Hervé Gourdel in Memoriam

Paris – Pour qui écoute et regarde les télévisions françaises, chaque homme politique, chaque « expert » – en tout cas ceux qui sont sélectionnés pour arriver jusqu’à l’écran – est prêt à donner la vie des autres… Pourvu que les « barbares » jihadistes soient éradiqués.

Ainsi le pauvre Hervé Gourdel est mort sans avoir eu le temps de comprendre pourquoi sa vie s’arrêtait ainsi au milieu de la voie. Nous n’osons imaginer qu’un membre d’une famille de notables français, au hasard d’une plage en Tunisie par exemple, soit capturé par les « barbares » dont on nous parle… Soudain la parole d’airain deviendrait caoutchouc mou, il y aurait urgence à négocier.

Quand on est otage c’est idiot d’être le fils de personne, et ni diplomate ou journaliste : tous les hommes sont égaux devant la vie mais il y en a qui sont plus égaux que d’autre.

Vous aurez observé qu’en déclenchant une seconde guerre contre le jihad, après celle du Mali, François Hollande est entré par la porte d’honneur au Panthéon du socialisme : depuis 1954 tout leader se réclamant de Jaurès n’obtient sont label rose qu’en bombardant des musulmans. Pour ne pas remonter au XIXe siècle, observons qu’en 1956, tandis Guy Mollet était à Londres, c’est Mitterrand qui a prêché la croisade contre Nasser et l’Égypte devant le Parlement et le Sénat réunis en Haute Assemblée. On retrouve le même duo, Mollet-Mitterrand pour bombarder et torturer en Algérie, le cordon de la guillotine à la main. Jamais deux sans trois, le même Tonton va lancer ses missiles contre les civils d’Irak en 1991.

Hollande est donc au cœur de la doctrine : la guerre aux musulmans. En passant, je trouve que, physiquement, il y a en François II un peu de Robert Lacoste, le Gouverneur général socialiste de Algérie, celui qui disait aux hommes de Bigeard « Allez-y les petits gars ». Notons au passage que la guerre pour la guerre ne faisant pas chic, on fait main tenant de « l’humanitaire », par Rafales.

Car il faut parler clair et appeler état major militaire, un menteur. Quel crédit accorder à ses images gracieusement cédées aux chaînes de télés qui s’empressent d’en faire des jeux vidéo. Le commentaire est toujours positif : « Deux appareils ont procédé à une frappe contre une cible terroriste avec succès »… Fermé le ban.

Pour toujours avoir été du mauvais côté des bombes et missiles, c’est-à-dire en dessous, je peux vous assurer que ces communiqués sont du baratin. Plusieurs solutions. Un, les avions ont raté leur cible et fait un trou dans le désert. Deux, ils ont touché une étable contenant deux fûts d’essence et quatre fusils de chasse. Trois ils ont bombardé un mariage ou un enterrement.

Voilà ce qu’est un vrai bilan militaire.

Les murs de béton encore bouillants, je suis arrivé très vite, en janvier 1991 à Bagdad, sur les ruines d’un abri touché par des bombes américaines… Bilan, 400 morts, des femmes, des vieux et des enfants. Et l’état major, lui, était convaincu d’avoir éliminé Saddam Hussein !

A ceux qui estiment que j’exagère, je recommande d’analyser le bilan d’Obama et de ses drones, rien qu’au Pakistan. Il est lourd, plus de trois mille civils exécutés. Avec les drones toute « bavure » est vécue sans que ne pointe une mauvaise conscience. Le pilote n’a pas les fesses dans un jet mais dans le fauteuil en skaï d’un bureau aménagé autour de plantes grasses, dans la banlieue de Washington.

Tuer des musulmans entre la dégustation des deux hamburgers ? Même pas grave si ce ne sont pas « les bons ». Voilà pour l’aspect moralo-militaire.

Mais souvenez-vous bien que depuis le Vietnam, les bombes finissent pas avoir raison de ceux qui les lancent. Avant de s’engager dans une opération guerrière et donc de politique étrangère, lui qui ne connaît que la Corrèze, Hollande aurait pu se poser quelques questions.

Si le monde en est arrivé à cette montée des « barbares » c’est que l’Occident leur a fait la courte échelle. Tout d’abord l’Amérique qui, dans un premier temps, a nobélisé les valeurs de Ben Laden, puis créé le chaos en détruisant l’Irak dont le ventre fécond a produit le Califat qui nous occupe.

Si Hollande veut être pertinent, qu’il propose qu’un tribunal international soit créé afin de juger George Bush et ses amis néoconservateurs, si doués pour redessiner le monde.

Dans la foulée, sur le banc des accusés, on réservera une place à Nicolas Sarkozy qui a, lui, balayé un autre pays, la Libye. Les mêmes juges devront inculper et condamner les dirigeants d’Arabie Saoudite et du Qatar qui, depuis des lustres, encouragent et financent ces admirables jihadistes.

L’histoire purgée, avant même que la pathétique DGSI ne galope après des gamins rentrés de Syrie, il faudra s’interroger sur ces puissants « traders » qui achètent le pétrole aujourd’hui entre les mains du Califat et qui continue de couler, juste un peu plus rouge.

Il faudrait, François II, vous interroger sur le jeu de la Turquie, elle qui ne voit que des touristes sous les barbes des « barbares ».

Ignorant tout des données réelles de la politique au Moyen Orient, conseillés par des hommes dont le logiciel est resté calé sur la vision de Bush, Hollande connaît bien la politique intérieure française.

Il sait que depuis soixante ans, taper sur des musulmans est d’un bon rapport qualité-prix, capable de grignoter des points dans les sondages et de faire taire la Marine de guère.

En attendant, mes frères, ceux d’Hervé Gourdel, qui voyagez dans ce monde à l’envers, débrouillez-vous pour rester en vie, les Rafales roses s’occupent du reste.

Jacques Marie Bourget

Ancien grand reporter à Paris Match, Jacques-Marie Bourget a couvert, entre autres événements, la 3ème guerre israélo-arabe de juin 1967, la guerre du Viêt Nam, la guerre du Liban, la guerre au Salvador, la première et la seconde Intifada, la première guerre du Golfe, la guerre de l’ex-Yougoslavie. En 1986, il a obtenu le prix Scoop pour avoir révélé l’affaire Grenache. Le 21 octobre 2000, à Ramallah en Cisjordanie, il est grièvement blessé par une balle de M16 tirée par l’armée israélienne.
Jacques Marie Bourges est l’auteur des ouvrages suivants :

  • Le Vilain Petit Qatar, Nicolas Beau, Jacques-Marie Bourges, Éditions Fayard, 2013
  • Sabra & Chatila, au cœur du massacre par Jacques-Marie Bourget, photographies de Marc Simon, préface d’Alain Louyot. Éric Bonnier éditions (2012)
  • Survivre à Gaza par Mohamed al-Rantissi, Christophe Oberlin et Jacques-Marie Bourget. Éditeur Koutoubia (2009)
  • Des affaires très spéciales – 1981-1985 par Jacques-Marie Bourget,Yvan Stefanovitch. Plon (2001)
  • Yann Piat, par Claude Ardid et Jacques-Marie Bourget. Plon (1998)
  • Gérard Devouassoux, Le Souffle de la montagne par Jacques-Marie Bourget, préface de Maurice Herzog. Éditions Solar (1975)

Pour aller plus loin

  1. Hakim
    Nov 03, 2014 - 08:04

    Très bon papier sur ces « guerres préventives » et autres frappes « chirurgicales avec la complicité de pseudo-socialistes…..

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