Extraits de l’article de Robert F. Kennedy. Jr à la revue Politico

Extraits de l’article de Robert F. Kennedy. Jr à la revue Politico 23/02/16.

Robert F. Kennedy. Jr est le fils de Robert Kennedy, assassiné le 5 juin 1968, au cours de la campagne présidentielle. Neveu du président John Fitzgerald Kennedy, il a évidemment eu accès aux archives de la famille. Pour lui, la « guerre contre la terreur » n’est rien d’autre qu’une  « guerre pour le pétrole ».

 Une opération de déstabilisation longue durée en coopération avec les Frères Musulmans au point de donner crédit à l’accusation selon laquelle la Confrérie est l’éxécutant des basses oeuvres de la stratégie américaine
« Le catalogue honteux des interventions violentes US en Syrie est peu connu du peuple américain au contraire du peuple syrien.
Bien avant l’occupation de l’Irak en 2003, qui a engendré le soulèvement sunnite, précurseur de l’État islamique, la CIA a nourri le djihadisme violent, en en faisant une arme de la guerre froide, ce qui empoisonna les relations US/Syrie.
En juillet 1957, à la suite de l’échec d’un coup d’État en Syrie par la CIA, mon oncle le sénateur John F. Kennedy, a déclenché la colère de la Maison-Blanche, des dirigeants des deux partis politiques, de nos alliés européens avec un discours mémorable soutenant le droit à l’autodétermination du monde arabe et la fin de l’ingérence impérialiste de l’Amérique dans ces pays.

La déstabilisation de la Syrie par la CIA : une vieille histoire.

La CIA commença à intervenir en Syrie en 1949. Le président démocratiquement élu, Chukri al-Qouwatly hésitait à donner son accord au projet US d’oléoduc Trans-Arabian Pipeline destiné à relier les champs pétrolifères d’Arabie saoudite au Liban, via la Syrie. Dans son livre « Legacy of Ashes », l’historien de la CIA, Tim Weiner raconte que la CIA remplaça Chucri al-Qouwatly par un dictateur de son choix, un ancien escroc, Husni al-Zaïm.

À la suite d’une série de coups dans une Syrie déstabilisée, Al-Quowatly du Parti National fut réélu en 1955. Bien que partisan de la neutralité, dans cette guerre froide, mais piqué au vif par sa précédente éviction, il se rapprocha du camp soviétique. Ce qui ne manqua pas de déclencher les foudres de Dulles pour qui « la Syrie était mûre pour un coup » que fomenteront deux experts en coup d’État : Kim Roosevelt et Rocky Stone…(…)…

Rocky Stone arriva à Damas, en avril 1953, avec 3 millions de $ d’armes pour les militants islamistes et pour corrompre les officiers et politiciens. Son projet était d’assassiner, avec l’aide des Frères Musulmans, le chef des services secrets, de l’Etat-major et le chef du parti communiste et de fomenter des « conspirations et des provocations armées » en provenance d’Irak, de Jordanie, et du Liban, pays déjà sous la coupe US, et d’en faire accuser les baasistes syriens ; l’objectif final étant l’invasion de la Syrie…

Mais l’argent de la CIA échoua à corrompre les militaires et l’armée syrienne répondit en prenant d’assaut l’ambassade des Etats-Unis, faisant Stone prisonnier. Après un interrogatoire musclé, ce dernier avoua, à la télévision, le rôle joué dans le coup en Iran et la tentative de coup d’Etat contre le gouvernement légitime de la Syrie. Stone fut expulsé de Syrie ainsi que deux autres membres de l’ambassade US. C’est la première fois qu’un diplomate US l’était dans un pays arabe.

La Syrie, par la suite, purgea tous les politiciens associés au coup et exécuta les officiers coupables de trahison. En représailles, la Maison-Blanche d’Eisenhower envoya la VIe Flotte en Méditerranée et pressa la Turquie d’envahir la Syrie. Ce qui ne se fit pas suite aux protestations violentes de la Ligue arabe.

La CIA n’en poursuivit pas moins ses efforts secrets pour renverser le gouvernement baasiste démocratiquement élu. Elle créa avec l’aide du MI6 britannique un « Comité Syrie Libre » et chargea les Frères Musulmans d’assassiner trois fonctionnaires du gouvernement syrien qui avaient dévoilé un « complot américain ».
Selon Matthew Jones, auteur de The Preferred Plan : the Anglo-American Working Group Report on Covert Action in Syria, 1957 : « La CIA a éloigné la Syrie des États-Unis et l’a poussé dans des alliances prolongées avec la Russie et l’Egypte ».

Encore une guerre pour un gazoduc

Alors que la presse américaine complaisante copie la vision des militaires US que le soutien à la rébellion syrienne est de nature humanitaire, les Arabes voient la crise présente comme une guerre par procuration pour les oléoducs et la géopolitique…
La guerre n’a pas commencé avec les manifestations pacifiques, mais dès 2000 avec le projet qatari de gazoduc de 10 milliards de dollars et de 1500 km de long pour profiter de l’embargo sur l’Iran et, grâce aux terminaux en Turquie, économiser sur les coûts de transformation et de transbordement.
Le gazoduc Turquie/Qatar confirmera la domination des royaumes sunnites sur les marchés du gaz et renforcera l’allié US qu’est le Qatar avec ses deux immenses bases US.

