Qatar, Le Livre Noir : L’intégrale

«Le journalisme est un métier qui ne consiste pas à faire plaisir, non plus de faire tort, mais de porter la plume dans la plaie (Albert Londres) en ce que le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti.». (Albert Camus)

«Qatar: Le Livre Noir», un ouvrage du Centre Euro arabe pour combattre l’extrémisme (CEACE), dont l’adaptation en version française a été confiée à www.madaniya.info

De même la Liberté d’informer s’arrête là où commence l’intoxication de l’opinion. Se pose de manière sous-jacente la question de la pertinence de confier à des propagandistes patentés, dans des journaux jadis réputés pour leur sérieux, la charge de commenter l’information sur l’un des conflits majeurs de l’époque contemporaine.

Loin de la fébrilité digitaliste du monde interlope de la djihadologie, ce dossier présente les faits dans toute leur simplicité, comme autant de camouflets à des islamophilistes qui assumèrent le rôle d’«idiots utiles» du terrorisme islamique, dans la séquence de la contre révolution arabe initiée par les pétromonarchies du Golfe en concertation avec l’Alliance atlantique.

Un groupe de démocrates de divers pays du Moyen Orient (Égypte, Iran, Liban Libye, Tunisie, Turquie, Yémen, des pays du Golfe et d’Europe) a veillé à mettre en œuvre ce principe cardinal d’une profession, par ailleurs si décriée par sa connivence avec les puissances d’argent et sa révérence envers la puissance politique.

A le mettre en œuvre par une étude exhaustive sur la séquence dite du «printemps arabe», notamment le rôle des principaux bailleurs de fonds, la contribution des pétromonarchies à dévier le cours d’un soulèvement au départ authentiquement populaire et son instrumentalisation au bénéfice d’une stratégie régionale en vue de la propulsion au pouvoir de la Confrérie des Frères Musulmans dans les pays arabes en proie à l’agitation.

«Qatar: Le Livre Noir» comporte une importante annexe documentaire destinée à conforter les affirmations avancées dans le texte, ainsi que des révélations sur la «cellule de Doha», les donneurs d’ordre, ainsi que la liste nominative des convoyeurs de fonds des groupements djihadistes avec les variations de leurs noms patronymique, parfois les numéros de téléphones dont ils faisaient usage et des précisions sur leurs documents de voyage.

Le Centre Euro arabe pour combattre l’extrémisme (CEACE)a ambitionné, via son ouvrage « Qatar: Le livre Noir », de dévoiler le rapport entre les gouvernements du Proche-Orient et l’extrémisme.

Sa première publication intervient alors qu’un conflit frontal oppose quatre pays arabes (Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte et Émirats Arabes Unis) au Qatar.

Mise à part la question du « blocus » qui frappe le Qatar, dont le centre récuse l’usage du terme qu’il considère comme inapproprié, le rapport se concentre sur le soutien gouvernemental du Qatar aux groupements extrémistes.

Le Centre a décidé de maintenir dans l’anonymat l’identité des chercheurs de ce groupe de travail pour d’évidentes raisons de sécurité, en raison notamment de la forte connexion existant, au niveau européen, entre les Etats parrains du terrorisme et de l’extrémisme et les services de renseignements des pays européens. Un anonymat d’autant plus nécessaire que ce groupe de chercheurs travaille sur des sujets sensibles.

Le CEACE se veut un centre d’études et de recherches contre l’extrémisme. Il est animé d’un programme vaste et ambitieux. Il n’est pas interdit de penser que son exemple soit suivi et que les recherches se poursuivront dans ce domaine notamment en ce qui concerne la présence des réseaux de soutien dans des pays comme la Turquie, l’Iran, l’Arabie Saoudite, Koweït et Israël.

Les inédits du livre

Pour la première fois, le dossier contient une description détaillée du processus de mise sur pied depuis un pays arabe, allié des pays occidentaux, en l’occurrence le Qatar, d’une cellule d’Al Qaida, en charge de la coordination et des contacts pour le compte de ce groupement à l’échelon régional. La cellule est basée à Doha, donnant par extrapolation sa dénomination de « Cellule de Doha ».

Un chapitre du livre est consacré aux connexions établies depuis cette cellule entre les divers groupements (Abou Mouss’ab Zarkaoui-Irak, Al Athamena et Ayman Zawahiri (Qaida Afghanistan), de même que la division du travail entre l’axe Yémen-Arabie Saoudite, d’une part, le Koweït, le Qatar, la Somalie, l’Irak et la Syrie d’autre part. Il mentionne les rapports entre Jabhat An Nosra et Jound al Aqsa, ainsi que le rôle de Qatar dans le financement, direct ou indirect de la branche syrienne d’Al Qaida et d’autres groupements extrémistes au Liban, en Irak et en Syrie.

Dans ce cadre, le livre a volontairement mis de côté les réseaux parallèles non directement liés à Al Qaida, mais qui ont adopté, au regard de la guerre de Syrie, la même approche concernant la nécessité de «soutenir militairement un Islam sunnite opprimé contre les sectes hérétiques minoritaires qui contrôle l’armée et l’État dans le pays». Ces réseaux extrémistes sont multiples et peuvent être pistés au Qatar, en Arabie Saoudite et au Koweït.

