Islam-Egypte: Du renouvellement du discours religieux

Islam-Egypte: Du renouvellement du discours religieux

Islam-Egypte: Du renouvellement du discours religieux 938 440 La Rédaction

Par Mamdouh Habashi, contributeur www.madaniya.info

Figure de proue de l’opposition démocratique égyptienne, Mamdouh Habashi est le disciple et le successeur de Samir Amine, le théoricien de l’alter-mondialisme. Chargé des Relations Internationales au sein du «Socialist Popular Alliance Party» d’Egypte, Mamdoud Habashi est également Vice- Président du «World Forum For Alternatives» (WFA) et membre du Conseil d’administration de «the Arab and African Research Center» (AARC). Adaptation en version française, René Naba, directeur du site : https://www.madaniya.info/

La chute du régime néo islamiste du président Mohamad Morsi, en juillet 2013, a  révélé l’ampleur de la menace terroriste qui pèse sur l’Egypte par l’emprise qu’exerçait la confrérie des Frères Musulmans sur les principaux rouages de l’Etat.

Ce fait a conduit le pouvoir à réclamer à cor et à cri le renouvellement du discours religieux, comme première étape en vue de la sortie de l’Egypte du tunnel terroriste dans lequel elle s’est engouffrée du fait de la théologie obscurantiste professée par les néo islamistes et dont elle n’est toujours pas parvenue encore à s’en dégager.

Le président Abdel Fattah Al Sissi a demandé à l’Université Al Azhar, la plus haute autorité religieuse musulmane d’Egypte et du Monde musulman, de s’engager sur la voie du renouvellement du discours religieux. Mais cette mission n’a pas eu l’heur de plaire à l’autre pôle religieux de l’Islam égyptien, le ministère des Waqfs, le ministère des biens de main morte, les biens religieux musulmans.

Les deux instances religieuses se sont alors livrées à une concurrence acharnée pour déterminer le domaine de leurs compétences respectives, notamment laquelle des deux instances serait habilité à entreprendre l’oeuvre de renouvellement doctrinale de la religion musulmane.

Dans un deuxième temps, les deux instances -Al Azhar et Le ministère du Waqf- ont conjugué leurs attaques contre les intellectuels qui se sont aventurés à donner leur avis sur la question, tel Islam Bouheiry. La polémique s’est prolongée pendant un an sans que le débat ne progresse d’un iota, plongeant dans la plus grande perplexité l’homme de la rue sur le chemin conduisant à la sortie du cauchemar obscurantiste qui continue de dominer tous les aspects de notre vie.

De la Réforme de la pensée: Une pensée est elle reformable ?

Il s’agit d’une question de principe, une question préalable, qu’il importe de poser avant d’entrer dans le vif du sujet. Quiconque combat dans les rangs de Daech et d’Al Qaida,  quiconque égorge et use du dynamitage est parfaitement convaincu de mourir en «martyr» promis au repos éternel au paradis.

Est il possible de convaincre, d’une manière patente, de telles personnes de leurs erreurs flagrantes?  Personnellement j’en doute car il conviendrait au préalable que leur vécu quotidien connaisse une modification fondamentale afin que cela puisse favoriser une nouvelle prise de conscience; une opération qui s’étendrait sur plusieurs générations.

De la religion

Les religions, qu’elles soient célestes ou non célestes, constituent un leg de l’histoire humaine dont l’objectif est de favoriser le passage d’une société d’une étape à une autre plus évoluée de l’histoire humaine.

Dans ce contexte, il serait vain de se poser la question de savoir si l’Islam est une religion de violence, de terrorisme ou une religion de paix, de mansuétude et du juste milieu? Ou si le Christianisme est une religion de violence, de terrorisme et d’extrémisme ou une religion de paix et d’amour?.  Ces questions se posent aussi aux autres religions à grande audience telles l’Hindouisme et le Bouddhisme.

En se fondant sur des faits historiques, la réponse objective à cette question nous conduirait à une vérité bien simple que l’on peut résumer ainsi: Les religions sont la résultante d’un contexte social dont elles sont directement issues, contrairement aux affirmations des fanatiques de toutes les religions, qui soutiennent, eux, que les religions sont immuables, imperméables aux bouleversements de l’histoire et de la géographie. Une étude objective de ce phénomène atteste de la véracité de ce fait.

Primo: Force nous est d’admettre que l’histoire ne connait pas grand chose à  ce qu’est l’Islam en soi ou le christianisme en soi. Elle sait en revanche comment les êtres humains ont perçu, adhéré et pratiqué ces religions tout au long des siècles.

Deuxio: Au sein du Monde musulman, il est manifeste qu’il existe une différence fondamentale des pratiques religieuses dans des pays tels que l’Egypte, l’Arabie Saoudite, l’Indonésie et l’Europe. De la même manière qu’il existe, dans le christianisme, des pratiques religieuses différentes en Egypte, en Europe du Nord, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et aux Philippines.

L’histoire du Moyen âge nous enseigne que la plupart des guerres en Europe ont été menées au nom de la Croix, pour la défense d’une idéologie, quand bien même ces guerres ont été menées par des pays qui partageaient la même croyance, sans parler des croisades menées par les pays européens contre les Arabes.