En 2009, Bachar al-Assad annonça qu’il refusait de signer l’accord sur le transit du gazoduc à travers la Syrie, pour « protéger les intérêts de notre allié la Russie ». Il approuva par la suite le projet russe de « gazoduc islamique » qui ferait de l’Iran -et non le Qatar- le principal fournisseur de l’Europe et augmenterait considérablement l’influence de Téhéran au Moyen-Orient et dans le monde.

Israël était aussi déterminé à faire dérailler le projet de gazoduc islamique qui enrichirait l’Iran et la Syrie et aussi en conséquence, le Hezbollah et le Hamas. Et donc, le soulèvement syrien pour renverser le régime de Bachar al-Assad était dans les tuyaux bien avant les événements de 2011 et selon WikiLeaks, la CIA était déjà sur le terrain…(…)…

Pour John Kerry, les États sunnites avaient offert aux États-Unis de régler les coûts d’une invasion de la Syrie « s’ils le faisaient comme ils l’avaient fait ailleurs… L’offre est sur la table».
L’idée de fomenter une guerre civile entre sunnites et chiites pour affaiblir les régimes syrien et iranien afin d’assurer le contrôle des ressources pétrochimiques de la région n’était pas une nouveauté dans le catalogue du Pentagone.

Un rapport de la RandCorporation de 2008 envisageait le plan des actions futures. Selon ce document, le contrôle des richesses en gaz et pétrole du sous-sol du Golfe Persique restera toujours « une priorité stratégique US » qui « se combinera fortement avec celui d’une guerre prolongée».
La Rand recommandait des « actions clandestines, des opérations d’information, une guerre non-conventionnelle » pour mettre en place une stratégie de type « diviser pour régner».
« Les États-Unis et ses alliés locaux pourraient utiliser les djihadistes nationalistes pour lancer une guerre par procuration » et « les dirigeants US pourraient aussi choisir de capitaliser sur un conflit sunnite-chiite de longue durée en soutenant les régimes conservateurs sunnites contre les mouvements de prise du pouvoir du monde musulman… soutenant de toute évidence des gouvernements sunnites autoritaires contre un Iran en permanence hostile».

Deux ans avant que les coupeurs de gorge ne fassent leur apparition sur la scène mondiale, une étude de 7 pages de la Defense Intelligence Agency (DIA) (Agence du renseignement de la Défense) US, obtenue du groupe d’extrême droite, Judicial Watch, avertissait que, en raison du soutien de la coalition américano-sunnite pour les djihadistes sunnites radicaux, « les salafistes, les Frères Musulmans et Al-Qaïda en Irak (AQI – maintenant EI) étaient devenus le moteur de la rébellion en Syrie». Grâce aux fonds fournis par les États-Unis et les États du Golfe, ces groupes ont orienté les manifestations pacifiques contre Bachar al Assad dans une direction « carrément religieuse (chiite contre sunnite)».
Le document note que le conflit est devenu une guerre de religion soutenue par des « pouvoirs religieux et politiques ». Il décrit le conflit syrien comme une guerre totale pour le contrôle des ressources de la région avec « l’Occident, les pays du Golfe et la Turquie soutenant l’opposition anti-Asssad, tandis que la Russie, la Chine et l’Iran sont aux côtés du régime ».

Les auteurs du document de sept pages du Pentagone semblent endosser l’avènement d’un califat. « Si la situation se développe, la possibilité existe que dans l’est de la Syrie (Hasaka et Deir ez-Zor), une principauté salafiste, reconnue ou non reconnue, s’établisse et c’est exactement ce que recherchent les soutiens à l’opposition : isoler le régime syrien».
Le rapport du Pentagone note qu’elle pourrait passer la frontière irakienne vers Mossoul et Ramadi et « déclarer un État islamique au travers de sa fusion avec les autres organisations terroristes d’Irak et de Syrie ». C’est précisément ce qui est arrivé. Les régions de Syrie occupées par l’État islamique englobent exactement le tracé du projet de pipeline qatari…(…)…

En dépit de l’image véhiculée, par la presse, d’un mouvement de protestation modérée contre le tyran Assad, les services secrets US savaient, dès le départ, que leurs fondés de pouvoir s’avéraient être des djihadistes radicaux qui se tailleraient, certainement, un nouveau califat sur les vestiges sunnites de la Syrie et de l’Irak grâce au soutien US/Coalition sunnite… comme l’assurait une étude officielle US obtenue par une organisation de droite, Judicial Watch.

Mais, comme l’avoue Tim Clemente, président du Joint Terrorism Task Force du FBI de 2004 à 2008, « nous avons commis les mêmes erreurs qu’en Afghanistan où nous avons formé les moudjahidine. Dès que les Russes furent partis, nos supposés amis se sont mis à fracasser les antiquités, réduire en esclavage les femmes, couper les membres et nous tirer dessus »…(…)…
Et ces « erreurs » durent depuis plus de 30 ans car « avouons-le, la « guerre contre la terreur » n’est rien d’autre qu’une « guerre pour le pétrole ».

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