Qatar, Le Livre Noir 4/4. La stratégie du lobby du Qatar dans les médias arabes et occidentaux.

  • Une Étude du Centre Euro-arabe contre l’Extrémisme
  • Adaptation en version française par www.madaniya.info

Sur fond d’une campagne de presse menée par la chaîne saoudienne «Al Arabiya» et la chaîne d’Abou Dhabi «Sky News Arabic», la cellule de crise du Qatar a pris la décision d’activer la «soft power» de la principauté pour lancer la contre attaque s’articulant sur 4 axes:

  1. Cibler Abou Dhabi, notamment le Prince héritier
  2. Amplifier les divergences entre l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis, en ménageant le Roi Salmane et en vantant sa sagesse et son souci de ne pas tomber dans le piège d’Abou Dhabi.
  3. Accentuer les critiques contre l’Égypte
  4. Développer le thème suivant: Le différend est un mal. La réconciliation un devoir. Celui qui attise le mal ne saurait bénéficier de l’appui de quiconque.

Le Centre a recensé près de 250 sites, journaux et hashtag, certains réactualisés dès le début de la crise du Qatar avec le quatuor, d’autres plus anciens auparavant exclusivement consacrés aux questions de jurisprudence et de bienfaisance, d’autres enfin appartenant à des personnes en poste dans le lobby Qatar. Tous ont été mobilisés pour la bataille médiatique tirant à boulets rouges sur le quatuor, ciblant plus particulièrement «Arabiya» (Arabie saoudite) et «Sky News Arabic» (Abou Dhabi).

  • Le site anglais al-bab.com, pro Qatar, incarnera le mieux cette politique.
  • Le Canal HIWAR (Dialogue), basé au Royaume Uni, lancera une attaque frontale contre les 4 pays arabes anti Qatar, les accusant d’être hostiles à l’Islam, au Hamas, et à la Palestine.
  • Le site NOUN diffusera, de son côté, des vidéos sur les violations des droits de l’homme aux Émirats Arabes Unis, accompagnant ses attaques contre la chaîne saoudienne MBC et son directeur général Turki Ad Dakhil, le menaçant de dévoiler les documents concernant sa corruption par la famille Al Nahyane, famille régnante à Abou Dhabi. NOUN mettra ses menaces à exécution, publiant ces documents quelques jours plus tard.

Dernier, mais non le moindre, l’usage fait à grande échelle des valises diplomatiques à grande contenance pour stimuler l’argumentaire l’effort des faiseurs d’opinion en Europe et aux États-Unis.

1- Le site al-bab.com: Brian Whitaker et le torpillage de GNRD.

Fondé par Brian Whitaker, un doctorant dont la thèse portait sur le Yémen, ce thésard longue durée a abandonné ses recherches universitaires pour se lancer dans le journalisme.

Après un passage au quotidien britannique Guardian, nullement concluant, il se rend au Qatar en quête d’un financement pour son site dédié, dans un premier temps au Yémen, qu’il étendra à l’ensemble du Monde arabe après son séjour à Doha.

En 2014, sur instructions des services des renseignements du Qatar, il a mené campagne contre les institutions des Émirats Arabes Unis et contre ceux qui étaient en accord avec la politique hostile d’Abou Dhabi à l’encontre des Frères Musulmans et du mouvement salafiste.

Pour ce faire, il a été en contact avec des activistes du Hamas et des Frères Musulmans chargés de alimenter en informations sa campagne, tels Azzam Tamimi, Directeur exécutif de la Chaîne «Al Hiwar» de Londres, Waddah Khanfar, le frère de ce dernier, chef du Hamas à Jenine (Cisjordanie).

Waddah Khanfar, ancien directeur d’Al Jazeera, au déclenchement du «printemps arabe» s’installera à Tunis, à la demande du Qatar, pour lancer le projet de «Davos Arabe» un forum économique annuel consacré au Monde arabe qu’il avait mis en place sous le régime post dictature.

Mais l’éviction du tandem Mouncef Marzouki, premier président de la république Tunisienne post dictature et Rached Ghannouchi, son mentor néo islamiste, a fait capoter le projet, conduisant Waddah Khanfar à prendre la direction du Huffington Post en langue arabe, recrutant une équipe à la sensibilité confrérique marquée, piochée dans le vivier d’Al Arabiya, à l’instar d’Abdel Rahman Rached, ou Hakam Al Baba.