«La grande campagne de Koweït pour préparer 12.000 djihadistes envahisseurs au nom d’Allah» en constitue une parfaite illustration. Voir à ce propos la photo y afférente contenue dans le livre). 19 personnalités y figurent sur les affiches avec des oulémas et des députés.

Il traite également de la campagne de mobilisation médiatique menée par des chaînes à caractère confessionnel telles Safa ou Wisal, en collaboration avec des Syriens (Adnan Al Ar’our et Hamed Khalifa), des Koweïtiens (Uthman al Khamis (surnommé le Lion d’Al Sunna) et le député koweïtien Walid Tabtabai, les qataris Shaqr al Shahwani et Jasem al Jaber.

Le Centre dispose des preuves irréfutables de leurs soutiens aux extrémistes et organisations inscrites par l’ONU sur la liste du terrorisme.

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée aux Islamistes. Elle nous éclaire sur le rapport de parenté idéologique entre les Frères Musulmans et les mouvements djihadistes. Le Centre a tiré profit de l’étude publiée par le Scandinavian Institut for Human Rights et adapté en version française par www.madaniya.info sur le rapport entre les groupes djihadistes et les Frères Musulmans afin de mieux cerner leur rapport sur le terrain.

Le dossier relate enfin les conditions qui ont présidé à la décision de sceller une alliance entre les djihadistes et les Frères Musulmans pour déclarer le Djihad en Syrie. Une décision prise par 500 oulémas, réunis au Caire en présence du Président islamiste Mohamad Morsi. Un congrès qui s’est tenue avec des participants des pétromonarchies du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite, Koweït, Bahreïn) ainsi que de l’Égypte, du Yémen et de la Tunisie.

Financement abusif

Mais le dossier pêche par certaines omissions, notamment le contrat conclu entre le Hezbollah libanais et Jabhat Tahrir al Sham (ex Al Nosra). Un accord qui a permis à Jabhat An Nosra de bénéficier d’un transfert de 100 millions de dollars, ainsi que le signale un membre de la Choura de Jabhat Tahrir al Sham: Housam Ibrahim al Atrash.
Le rapport se borne à mentionner la somme d’un milliard de dollars payée à des groupes chiites ravisseurs de qataris en Irak, dont des membres de la famille princière.

Un point faible concerne la complicité de Qatar Airways dans le transfert des djihadistes d’Asie vers la Turquie. Les preuves présentées manquent de pertinence. La question se pose de savoir s’il existe de preuves complémentaires que le Centre s’est abstenu de publier.

Au delà de ces imperfections, il n’en demeure pas moins que « Qatar: Le livre Noir » constitue une référence de premier plan sur l’implication des deux Hamad (l’Emir Hamad Ben Khalifa et son ancien premier ministre Hamad Ben Jassem, dans la montée de l’extrémisme dans le Monde arabe.

L’extrémisme: Produit d’exportation!!

Tout au long de cette séquence, l’État de Qatar a bénéficié d’une couverture médiatique favorable faisant valoir les efforts de « modernisation » de la principauté, les « bonds enregistrés dans l’édification de l’État de droit et des institutions » et « l’établissement d’une constitution permanente ».
Quid de la réalité? De la relation entre le discours politique et la réalité vécue sur le terrain, notamment la place de la société et sa pleine participation à la vie politique de la principauté?

Le terme « progrès » est-il approprié au Qatar en matière de circulation des idées, de concertation et de communication entre les gouvernants et les gouvernés? La séparation des pouvoirs est-elle vraiment ancrée dans la pratique, telle qu’elle est prescrite par la constitution? La citoyenneté a-t-elle vraiment droit de cité, alors que la Constitution, votée en avril 2003, n’a jamais été mise en exécution ?

In fine, notons la poursuite la déchéance arbitraire de nationalité, au mépris du Droit International, qui proscrit les apatrides, concernant près de 5.258 membres d’un même clan familial, le Clan Al Mari, l’extension du domaine du mercenariat au domaine diplomatique international ainsi que les détentions arbitraires.

Pour la déchéance collective de nationalité

Pour l’extension du mercenariat au domaine diplomatique

A signaler que sur les 9 détenus donc les noms figurent dans les listes du groupe de travail sur la détention arbitraire du OHCDH à Genève, quatre sont membres de la cellule Doha, selon le livre noir. Mais aucun n’a été traduit devant la justice dans le cadre de la loi antiterroriste ?

  1. Salem Hassan Khalifa Rached Al Kawari
  2. Mansour Rashid al-Mansouri
  3. Abdallah Latif Ben Abdallah Al Kawari
  4. Ibrahim Issa Hajji Mohamad Al Baqer
  5. Hamad Issa al-Bakir
  6. Khalid Saeed al-Bu’nein
  7. Tariq Abdullah al-Mansouri
  8. Khalid Ali al-Hammadi
  9. Abdullah Muhammad Suwaidan

Indice complémentaire de duplicité : Les autorités qataries avaient donné à l’époque l’impression aux chancelleries occidentales l’impression de maîtriser la situation, alors qu’elles négociaient parallèlement une coopération future avec la cellule d’Al-Qaïda.

Annexe documentaire

Version française
Version arabe

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