Liban-mémoires de guerre 3/3

Serge Soghanalian (1929-2011), parfait représentant du monde interlope des marchands de mort

Sa profession est marchand d’armes, autant dire un marchand de mort et sa vie a inspiré un légendaire film d’Hollywood, «Lord of War» (2005), dont le rôle principal a été joué par Nicolas Cage.

Natif d’Alexandrette, issue d’une famille d’origine arménienne, il quittera sa ville natale pour le Liban en 1939 lors du rattachement de ce district syrien à la Turquie par la France, à l’époque puissance mandataire de la Syrie.

Serge Soghanalian, de son vrai non Sarkis Garabet Soghanalian, appartient au monde interlope des marchands de mort. Au cercle ultra restreint de marchand d’armes.

A l’instar de son collègue russe Viktor Anatoleivitch BOUT, qui a été immortalisé par le film «Le cauchemar de Darwin», un documentaire paru en 2005 sur le troc entre l’Europe et l’Afrique, des armes prélevées sur les stocks de l’Europe de l’EST contre des cargaisons de poissons, particulièrement la perche du Nil pêchées dans le Lac victoria, très prisée par les consommateurs européens, réduisant la population locale à se nourrir de carcasses de poissons.

Un des plus gros marchand d’armes de l’époque contemporaine, Serge Soghanalian a été le pourvoyeur de Saddam Hussein, dans la décennie 1970-1980 dans sa guerre contre l’Iran; En Amérique latine, il a été le fournisseur des Contras dans la contre révolution au régime sandiniste du Nicaragua; de l’Argentine durant la guerre des Malouines, en 1982, et de l’Equateur; en Afrique, enfin, à Joseph Désiré Mobutu (Zaire Congo Kinshasa), au Polisario et la Mauritanie.

Il aura néanmoins maille à partir avec la justice américaine pou trafic d’armes.
Sa peine purgée, il ouvre des bureaux de représentation en Jordanie et en France, dans la décennie 1980, où il mettra à profit son séjour parisien pour s’impliquer dans la fourniture de pièces d’artillerie lourde à l’Irak, en substitution au gouvernement socialiste empêtré par l’affaire des otages français au Liban.

Sur ce lien, la spirale des otages français au Liban
http://www.renenaba.com/la-spirale-des-otages/

Emprisonné une nouvelle fois pour fraude bancaire, il sera relâché un an plus tard, pour «service rendu»…. aux services américains, en remerciement de sa participation à une transaction militaire ayant abouti à l’éviction du président péruvien d’origine japonaise Alberto Fujimori (1990-2000).

Les premières livraisons d’armes au Liban: Boutros El Khoury et Nassif Habbour.

Au Liban, lors de son séjour, Serge Soghanalian avait exercé divers métiers notamment celui de moniteur de ski, avant de rejoindre l’armée française pour servir dans les blindés, pour finir par s’installer définitivement aux États Unis, une fois la 2me Guerre mondiale terminée.

Quasi inconnu dans son pays d’accueil, malgré son séjour passé, l’homme surgira brusquement en 1973 sur le marché des armes au Liban, après une absence de près de trente ans, à une période charnière de l’histoire du pays, alors que l’armée libanaise mise en échec lors des affrontements de printemps avec les Palestiniens, était conduite à signer l’Accord de Melkart (Mai 1973) et qu’en sous main le président Soleimane Frangieh donnait l’ordre à ses services d’équiper les milices chrétiennes en prévision de nouveaux round.

Depuis sa résidence aux États Unis, Virginia Garden en Floride, Serge Saghalonian organise sa première livraison d’armes au Liban en 1973. Cinq avions-cargo C-130 chargés d’armes de tous calibres, de toutes natures, sont acheminés vers le Liban pour être livrés aux milices via le 2eme bureau de l’armée, commandé alors par le Colonel Johnny Abdo.

Sur la faillite sécuritaire de Johnny Abdo
http://www.renenaba.com/wissam-al-hassan-la-dague-du-dispositif-securitaire-saoudien-au-proche-orient/

Le premier lot a été financé par Boutros El Khoury, richissime homme d’affaires libanais, originaire du Nord-Liban, la région du président Frangieh. Le second lot par Nassif Habbour.

Les armes affluaient de partout. Au su et vu des services américains. Avec la caution de la CIA, assurera-t-il, au point que des parachutages de matériel militaire aux milices chrétiennes avaient même été envisagés, alors que les camps d’entraînement était spécialement aménagés aux milices chrétiennes avec l’aide de l’armée libanaise.

Khalil Al Khalil intermédiaire entre l’Iran et les milices chrétiennes.