Brian Whiteker a été en outre chargé de mener campagne contre GNRD. En étroite collaboration avec l’ambassade du Qatar en Norvège, le lobby pro-israélien du pays et les services de renseignements du Qatar, Whitker a réussi à torpiller cette organisation non gouvernementale, qui avait eu l’outrecuidance de vouloir enquêter sur les conditions de vie de travail des immigrés népalais sur le chantier du Mundial. Un crime de lèse majesté impardonnable.

Les deux activistes anglais chargés d’enquêter sur cette affaire pour le compte du GNRD avaient été arrêtés à Doha, et, fort de son butin de guerre, le Qatar a réussi à démanteler le GNRD par des moyens non juridiques à la faveur d’une transaction entre le Qatar et la Norvège.

Alternative aux prescripteurs occidentaux, le GNRD (GLOBAL NETWORK FOR RIGHTS AND DEVELOPMENT) se posait en émule de Human Right Watch et d’Amnesty International.

Fondé en 2008, GNRD disposait d’une importante infrastructure avec son siège central à Stavanger (Norvège), de deux sièges européens, le premier à Genève (Suisse), la pépinière des ONG, le deuxième à Bruxelles, siège des institutions européennes ainsi qu’à Valence (Espagne) et des bureaux régionaux au Moyen Orient, à Amman (Jordanie) et à Doubaï (Émirats Arabes Unis). Le tout secondé par une armée d’activistes volontaires, d’informateurs et de bénévoles.

Pour aller plus loin sur cette affaire GNRD versus Qatar sur ce lien :

Le succès de Whiteker dans l’affaire GNRD, -une ONG qui bénéficiait pourtant du statut consultatif auprès du Conseil économique et social (ECOSOC)-, sa parfaite synchronisation avec l’ambassade du Qatar en vue de susciter des problèmes au GNRD devant la justice économique le destinait tout naturellement à occuper une place de choix au sein du lobby Qatar pour commander la stratégie visant à l’affrontement avec le quatuor sur le théâtre européen.

Cf à ce propos en annexe documentaire en arabe, le fax simili du courrier adressé par Hamad Al Khalifa, Ambassadeur du Qatar en Suède, en charge de la Norvège, à Ali Ben Fahd Al Hajery adjoint du ministre pour les Affaires étrangères au ministère qatari des Affaires étrangères, dans lequel le diplomate se félicite de sa parfaite entente avec la Chef de l’Unité de renseignements du Norvège et la parfaite compréhension de cette dernière à l’égard des doléances du Qatar, demandant à son interlocuteur diplomatique de veiller à déclencher une campagne médiatique contre le GNRD lors du lancement de la procédure judiciaire afin de lui assurer une couverture médiatique.

En compagnie d’Al Jazeera et la chaîne Hiwar, Brian Whiteker a été chargé en outre de mener campagne contre des écrivains et personnalités arabes critiques à l’égard du Qatar et de son Mufti Qaradawi, propageant des écrits hostiles aux Émirats Arabes Unis.

Le propagandiste anglais du Qatar passe pour entretenir des contacts suivis avec les services de renseignements britanniques, qui ferment l’œil sur les sommes considérables qu’il reçoit du Qatar.

2- Académie de changement: objectif jeunesse en vue d’une transformation radicale de la société dans un sens islamiste.

Il était évident que l’impact de Qaradawi et de l’Union Mondiale des Oulémas Musulmans» avait des effets limités sur la jeunesse. Le Mufti du Qatar a donc chargé son gendre, Hicham Morsi, de mener une action auprès de la jeunesse en fondant pour ce faire à Londres, en 2006, l’«Académie du Changement». L’académie déménagera vers le Qatar en 2014.

Disposant d’un budget substantiel, l’académie a embauché des dizaines de jeunes notamment Saad Bahar, Ahmad Abdel Hakim et Wael Adel (Égypte), procédant à la formation de dizaines de jeunes des pays arabes: Arabie saoudite, Émirats Arabes Unis, Égypte, Libye, Syrie, ainsi que des pétromonarchies du Golfe.

Bras administratif et intellectuel de la révolution arabe, bon nombre de cadres de l’académie ont pris part à la séquence dite du «Printemps arabe» en Janvier 2011. Sous des termes vagues, l’Académie visait, non la réforme de la société ou son changement, mais la destruction des sociétés en vue de leur substituer ds sociétés reposant sur des fondements islamiques de tendance confrérique. Autrement dit, former une jeune génération formatée par l’idéologie des Frères Musulmans.

3- L’Institut Al Karama. Un staff figurant sur la liste d’Interpol ou la liste international du terrorisme.