Il en est de même au sein du Monde musulman, dont l’histoire est chargée de guerres et d’assassinats, commis au nom de l’Islam, pour la défense de la religion, entre des musulmans. L’histoire est connue et dispense de tout développement.

Nous pratiquons une politique de l’autruche, la tête enfouie dans les sables, pour ne pas nous rendre compte d’une réalité éclatante: La religion, toute religion, depuis l’antiquité égyptienne et l’antiquité chinoise, n’est qu’un instrument au service du politique, dont il est fait usage soit de manière positive, soit de manière négative. Tel est le principal enseignement de l’histoire de l’Antiquité et de l’époque médiévale.

De la Modernité

Les historiens subdivisent l’histoire de l’Humanité en trois grandes périodes: l’Antiquité, l’époque médiévale, et l’époque moderne.

L’Antiquité avec l’émergence d’une conscience humaine, coïncidant avec l’époque de l’Egypte antique. En un sens, l’Egypte a une certaine antériorité dans cette phase de l’histoire humaine qui s’est achevée à la fin du VI me siècle de l’ère chrétienne, avec la fin de l’Empire Romain d’Orient.

De l’avis de la grande majorité d’historiens, la chute de l’Empire Romain a marque le début du Moyen Age, qui s’achèvera, lui, en 1492, avec la découverte de l’ Amérique par Christophe Colomb et la chute de Grenade, la capitale du Califat en Andalousie, aux mains des Catholiques.

Depuis lors le Monde vit les Temps Modernes. Ainsi donc, nous sommes partenaires d’une même humanité, sans pour autant que s’opère simultanément l’accession à la modernité de la totalité  de l’humanité.

La modernité marque le passage de l’époque médiévale à l’époque moderne, le passage d’une société statique à une société dynamique en perpétuel changement, le passage de l’aristocratie à la bourgeoisie, du mode de production féodal au monde de production capitaliste.

La ligne de démarcation entre la période médiévale et la période moderne réside, principalement, dans le système de référence politique des sociétés.

Au Moyen Age, le pouvoir provenait d’une dévolution divine que cela soit en Extrême orient (Chine, Japon), en Europe ou même au sein du califat islamique.

En Europe, la papauté constituait la référence suprême. Le pape, Représentant de Dieu sur terre et Chef de l’Eglise Catholique disposait, au titre de Souverain Pontife, de l’habilitation d’ introniser les souverains des pays catholiques.

Dans les Empires arabes, le Calife était «Commandeur des Croyants» et le serviteur de Dieu sur terre, avec pour mission d’appliquer la volonté de Dieu sur terre. Son pouvoir politique s’exerçait par la volonté de Dieu.

La Révolution Française (1789) a propulsé «Le Siècle des Lumières», libérant l’humanité de structures médiévales, en modifiant les termes du pouvoir. A la devise «Dieu est la source du pouvoir», la Révolution Française a substitué le principe «Le peuple est la source de tous les pouvoirs». Cette substitution a rendu infiniment plus complexe l’exercice du pouvoir.

Le Souverain exerçait son pouvoir de manière absolue en ce qu’il était représentait la volonté de Dieu sur terre. La démocratie, c’est à dire l’exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple, s’est révélée une opération de grande complexité au regard du passé.

Dans cette phase, l’Etat moderne s’est doté d’institutions à l’effet de permettre  au peuple d’exercer le pouvoir, sur la base des quatre principes suivants:

  • Le principe de l’égalité de tous devant la loi.
  • Le principe de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire)
  • Le principe du contrôle du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif
  • Le principe de l’élection des représentants du peuple dans le cadre d’élections libres et honnêtes, consacrant le pouvoir législatif comme autorité suprême.

De l’avénement de l’Etat Moderne, il en a découlé des principes subsidiaires :

la citoyenneté, les Droits de l’Homme, les Libertés individuelles etc…

Un dispositif qui n’avait pas cours au Moyen Age et qui constitue le paradigme de  l’Etat Moderne fondé sur le principe cardinal selon lequel «le peuple est l’unique source du pouvoir».

Du même auteur

https://www.madaniya.info/2019/02/08/legypte-un-geant-sans-tete/

https://www.madaniya.info/2019/04/12/de-la-question-kurde/

Version originale

Pour aller plus loin sur ce sujet

https://www.madaniya.info/2014/12/26/la-bataille-de-la-modernite-du-monde-arabe/

https://www.madaniya.info/2017/12/01/le-califat-dans-les-imaginaires-de-l-islam-sunnite-1-2/

https://www.madaniya.info/2017/12/06/le-califat-dans-les-imaginaires-de-l-islam-sunnite-2-2/

https://www.renenaba.com/egypte-le-reve-fracasse-du-califat/

https://www.renenaba.com/legypte-dans-la-tourmente-islamiste/

https://www.renenaba.com/le-syndrome-egyptien/

Pour le locuteur arabophone, en annexe, une analyse de l’intellectuel égyptien Ala’a Al Aswani à propos de l’Etat Islamique

La Rédaction

Madaniya - Civique et citoyen. Madaniya s'honore de la responsabilité d'abriter au sein de sa rédaction des opposants démocratiques en exil en provenance des pays du golfe, dont la contribution se fera, pour des raisons de sécurité, sous le sceau de l'anonymat, par le biais de pseudonyme.

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