De partout: De Jordanie, d’Israël, voire même de l’Iran. L’intermédiaire entre l’Iran et les milices chrétiennes n’était autre que Khalil Al Khalil, ambassadeur du Liban auprès du Chah d’Iran et fils de Nazem Al Khalil, Vice-président du Parti National Libéral de Camille Chamoun, et dirigeant chiite du Sud Liban.

La famille Al Khalil est apparentée par alliance matrimoniale avec la Famille Ahmad Chalabi, le «judas irakien» qui a servi de lièvre à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

Le Roi Hussein de Jordanie, «parrain absolu» des milices chrétiennes.

Bourreau des Palestiniens en Jordanie, lors de la séquence du «Septembre Noir», en 1970, le monarque hachémite était le «parrain absolu» des milices chrétiennes, dont il voulait aider le combat afin de mater définitivement les Palestiniens pour s’assurer l’exclusivité de la représentation de la cause palestinienne, de même que la gauche libanaise afin d’éviter une fermentation idéologique de la population tant jordanienne que libanaise, au delà des pétromonarchies arabes.

Principal ravitailleur en armes des milices chrétiennes, au même titre qu’Israël, dont il coordonnait ses efforts avec l’État hébreu, le monarque hachémite a été aussi le principal avocat de la cause des milices chrétiennes auprès de l’administration américaine, le principal avocat pour une intervention syrienne au Liban en vue de stabiliser la situation au profit de ses alliés miliciens.

Sur le rôle de la dynastie hachémite dans la stratégie atlantiste

  • http://www.renenaba.com/hassan-et-hussein-le-modernisme-au-service-de-larchaisme/
  • http://www.renenaba.com/la-jordanie-et-le-maroc-deux-voltigeurs-de-pointe-de-la-diplomatie-occidentale/
  • http://www.madaniya.info/2015/05/25/media-et-terrorisme-la-jordanie-passante-du-sans-souci-du-printemps-arabe/
L’arsenal israélien livré aux milices chrétiennes

La Jordanie fournira 400 tonnes d’armes aux milices chrétiennes.
Israël, un formidable arsenal, se décomposant comme suit:

  • 15 transports de troupes
  • 33 canons 120 mm et 15.880 obus du même calibre
  • 10 tonnes de TNT (dynamite)
  • 200 mines et 16 détecteurs de mine
  • 15 système de transmission
  • 100 bazookas 73 mm avec 6000 projectiles du même calibre
  • 4 batteries de lance missiles Katiouchas (orgues de Staline)
  • 160 RPG (Rocket Propelled Grenade / lance roquette) avec 1000 projectiles anti chars.
  • 30 mortiers 52 mm avec 600 projectiles du même calibre
  • 44 mortiers 82 mm avec 1.800 projectiles du même calibre
  • 6 mortiers 900 avec 160 projectiles du même calibre
Épilogue

Le leadership maronite a été le fossoyeur de la cause des Chrétiens du Liban, par sa cécité politique, son mépris de son environnement, son sentiment inné et injustifié de sa supériorité. Un pêché d’orgueil en somme.

1 – Les Phalangistes

Les Phalanges libanaises symbolisent mieux que tout cette tendance.

Fer de lance du combat milicien au début de la guerre, par sa discipline, sa structuration et sa préparation, il porte une lourde responsabilité dans le déclenchement de la guerre et dans la conduite des hostilités.

Jugé sectaire, voire fascisant, les phalangistes ont payé un lourd tribut à la guerre du fait de sa politique xénophobe erratique. Si ce parti a réussi à propulser deux de ses membres, les deux fils du fondateur, Bachir et Amine Gemayel, à la Présidence de la République, il a eu à déplorer l’assassinat de deux membres du clan Gemayel.

Bachir Gemayel a été assassiné en 1982, à la veille de sa prise de fonction à la présidence de la République Libanaise. Son cousin germain, Pierre, député libanais a été assassiné un quart de siècle plus tard, dans des conditions mystérieuses à une époque de grande déstabilisation régionale consécutive à l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri et du retrait syrien du Liban.

2 – Le Parti National Libéral

Chef charismatique des Maronites au point de leur impulsé une sorte de lévitation politique, Camille Chamoun figure dans l’esprit de ses compatriotes en tant que vague souvenir. Son Parti le «Parti National Libéral» (PNL) et sa milice «les Tigres» ont été décimés par la guerre fratricide qui a opposé les milices rivales inter chrétiennes en 1978 (assaut des phalangistes contre les tigres dans le massacre de Fakra, et par la décapitation de la famille du fils cadet du président Chamoun et son successeur désigné, Dany Chamoun massacré par les troupes de Samir Geagea.