Présidée par Abdel Rahim Ben Omeir Al Neaimi, l’Institut Al Karama a été fondé en 2004 à Genève, sous le régime juridique de l’association, transformée aussitôt après en Institut privé. L’Institut compte parmi ses membres plusieurs Algériens, tel l’avocat Rachid Moussali, et des adhérents au parti islamiste algérien FIS (Front Islamique du Salut), figurant la liste Interpol à la demande de l’Algérie, mais qui bénéficient néanmoins du droit d’asile en Suisse.

Moussali a promu deux de ses compatriotes, Mourad Déhina au poste de directeur exécutif et Abbas Arwa au titre de superviseur du programme de travail de l’Institut. Abbas Arwa a été par la suite missionné à Doha pour prendre la direction du Centre des Études d’Al Jazeera durant la mandature de Waddah Khanfar, avant de retourner en Suisse en 2012

Khalifa Ben Rabbane (Qatar) préside le Conseil de surveillance de l’Institut. Ancien d’Afghanistan, il a hérité de son père un lot d’écoles privées et de biens fonds religieux. Rabbane a servi de couverture bancaire aux activités salafistes djihadistes du président de l’Institut avant que n’établisse une liaison directe entre Al Karama et les services de renseignements du Qatar via le cabinet princier à Doha.

Hamad Ben Thamer, en quête d’un responsable financier fiable pour la gestion du budget d’Al Jazeera, s’était adressé au président de l’Institut Al Kkarama pour lui dénicher cette perle rare.

Le nom d’un jeune salafiste a été proposé: Ali Souweidi. Ali a officié de nombreuses années à la tête des finances de la chaîne avant d’être propulsé à la tête de la direction générale de «l’Institut de bienfaisance Eid Al Thani».

Le Conseil Économique et Social, organisme de l’ONU habilité à conférer ce genre d’accréditation, a refusé à l’Institut Al Karama le statut d’ONG Consultative. Pour participer aux sessions du Conseil des Droits de l’Homme, Al Karama achète les badges de participation aux ONG accréditées.

Al Karama concentre ses activités sur les domaines qui n’entrent pas en contradiction avec une grille de lecture salafiste et djihadiste des Droits de l’Homme: Les arrestations arbitraires,les enlèvements forcés, la torture, les assassinats extra judiciaires.

L’Institut évite d’aborder les sujets ayant trait à la liberté de croyance, la liberté religieuse, la peine de mort, l’égalité entre les sexes, l’égalité entre les musulmans et les non musulmans, considérant ces thèmes comme en contradiction avec la grille de lecture salafiste de son président et bailleur de fonds.

L’Institut Al Karama a ainsi soulevé la question des Droits de l’Homme en Arabie Saoudite. D’une manière ponctuelle et sur demande express de ses parrains, menant une guerre ouverte contre l’Égypte et les Émirats Arabes Unis considérant ces deux pays comme des ennemis de l’Islam et du Salafisme.

Qatar a abondé la trésorerie de l’Institut de manière à étoffer son staff en recrutant des collaborateurs de diverses nationalités afin de lui donner un aspect pluraliste et de diluer ainsi la prééminence au sein de la structure.

Al Karama et la défense du terrorisme

Al Karama a ainsi réussi à mobiliser le comité ad hoc chargé de la détention arbitraire en le conduisant à adopter le cas de plusieurs personnes ayant commis des crimes terroristes, de même que le rapporteur spécial sur la torture.

Il peut ne pas paraître étrange que le Président de l’Institut et un membre de son conseil de surveillance figurent sur la Liste Internationale du Terrorisme. Mais ce qui peut paraître extrêmement étrange est le fait que l’Institut continue de recevoir une assistance financière de donateurs terroristes connus, lui permettent ainsi de poursuivre ses activités, en toute quiétude, dans le Grand Saconnex, dans la banlieue de Genève.

4 – Brookings Institution de Doha

L’un des centres de recherche parmi les plus influents au sein du cercle décisionnaire du pouvoir américain, aux fortes attaches avec les services américains, Brookings Institution a porté son choix sur Doha comme base de son déploiement régional.

En partenariat avec le ministère des Affaires étrangères du Qatar, Brookings Doha Center a eu pour mission de rassembler des intellectuels et des personnalités de Syrie et Égypte, principalement, des ressortissants du Golfe à un degré moindre. Sous la supervision de son premier directeur, le pakistanais Salmane Al Cheikh, a multiplié colloques et recherches sur la Syrie.

