuple libyen, Nicolas Sarkozy a, en effet, scellé sa réconciliation avec le théoricien de la guerre humanitaire, purgeant un contentieux souterrain para matrimonial, à la faveur d’un indécent ballet diplomatique, couvrant de ridicule la France, en contournant le nouveau ministre des Affaires étrangères, le gaulliste Alain Juppé, supposé restaurer le prestige terni de la diplomatique française.

Bernard Henri Lévy est un récidiviste impénitent. Conseiller du président Nicolas Sarkozy dans son équipée calamiteuse de Libye, en 2011, le nouveau philosophe vieilli se propulsera conseiller du président Emmanuel Macron, en 2023, 12 ans plus tard, sur un sujet hautement explosif : le conflit israélo-palestinien, lui suggérant la mise sur pied d’une colaition internationale contre le Hamas, suscitant un tollé monumental.

L’idée recelait, en effet, un piège de taille: La coalition internationale contre Daech comprenait des Etats arabes, alors que la coalition internationale contre le Hamas était exclusivement occidentale. Elle a suscité un tollé international par son caractère saugrenu.

Sans doute flatté par la fréquentation de cet intellectuel médiatique, négligeant le fait que cet « éternel nouveau philosophe », en fait, le fer de lance de la guerre médiatique pro-israélienne sur le théâtre européen, est davantage un homme de l’Otan plus qu’un homme de son temps. Conséquence de ce judicieux conseil : Jupiter de France a fait l’objet d’un tir croisé tant de la presse arabe que de la presse française. Une vitrification en règle.

Personnage fantasque, le philosphe du botulisme aura ainsi mis son engament sioniste au service des équipées atlantistes, instaurant, paradoxalement, la charia en Libye, sur le flanc méridionale de l’OTAN

Sur Bernard Henri Lévy, cf ce lien  BHL, homme de son temps ou homme de l’OTAN https://www.madaniya.info/2025/02/24/bernard-henri-levy-homme-de-son-temps-ou-homme-de-lotan/

Hillary Clinton

En pleine campagne de Libye, débarquant à l’improviste à Tripoli pour y sonner l’Hallali en vue de la mise à mort du Colonel Mouammar Al Kadhafi, sans égard pour les destructions qu’elle vient d’imposer à la Libye, elle aura ce terme d’une indécence méprisant à l’égard de sa future victime: «We came, we saw, He died».

Six ans après, la malédiction de Kadhafi a frappé Hillary, qui lui renvoie d’outre tombe, tel un effet boomerang, sa sentence morbide. «We came, We saw, She died».

Triste fin pour Hillary Clinton, en retraite forcée anticipée aux cachetons de ménagère dévaluée.

Le délire occidental lors de la séquence libyenne a été incommensurable au point que la journaliste du Monde chargée de la rubrique Maghreb, Isabelle Mandraud, commettra un livre, en toute hâte, vantant le chef du groupement des islamistes libyens en Afghanistan, parachuté directement de Kaboul à Tripoli par l’OTAN pour prendre d‘assaut la capitale libyenne et ses arsenaux.

”Du Djihad aux urnes, le parcours d’Abdel Hakim Belhadj”, tel est le titre de ce livre, dont l’auteure sera expédiée dare dare vers Moscou pour faire oublier sa déconvenue éditoriale, lorsque Belhadj renonçant à ses velléités démocratiques prendra la tête du mouvement Daech pour la zone sahélo-saharienne et fera profiter ses collègues islamistes du Machreq et du Maghreb des armes puisées dans les casernes libyennes.

La France et les Etats Unis, les deux pays les plus en vue dans l’expédition de Libye seront gratifiés de leur rôle:

-L’Amérique par l’assassinat de son ambassadeur à Tripoli  Christopher Stevens, le 11 septembre 2012, moins d’un an après l’assassinat de Kadhafi, mais à la date hautement symbolique du 11 s eptembre 2001, coincidant avec le raid terroriste contre les symboles de l’hyperpuissance américaine

-La France par l’attentat à la voiture piégée qui a dévasté la chancellerie en avril  2013

Au vu du bilan et des dégâts collatéraux qu’elle a provoqué, l’affaire libyenne apparaît à bien des égards comme une affaire de cornecul.

Sur l’assasinat de Seif Al Islam Kadhafi, pour le locuteur arabophone, cf ce lien:

Sur le colonel Mouammar Kadhafi, cf ce lien

Sur la Libye post Kadhafi

René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. De 1969 à 1979, il est correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France-Presse (AFP) à Beyrouth, où il a notamment couvert la guerre civile jordano-palestinienne, le « septembre noir » de 1970, la nationalisation des installations pétrolières d’Irak et de Libye (1972), une dizaine de coups d’État et de détournements d’avion, ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), la 3e guerre israélo-arabe d'octobre 1973, les premières négociations de paix égypto-israéliennes de Mena House Le Caire (1979). De 1979 à 1989, il est responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l'AFP[réf. nécessaire], puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, chargé de l'information, de 1989 à 1995. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève. Il en est en outre vice-président de l'International Center Against Terrorism (ICALT), Genève; Président de l'association caritative LINA, opérant dans les quartiers Nord de Marseille, et Président d'honneur de 'Car tu y es libre", (Quartier libre), œuvrant pour la promotion sociale et politique des zones péri-urbaines du département des Bouches du Rhône, dans le sud de la France. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut international pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est chargé de la coordination éditoriale du site https://www.madaniya.info et animateur d'une chronique hebdomadaire sur Radio Galère (Marseille), jeudi de 16H-18H.

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