Liban-présidentielles : Remue-méninges pour lutter contre l’Alzheimer précoce des Libanais

Quand Walid Joumblatt pressait le Président Elias Hraoui de lancer une opération militaire conjointe libano-syrienne pour mater le Général Michel Aoun, à l’époque principal opposant à la présence militaire syrienne au Liban.

Le Parlement libanais s’apprête à élire, lundi 31 octobre 2016, Michel Aoun, à la présidence de la République libanaise, au terme de plus de deux ans de vacances de pouvoir.

Le Chef du Courant Patriotique Libanais, la plus importante formation chrétienne libanaise, allié majeur du Hezbollah, a bénéficié dernièrement du ralliement à sa candidature de M. Saad Hariri, le chef du clan rival de la formation chiite.

La joie, réelle, qui a envahi les Libanais à l’annonce de cet arrangement électoral ne saurait masquer les turpitudes de la classe politique et leur volonté à l’époque de mater le général Aoun.

Ancien chef du gouvernement transitoire libanais en sa qualité de commandant en chef de l’armée, à l’expiration du mandat du président Amine Gemayel, en 1988, et opposant farouche à la présence syrienne au Liban, le Général Aoun a dû s’exiler, en 1990, en France, au terme d’un combat fratricide inter-chrétien avec son rival politique Samir Geagea, à l’époque chefs des Forces Libanaises, les milices chrétienne; épilogue de l’arrangement inter libanais de Taef (1989) qui met fin à la guerre civile.

Dans ses mémoires, le président Élias Hraoui, le terne premier Président effectif de la République post arrangement de Taef, relate les manigances de Walid Joumblatt, chef féodal du parti socialiste libanais, en vue de mâter le Général Aoun, ainsi que les engagements de Samir Geagea, l’un des grands criminels de la guerre libanaise et allié privilégié d’Israël de mettre une sourdine à sa campagne anti-syrienne, sous réserve que «soit mis fin à la situation anormale représentée par Michel Aoun».

Ci joint la traduction des extraits de mémoires en arabe du Président Hraoui :

Dans son ouvrage intitulé «La restauration de la République: Des micro-états à l’état», le président Hraoui reproduit deux lettres l’une de Walid Joumblatt, l’autre de Samir Geagea, ayant trait à cette affaire.

L’engagement conditionné de Samir Geagea.

Page 142, l’ouvrage reproduit une lettre manuscrite de Samir Geagea dans laquelle le chef des Forces Libanaises s’engage auprès du président libanais à «cesser les campagnes médiatiques contre la Syrie», à placer ses hommes -officiers ou simples combattants- sous l’autorité hiérarchique, de même que la restitution des armes de sa milice aux autorités légales».

La lettre, en date du 14 Février 1990, stipule que «de telles dispositions seront mises en vigueur dès qu’il aura été mis fin à la situation anormale de Michel Aoun».

La missive de Walid Joumblatt

Page 144, l’ouvrage reproduit une lettre manuscrite de Walid Joumblatt dans laquelle, le futur partenaire en affaires de Rafic Hariri, le milliardaire libanais saoudien, plaide ouvertement pour une intervention militaire libano syrienne contre le Général Michel Aoun

Ci joint l’intégralité de la lettre :

«Le rapport des forces semble évoluer en faveur de Michel Aoun. Il incombe de le priver d’une victoire militaire totale, par le biais d’une opération militaire conjointe syro-libanaise, depuis Souk Al Gharb», localité stratégique sur la route Beyrouth-Damas, dans la montagne libanaise, située en surplomb de la capitale libanaise.

«Nous sommes disposés à y participer. Mais le temps presse et il importe de passer à l’offensive dans les heures qui suivent, avant que Michel Aoun n’élimine Samir Geagea et ne s’intronise Roi des Chrétiens ou Gouverneur Suprême».