Brookings Doha Center a été financé principalement par le Qatar, mais cette prééminence du financement qatari a été occultée par des contributions de la Suède et la Norvège, avec les encouragements et la bienveillance des États Unis, afin de conférer une certaine crédibilité à ses travaux.

Dans le choix de ses intervenants, Brookings Doha a privilégié l’opposition islamique et les membres de la confrérie des Frères Musulmans, invitant des personnalités syriennes résidant dans les Émirats Arabes Unis, veillant soigneusement à écarter de ses débats les démocrates syriens.

Sentant un virage des Etats Unis à l’égard des Frères Musulmans, le directeur pakistanais a démissionné de la direction de Brookings Doha Center pour fonder un centre similaire poursuivant des recherches sur ces thèmes de prédilection la Syrie, le courant confrérique.

Brookings Doha a concentré l’essentiel de ses recherches sur la Syrie et l’Égypte, à un degré infiniment moindre les autres pays arabes. Une des publications du Doha Center a eu pour thème principal l’armée égyptienne et ses implications dans la vie politique et économique du pays.

Brookings Doha Center a accompagné la bataille constitutionnelle en Égypte qui s’est déroulée sous le mandat du président néo islamiste Mohamad Morsi, de même qu’il a adopté une position critique à l’égard des modifications constitutionnelles intervenues après la chute des Frères Musulmans en Égypte.

Pour aller plus loin sur ce sujet

5- AZMI BISHARA: Agréger les milieux laïcs arabes aux «Frères Musulmans», au service du Qatar.

Azmi Bishara est venu à Doha à la demande de l’Émir Hamad Ben Thani pour exercer les fonctions de conseiller du Prince Hamad et de son héritier Tamim. Ce palestinien chrétien a accepté l’offre sous réserve qu’il puisse disposer d’un centre d’études doté de gros moyens. Ce qui fut fait.

Le Centre Arabe pour les Recherches et les Études Politiques, fondé à Doha en 2010 par Azmi Bishara avait pour vocation de se consacrer aux sciences sociales, aux sciences sociales appliquées, l’Histoire régionale et la géo stratégie.

(((Originaire de la Palestine dans les frontières de 1948, diplômé de l’École baptiste de Nazareth et de l’Université Hébraïque de Jérusalem, Azmi Bishara est en outre titulaire d’un doctorat en philosophie de l’Université Humboldt de Berlin. A la fin de ses études, il devint à son retour coordinateur au Van Leer Institute à Jérusalem Ouest, un institut israélien pluridisciplinaire. Fondateur du «Rassemblement National Démocratique, il a été élu à 4 reprises à la Knesset pour le compte de ce parti ))).

La mission d’Azmi Bishara au Qatar

Sa mission première était d’attirer et de rapprocher les démocrates arabes du Qatar, afin de ménager un espace de liberté et de secouer le joug imposé par les Frères Musulmans dans les domaines de l’éducation et de l’information sur les institutions du pays et au sein même d’Al Jazeera.

La feuille de route assignait la mise sur pied d’un pôle en tandem avec les Frères Musulmans en vue d’agréger à la politique du Qatar les milieux laïcs arabes.

Azmi a été admis dans le cercle ultra de «La Chambre noire» d’Al Jazeera, contribuant à définir la stratégie médiatique de la chaîne. L’homme a réussi à rallier au bon nombre d’intellectuels arabes, dans le but de témoigner de la politique d’ouverture du Qatar aux réformes et aux changement dans le Monde arabe.

Azmi Bishara a été chargé en 2011 par L’Émir Hamad d’attirer vers Doha l’opposition syrienne en vue de constituer un pôle contre le régime syrien. Avisé de l’existence d’une concertation entre la Turquie et les États Unis en vue de la mise sur pied d’un Conseil National selon le schéma libyen, Azmi s’empressa d’appâter d’opposants syriens au sein du Conseil, tels Bourhane Ghalioune, Hazem Nahar et les Frères Musulmans, regroupés au sein du «Forum Syrien» afin de constituer un bloc pro Qatar au sein du Conseil National Syrien.

Pour aller plus loin à propos de Bourhane Ghalioune sur ce lien

L’influence d’Azmi Bhishara a pâti de la décision de l’Émir du Qatar et de son premier ministre HBJ de prendre directement en main la gestion du dossier Syrie.Il a été affecté à Londres pour prendre en charge l’animation du dispositif média du Qatar en vue de faire la promotion des groupements et personnalités non musulmanes, mais évoluant dans la sphère financière du Qatar.