Seule survivante de la famille Dany Chamoun, Tracy Chamoun, tente désespérément de redonner souffle à l’héritage politique familial, à redonner une âme à un projet politique novateur, en dehors des querelles de clans, des guerre picrocholines qui sonnèrent le glas du leadership maronite sur le Liban.

3 – Le Bloc National

Dirigé désormais par Carlos Eddé, héritier du Clan Eddé, un personnage sans relief, sans envergure, à l’élocution défectueuse en arabe, inaudible, invisible, sans saveur ni odeur, le Bloc National est un astre mort.

4- Samir Geagea

Sans héritier mâle, ni femelle, Samir Geagea subit de plein fouet les lois implacables de la biologie dans une société de féodalité clanique. Sans héritier ni héritage politique à léguer; un don inespéré pour le Liban de la part d’un des plus grands criminels de la guerre libanaise.

Tous les clients libanais de l’industrie d’armement américain, clients de Serge Soghanalian, Bachir Gémayel et Dany Chamou sont morts de mort violente, le phalangiste au marche pied du pouvoir, le «tigre» par son propre camp. Même topo pour les clients étrangers de l’industrie américaine d’armement, clients du marchand d’armes américano arménien: Saddam Hussein (Irak) et Mouammar Kadhafi (Libye), anéantis par les Américains, alors que Joseph Mobutu, en phase terminale de cancer, était refoulé du territoire français au terme de 40 ans de transfusion monétaire résultant du pillage du Zaire au bénéfice de la France.

Quant à la féodalité chiite, qui avait rallié la bannière milicienne chrétienne par opportunisme politique, les clans Sabri Hamadé (Baalbeck-Centre liban), Kamel Al Assad (sud Liban), et Kazem Al Khalil, région de Tyr sud Liban, elle a été balayée par les vents de l’histoire, faisant place net au nouveau pivot de la vie politique libanaise le Hezbollah Libanais, l’un des plus prestigieux mouvements de libération nationale du tiers monde, au même titre que les «Bardubos» cubains le Vietminh ou les Moujahidine algériens.

La version arabe concernant Serge Soghanalian sur ce lien

Version arabe du dossier en 3 volets

3 Responses

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  1. Kamel Khalfaoui
    Avr 18, 2018 - 07:44

    Merci pour toute cette documentation. Un vrai plaisir à vous lire.

    Kamel

    Reply
  2. Michael Maschek
    Avr 21, 2018 - 11:21

    Ci joint en additif des précisions sur le parcours de Serge Soghanalian

    Hormis sa formation de très jeune tankiste dans l’armée française, SS devenu moniteur de ski dans le Liban indépendant, lui a permis d’élargir son carnet d’adresses et parmi eux Dany Chamoun. Son rôle pendant la guerre civile de 1958 reste un peu mystérieux même si on sait qu’il se lie avec les autorités américaines qui reconnaissent en lui « un bon soutien du camp occidental » contre Nasser. Le contenu de cette relation m’échappe puisqu’il ne s’agit pas d’armes.

    Il va trouver son bonheur en se mariant avec une institutrice américaine installée au Liban avec qui il gagne les Etats Unis en 1962 pour devenir vendeur de VolksWagen « presque » neuves. Il aura deux enfants et ne prendra pas la nationalité américaine. Il divorce par la suite. Son « dada », le commerce d’armes ne commencera que dans les années 70 avec 1972 comme point de départ. Il ne sera inquiété par les autorités américaines qu’après 1976.

    Représentant de Colt et Fairshild officiellement au Liban. il fournit officieusement les Kataebs et les Tigres de Chamoun. Pour les livraisons des pays de l’Est, à destination de touts les camps en lutte, c’est à dire la Pologne, la Bulgarie et la Hongrie, il passe par exemple par la compagnie d’Etat hongroise FEG qu’on suppose à l’origine du vol de la Malev qui s’est « écrasé » fin septembre 1975 au large de Beyrouth.

    Sarkis gère sa petite affaire avec son Boeing 707 enregistré sous le nom de sa compagnie la United Trade Industrie enregistré au Delawre. L’avion garde la trace de peinture de son ancien propriétaire la PanAM d’où le pataquès qui se déroule au début de la bataille des hôtels entre l’ambassade US et les autorités libanaises sur le rôle de la PanAM dans les livraisons d’armes. Dans les Wikileaks de l’ambassade on constate d’ailleurs l’attention que porte l’ambassadeur à l’affaire par rapport aux combats et les informations concernant les citoyens américaines dans les zones de combats (résidents, journalistes, etc)

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