Epilogue :

26 ans après cette correspondance, Samir Geagea faisait alliance avec Michel Aoun pour barrer la voie à Souleimane Frangieh, l’unique rescapé de la tuerie d’Ehden (1978) ordonnée par le chef des forces libanaises contre le clan Frangieh, pour éradiquer tout contestataire à son leadership.

Mais entre temps, que de deuils, de destructions, de vies brisées, de victimes innocentes des guerres picrocholines de la mafiocratie libanaise.

Signe du dysfonctionnement de la démocratie libanaise, tant célebrée ailleurs par des thuriféraires intéressés par sa précarisation, le Général Michel Aoun, est le 4eme officier supérieur à accéder à la magistrature en 47 ans d’indépendance, après le Général Fouad Chehab (1958-1964), Le Général Emile Lahoud (1998-2007), Michel Souleimane (2007-2013). Et le troisième d’affilée depuis l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, et turbulences djihadistes qui se sont ensuivies dans la zone.

Annexe documentaire

Illustration

Des milliers de Libanais manifestent à Beyrouth en déployant un drapeau national géant pour réclamer l’élection du président de la République au suffrage universel direct, le 4 septembre 2015 afp.com/PATRICK BAZ

Pour aller plus loin

  1. kaiss wa leila
    Oct 31, 2016 - 05:46

    Merci René
    Intéressant article qui révèle une fois de plus les turpitudes politiques à l’oeuvre au Liban, ici dans le contexte de la fin de la guerre civile.
    Tu étais en poste à l’AFP à l’époque ? As-tu toi-même écrit des mémoires sur cette période ?
    Sinon, que penses-tu de la candidature d’Aoun ? Il semble être une personnalité fédératrice qui pourrait contribuer à la stabilité du pays, voire de la région.
    Au plaisir de te lire et de te revoir,

    Kaïs

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  2. Yves Bonnet
    Oct 31, 2016 - 06:20

    Merci René,
    Tu ne peux savoir combien l’élection de Michel Aoun me fait plaisir. Dans les moments difficiles que vit le Liban, il est un des rares Libanais à pouvoir rassembler et incarner un Liban fier et digne. Et oui, nous avons le même âge ….
    Amitiés à toi Yves

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  3. René Naba
    René Naba
    Oct 31, 2016 - 10:27

    Saad Hariri s’est rallié à la candidature du Général Michel Aoun après avoir lâché son premier choix, Samir Geagea, l’un des grands sanguinaires de la guerre civile libanaise, puis sa victime, Soleimane frangieh, le rescapé de la tuerie d’Ehden qui a décimé sa famille sur ordre du chef des forces libanaises, les milices chrétiennes.

    Le grand vainqueur incontestable de cette bataille présidentielle libanaise n’est autre que Hassan Nasrallah, homme d’honneur et de parole. Le chef du Hezbollah libanais n’a pas varié dans son soutien avec le général Michel Aoun, depuis leur alliance stratégique scellée il y a onze ans.

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  4. Michael Maschek
    Nov 01, 2016 - 01:59

    Bonjour René,

    Je lis avec beaucoup d’intérêt tes articles. Je serai moins sévère avec l’Alzheimer « de nos politiciens » que celui de « tous les libanais » qui se souviennent souvent très bien de toutes ces turpitudes.
    C’est sûr, les négociations pour dégager Aoun à partir de 1989 sont aussi nauséabondes que le personnage lui même.

    D’ailleurs peut on dire qu’un seul parti au Liban défende réellement les intérêts de la population libanaise (salaire, santé et éducation pour ne prendre que ces aspects) et ce quelque soit ses origines ? Aucun, y compris le Hizbollah, ne remet fondamentalement en cause l’héritage laissé par la présence française si ce n’est par quelques changements circonstanciels et sous la pression des événements.

    A bientôt
    Michael

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  5. Manessour
    Nov 02, 2016 - 11:11

    Merci frère j’ai trouvé cette article très intéressant enccort merci

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