Via le «Centre Hermon» à Doha, il a fédéré bon nombre d’opposants syriens émargeant sur le budget du Qatar et n’appartenant pas à la confrérie, jouant un rôle notable dans le ralliement de dissidents syriens, mais également parmi les opposants de Libye et d’Égypte, non membres des Frères Musulmans.

Azmi Bishara a été le premier défenseur de la thèse selon laquelle le choix des armes de la Révolution doit être respecté: Les révolutionnaires sont maîtres de leur décision. S’ils optent pour la militarisation de la révolution et l’intervention de l’Otan, il importe de respecter leur choix, soutiendra-t-il.

Principal conseiller de Tamim, Azmi Bishara a veillé à doter la principauté de solides structures au service du Qatar, via «Al Arab Al Jadid» (Les Nouveaux Arabes), et la chaîne Arabi 21, deux vecteurs considérés comme relevant de la soft power du Qatar.

6- Le Projet An Nahda

Lancé de manière rudimentaire par un médecin qatari, Jassem Sultan, fondateur de la première cellule des Frères Musulmans au Qatar, le projet An Nahd était géré au départ par la fille du fondateur, de manière rudimentaire. Bénéficiant de la caution du pouvoir, il connaîtra une expansion substantielle en 2000.

Sans établir le moindre lien de causalité, Jassem Sultani admettra publiquement avoir ordonné la dissolution de la branche FM du Qatar pour la simple raison que l’État assumait ses obligations religieuses. Sultani a fait cet aveu sur la chaîne saoudienne Al Arabiya dans le cadre du programme «Éclairages» présenté par le directeur de la station Turki Ad Dakhil.

Le projet An Nahda se consacre à la prédication sur des thèmes portant sur la renaissance de l’Islam dans le Monde arabe. An Nahda compte deux publications à son actif: «Du sursaut au réveil» et «Les règles du Nahda».

Il anime des sessions de formation des cadres d’An Nahda. Son fondateur met l’accent sur le caractère islamiste mais non confrérique de son projet. Son action porte sur la formation au raisonnement, à la réflexion et à la maîtrise de la théorie.

An Nahda ne procède pas de manière directe et frontale, mais par attaque oblique, allusive, avec des expressions telles que «la plupart des régimes», «un pays du golfe» ou encore «les régimes en place».

7- La chaîne satellitaire Al Hiwar (le dialogue), fer de lance de la guerre de Libye, d’Égypte et de Syrie.

Diverses versions circulent quant aux conditions du lancement de la chaîne satellitaire Hiwar en 2006.

Dans une conversation enregistrée avec le colonel libyen Mouamar Kadhafi, l’émir Hamad du Qatar assume la décision de son lancement. «Une initiative personnelle destinée à repartir les tâches entre les divers vecteurs de la principauté».

Un des fondateurs de la chaîne soutient que le capital était varié: Le FPLP (Front Populaire Pour la Libération de la Palestine) avait acquis un droit d’émission de plusieurs sur la chaîne, de même que le parti tunisien An Nahda, la branche tunisienne des Frères Musulmans, le bureau international de la confrérie, ainsi que le Comité Arabe des Droits de l’Homme, qui, li avait acquis les droits de diffusion de ses programmes pour une heure hebdomadaire.

Abdel Rahman Abou Diyyeh, un palestinien résidant au Royaume Uni et proche du Hamas, était soucieux d’aménager un espace d’expression non affilié à des courants islamistes. Il était soutenu dans sa démarche par Zaher Al Birani, membre de la confrérie et directeur de la programmation.

En revanche, Azzam Tamimi, directeur exécutif et responsable financier de la station, y était résolument hostile. S’employant à minimiser l’influence des participants non affiliés à la confrérie, il veillait à maîtriser les circuits de décision de la station pour en faire une tribune des courants islamistes, confrériques et salafistes. Faisant office de substitut d’Al Jazerra, il programmait les émissions que la chaîne vedette du Qatar ne pouvait diffuser de crainte de complications régionales.

Al Hiwar et ses démêlés avec le Comité Arabe des Droits de l’Homme

Le Comité Arabe a été le premier adhérent au Hiwar. Il sera le premier à l’abandonner par suite d’un différend éditorial. Se rendant compte que le projet était d’inspiration confrérique sous contrôle du Qatar, sa participation était destinée à accréditer l’idée d’une station pluraliste, ce qu’elle n’était de toute évidence pas.

La crise a éclaté lorsque Violette Dagher, présidente du Comité Arabe avait préparé un documentaire sur les «Bidouns du Qatar», ces apatrides frappés de la déchéance de leur nationalité, au nombre de 5.000 de la tribu al Mari, ayant fait l’objet de cette sanction.

Azzam Tamimi est intervenu directement pour s’opposer à la diffusion de l’émission, faisant valoir que la station ne pouvait «ni de près ni de loin» déplaire au Qatar qui constituait le ballon d’oxygène du Hiwar. Le Comité Arabe décida sur la champ d’interrompre sa participation aux programmes de la chaîne.

Désormais sous l’emprise complète et totale du Qatar et des Frères Musulmans, Hiwar a été le fer de lance de la guerre de Libye, d’Égypte et de Syrie. Un canal complémentaire a été spécialement activé depuis Doha pour accompagner le soulèvement libyen en superposition à la couverture d’Al Jazeera. Il en a été de même pour l’Égypte dotée elle aussi d’un canal complémentaire.

Hiwar a été le premier média à proposer le recours aux armes en Syrie pour combattre le régime, puis le jihad au Levant. Hiwar est en outre la plus importante chaîne satellitaire vouée à la promotion au Royaume Uni et dans l’espace européen aux groupements qualifiés de terroristes.

Le Qatar a doté Hiwar d’un important budget; un flux financier qui s’est poursuivi sous Tamim. Son rôle est central dans la riposte du Qatar à l’offensive du quatuor arabe (Arabie saoudite, Bahreïn, Égypte et Koweït). Hiwar, Al Jazeera et les autres vecteurs du Qatar se repartissent les rôles, Hiwar et Al Jazeera se concentrant plus particulièrement sur l’Égypte et l’Arabie saoudite.

8-Des sites à la demande

Des dizaines de sites électroniques subventionnés par le Qatar ont émergé dans la blogosphère à l’occasion de l’épreuve de force entre la principauté et ses 4 rivaux. Ses sites bénéficient de subsides dans le cadre du financement des activités médiatiques des Frères Musulmans et de leurs alliés.

ASRAR ARABIA (Secrets arabes)
http://hournews.net

Secrets arabes qui publie ce que les autres sites n’ont pas le courage de dire.
http://noonpost.org

Le dispositif médiatique anti Qatar s’est débattu dans la confusion en l’absence de coordination entre les 4 adversaires de la principauté. Cette confusion a été accentuée par la faiblesse des preuves contre le Qatar soumises à l’opinion publique et la méconnaissance de son réseau relationnel.

Les médias de l’ombre du Qatar.

Il n’est pas indifférent de noter à ce propos le travail du quotidien saoudien Oukaze, révélateur de l’ambiance régnant au Royaume face à la pieuvre qatari. Oukaze a procédé à une recension des médias soutenant le Qatar, dans une enquête intitulée «Les médias de l’ombre du Qatar», déplorant de n’avoir réussi à mettre à jour la face immergée de l’Iceberg.

Sur le plan diplomatique, le Qatar a joué la carte de la «victimisation».

Le ministre des Affaires étrangères multiplié les démarches en vue de gagner la sympathie des capitales occidentales à la cause du Qatar. Une campagne diplomatique orchestrée par le lobby financé par la principauté pour inciter ses interlocuteurs à prendre position contre le blocus et les sanctions y afférentes (fermeture des frontières, suspension des liaisons aériennes).

Dans un geste de bonne volonté, le Qatar a proposé une coopération dans le domaine sécuritaire, ouvrant ses archives à ses interlocuteurs occidentaux.

Le Lobby pro Qatar vit une véritable épreuve en Europe.

L’ami français François Hollande a lamentablement échoué. Les dernières élections législatives, en juin 2017, ont mis fin au rôle moteur du Parti Socialiste dans la vie politique en France.

Des voix s’élèvent réclamant la fin des privilèges accordés au Qatar dans les domaines fonciers et financiers, considérés comme des arrangements inégalitaires.

Le Royaume Uni, qui traverse une profonde crise économique, cherche via le rôle de composition de son ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, de glaner en contrepartie de son agitation des contrats et des facilités du Qatar.

L’Allemagne, qui ploie sous le poids de l’afflux des immigrés du Moyen orient, a obtenu ce qu’elle recherchait: les archives des groupements islamistes dont elle redoute les actions sur son territoire

Quant à Donald Trump, il ne nourrit, lui, aucune sympathie particulière pour le Qatar.

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